B.R.I. (Banque des Règlements Internationaux)

La BRI tance les banques centrales et leur politique monétaire «ultra-accommodante»

La BRI tance les banques centrales et leur politique monétaire «ultra-accommodante»

La Banque des règlements internationaux avertit des conséquences de taux maintenus trop bas, alors que l’inflation s’accélère y compris dans les pays industrialisés. L’endettement des Etats inquiète, bien au-delà de la Grèce….

 

La bonne nouvelle est que l’économie mondiale est aujourd’hui en nettement meilleure forme qu’il y a un an. La mauvaise nouvelle prend, elle, des formes multiples. A commencer par l’évolution des finances publiques dans de nombreux pays développés qui constitue aujourd’hui le principal risque qui pèse sur l’économie mondiale, ont souligné la semaine dernière les auteurs du 81e rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI), lors d’une conférence téléphonique organisée en préambule de son assemblée qui s’est tenue samedi et dimanche à Bâle.

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La confiance est«acquise ou ne l’est pas»

Alors que l’attention des médias se concentre essentiellement sur la Grèce, la situation de ce pays ne pourrait constituer qu’un avant-goût d’une crise d’une ampleur beaucoup plus large si elle devait s’étendre à de grandes économies. «Les turbulences qui agitent les marchés autour des crises financières grecque, irlandaise, et portugaise paraîtraient bien anodines, rétrospectivement, comparées aux dégâts qu’occasionnerait une perte de confiance des investisseurs dans la dette souveraine d’une grande économie», souligne le rapport de la BRI. «Plus vite les économies avancées abandonneront le modèle de croissance tirée par l’endettement, qui a précipité la récente récession, plus vite elles résorberont un déséquilibre accumulé durant la dernière décennie et renoueront avec une croissance durable», juge l’institution en charge de la surveillance du trafic des paiements internationaux et de la coordination de l’action des banques centrales.

Outre les pays périphériques de la zone euro, d’autres économies qui affichent un déficit budgétaire sans précédent et une dette publique énorme n’ont, jusqu’ici, enregistré aucune réaction du marché qui correspondrait à la détérioration de leurs finances publiques, estime la BRI. La situation peut très vite basculer, même pour des pays encore stables, avertit l’organisation, qui rappelle que «la confiance des marchés est acquise ou ne l’est pas».

Les leçons de la crise s’appliquent aussi aux économies émergentes, selon la BRI: «Les pays dans lesquels l’endettement alimente l’envolée des prix de l’immobilier et l’explosion de la consommation risquent de voir se creuser des déséquilibres semblables à ceux dont souffrent aujourd’hui les économies avancées». A titre d’exemple, le Brésil, la Chine et l’Inde ont tous connu une hausse moyenne du crédit supérieure à 20% par an entre 2006 et 2010, donc supérieure ou égale à celle enregistrée en Irlande et en Espagne durant la même période.

Risque de «second tour»de l’inflation

Sachant que prévenir vaux mieux que guérir, la BRI appelle les banques centrales à revoir rapidement leur politique monétaire jugée trop accommodante. «La persistance de taux d’intérêt très bas dans les grandes économies avancées retarde l’ajustement indispensable des bilans des ménages et des établissements financiers», juge l’organisation.

Avec une diminution des capacités inutilisées, la probabilité que la hausse du prix des denrées alimentaires et de l’énergie entraîne des effets de «second tour» de l’inflation augmente.

Quelles banques centrales auraient besoin de relever en premier leur taux?

Les auteurs du rapport estiment que «pratiquement toutes» les banques centrales auraient aujourd’hui besoin d’ajuster leur politique monétaire. Car trop tarder ne fera qu’augmenter les risques d’un ajustement brutal: «Lorsque les banques centrales commenceront à relever leur taux, elles risquent de devoir le faire à un rythme plus rapide que lors des phases de resserrement précédant», met en garde la BRI.

L’impact des réformes bancaires sera très «modeste» sur la croissance économique

Les exigences de fonds propres entraîneraient «au maximum » une contraction de 0,22% du PIB

Si la Banque des règlements internationaux salue les «progrès impressionnants» réalisés par réforme de la réglementation bancaire, l’organisation estime que la tâche est toujours loin d’être achevée. Les exigences supplémentaires en matière de fonds propres imposées aux banques risquent-elles de freiner la reprise en cours? Selon les auteurs du rapport, l’impact de ces réformes sera très «modeste». Il se mesurera en points de base seulement, pas même une valeur en pour-cent.

La mise en œuvre des nouvelles exigences en matière de fonds propres prévues par Bâle III entraînerait «au maximum» une contraction de 0,22% du PIB, répartie sur 35 trimestres, comparé à la projection de référence utilisée. Cela correspond à une baisse de 3 points de base (0,03%) de la croissance annuelle moyenne par rapport au niveau de référence utilisé, a calculé le groupe de travail Macroeconomic Assessment Group (MAG) constitué d’experts en modélisation macroéconomique.

«Tout le monde ne parle que des coûts liés à ces nouvelles règles mais personne n’évoque les bénéfices qui en résulteront pour les banques», ont ajouté les auteurs du rapport. Les établissements les mieux capitalisés auront en effet des coûts de refinancement plus bas, rappelle l’organisation chargée de superviser le Comité de Bâle qui définit les normes de fonds propres et de liquidité dit de Bâle III applicables aux banques.

Les hedge funds, un moindre mal en comparaison du shadow’s banking

Outre les exigences en matière de fonds propres, l’organisation plaide dans son rapport pour une extension de la réglementation au-delà des établissements financiers dits traditionnels, de manière à couvrir aussi les entités faisant partie du système bancaire parallèle. Car selon la BRI, ces entités peuvent engendrer de «grands risques systémiques» lorsqu’elles s’appuient sur un fort effet de levier tout en restant étroitement liées à des banques commerciales. Pour l’institut, c’est justement ce lien entre le système bancaire officiel et le système parallèle qui peut engendrer certains des risques «les plus pernicieux pour la stabilité financière».

En comparaison, estime la BRI, les «fonds de placement et les fonds alternatifs, en dépit de l’énorme volume de capitaux qu’ils brassent, posent un risque moins important», car ils s’appuient sur un levier moindre et ont des liens «moins nombreux et moins formels» avec les banques.

Par Yves Hulmann/le temps juin11

EN COMPLEMENT : L’inventaire apocalyptique des grands risques globalisés

BRI. Le rapport annuel présenté hier à l’assemblée générale regorge de périls Avec autant de mises en garde.

Endettement massif, déséquilibres mondiaux des paiements courants, politiques monétaire et risques d’inflation, règlementation du système financier, carences de l’information nécessaire à évaluer le risque systémique. Les thèmes du moment foisonnent dans le 81e rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI) dont la conférence de presse a suscité de nombreuses questions.

De ce rapport extrêmement dense, il n’est guère aisé d’isoler quelques points clés.

Le premier concerne sans doute le gonflement du bilan des banques centrales, leur capacité à soutenir les niveaux d’actifs actuels ainsi qu’à assumer les risques extraordinaires qu’elles ont été amenées à prendre depuis la crise.

Le second touche les mesures prises pour protéger le système financier de crises ultérieures, incluant tout établissement qui remplit les fonctions de banque, quelle que soit sa forme juridique. Interrogés par L’Agefi sur le potentiel négatif de ces mesures sur la croissance économique, les experts du Comité de Bâle assurent que leurs effets devraient être très modestes.

Le troisième point concerne les dangers de la résurgence de l’innovation financière et la progression de nouveaux instruments encore inconnus.

De manière plus générale, le rapport aborde les déséquilibres structurels que les mesures de relance ont intensifiés, y compris l’endettement persistant du secteur privé (qui doit être normalisé), en passant par le rejet du modèle de croissance tirée par l’endettement. Il fait aussi état des risques d’instabilité dus aux graves déséquilibres des paiements courants, masqués un temps par la crise. Pour la BRI, la coopération est vitale mais, en son absence, les pays déficitaires doivent encourager l’épargne et les pays excédentaires la consommation.

Est également évoquée la stabilité des prix, mise en péril par des années de politiques monétaires trop accommodantes. Face à la diminution des écarts de production et à l’envolée des prix des produits de base, l’inflation progresse.

La stabilité des banques centrales et leur capacité à soutenir des niveaux d’actifs massifs et à en assumer les risques est au coeur des préoccupations . Pour enrayer la crise, les banques centrales ont recouru à des mesures non conventionnelles, procédant à d’importants achats de titres de dette privée et publique et octroyant de nouvelles facilités de crédit pour sauver les établissements financiers en péril. Elles ont élargi la gamme des contreparties éligibles à leurs opérations de politique monétaire et allongé la durée de ces opérations. Dans un deuxième temps, elles ont pris des initiatives de stimulation de l’économie en adoptant des mesures exceptionnelles. La FED a engagé un programme d’acquisition d’obligations du Trésor dont le second volet (QE2) visait à augmenter ses avoirs de 600 milliards de dollars à fin juin 2011. La Banque du Japon a lancé un programme de 5000 milliards de yens prévoyant l’acquisition d’une large gamme d’instruments, afin de relever les prix des actifs.

Le bilan de nombreuses banques centrales atteint des niveaux sans précédent. Le total de l’actif de la Réserve fédérale et de la Banque d’Angleterre, s’est accru de 8% à près de 20% du PIB, celui de l’Eurosystème est passé de 13% à plus de 20% du PIB de la zone euro et celui de la Banque du Japon (à 30% du PIB) s’est encore accentuée, en mars 2011, pour combattre l’impact du séisme. Les banques centrales se trouvent aujourd’hui exposés à des risques inhabituels de taux d’intérêt, de change et de crédit car elles ont pris en charge des actifs de moins bonne qualité, comme les titres adossés à des actifs. Celles disposant de gros volumes d’actifs en devises sont particulièrement exposées au risque de change et subissent des pertes en cas de forte appréciation de leur monnaie. C’est déjà le cas de la Banque Nationale Suisse. Les pertes peuvent aussi provenir d’une asymétrie entre coût de financement et rendement des actifs. Dans l’hypothèse où les mesures non conventionnelles adoptées pendant la crise déboucheraient sur des pertes, les banques centrales seraient exposées à des pressions de caractère politicoéconomique. Cette situation appelle les banques centrales à réduire, à terme, la taille de leur bilan. Mais dans les économies avancées, la fragilité persistante de l’économie et du système financier, ainsi que les incertitudes entourant les modalités du désengagement, font obstacle à une action dans le court terme.

Organe régulateur du système banquier mondial, la BRI consacre une vaste section de son rapport aux nouvelles règlementations destinées à restreindre les effets d’une nouvelle crise. Avec Bâle III, la BRI a défini de nouvelles normes internationales sur l’adéquation des fonds propres et la liquidité des banques. Certaines dispositions constituent une révision des règles existantes, d’autres sont entièrement nouvelles. Ensemble, elles renforcent la réglementation en matière de fonds propres et de liquidité pour accroître la résistance du système bancaire et réduire le risque de propagation  l’économie réelle. Les banques doivent accumuler du capital et adapter leurs stratégies de financement et leurs modèles opérationnels au nouveau dispositif, qui les incitera à chercher une rentabilité moins élevée mais plus stable de leurs fonds propres.

Les mesures comportent trois volets.

Le premier accroît sensiblement la quantité et la qualité des fonds propres, en mettant nettement plus l’accent sur la «composante dure» fonds propres de base (Tier 1), qui s’est trouvée érodée par les pertes subies pendant la crise.

Le second vise à améliorer la couverture des risques des activités de négociation qui seront dorénavant soumises à une exigence de valeur de risque calculée d’après un scénario de crise. Les expositions issues de la titrisation feront l’objet d’exigences de fonds propres plus conformes. Bâle III impose également des exigences de fonds propres plus rigoureuses pour le risque de contrepartie. En outre, il incite les banques à recourir davantage à des contreparties centrales.

Le troisième entend remédier aux carences de liquidité révélées par la crise. Le dispositif de liquidité, harmonisé à l’échelle internationale, se compose de deux normes réglementaires minimales: le ratio de liquidité à court terme (LCR, liquidity coverage ratio) et le ratio structurel de liquidité à long terme (NSFR, net stable funding ratio). Le LCR est conçu pour renforcer la résilience en s’assurant que les banques disposent de suffisamment d’actifs liquides de qualité pour faire face pendant 30 jours civils à un scénario plausible de crise.

Interrogé par L’Agefi sur les risques à la croissance économique que poseraient les nouvelles règlementations bancaires, les experts du Comité de Bâle affirment que les effets devraient être modestes. Répartis sur huit ans, ils atteindraient leur point le plus négatif au milieu de la période.

Plus inquiétant, la BRI note une résurgence de l’innovation financière, marquée par la forte progression de nouveaux instruments et structures dont le niveau de risque est inconnu et n’est pas sans rappeler les années qui ont mené à la crise (trackers synthétiques, titres adossés à des produits de base ou fonds alternatifs spécialisés dans ces produits). Le rapport conclut que «le regain d’intérêt pour le risque et les produits innovants pose donc un sérieux défi aux autorités en charge de la stabilité financière ». (NJN)

Nicolette de Joncaire/agefi juin11

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