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La fin de l’Etat idéal Par Beat Kappeler

La fin de l’Etat idéal Par Beat Kappeler

L’Etat idéal serait-il derrière nous?

Une étude très fouillée présente en détail le régime de l’ancienne Berne, qui se passait d’impôts! Depuis sa formation jusqu’à sa chute, en passant par son apogée, ce gigantesque Etat se finançait par d’autres moyens.

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 Berne était la plus grande république au nord des Alpes, s’étendant des portes de Genève aux portes de Zurich. Ses ressources financières étaient la propriété foncière, les émoluments des offices, les contributions aux routes et le commerce du sel et du blé. En plus, au XVIIIe siècle, les placements à l’étranger fournissaient un septième du budget. 

Ces renseignements fournis par Stefan Altorder-Ong dans son livre Staatsbildung ohne Steuern (Ed. Hier und Jetzt) jettent une lumière nouvelle sur l’Ancien régime. Il appelle Berne «un Etat-entrepreneur domanial». Les domaines et les placements rapportaient, ainsi que l’alimentation de la population par des livraisons au juste prix de sel et de blé.

Dans les entrepôts céréaliers (Kornhaus) ces Messieurs de Berne faisaient varier les stocks en compensant les fluctuations des prix. Quand le blé était trop bon marché, on achetait et soutenait ainsi les paysans, et quand une pénurie faisait exploser les prix, on vendait pour protéger les consommateurs. Mais on achetant au bas prix et en vendant plus cher, l’Etat était toujours gagnant.

La parcimonie de la classe dirigeante – pour les fonctions de l’Etat, pas pour leurs propres châteaux – amenait une abondance de capitaux qui à nouveau étaient investis dans le sol, mais aussi à Londres et en Allemagne. Sur la place financière de Londres, Berne était souvent l’investisseur individuel le plus important. Lors de la bulle de la South-Sea-Company, son capital investi se multiplia par sept, parce que l’ordre de vendre prenait des semaines pour arriver à Londres, et qu’entre-temps les actions avaient encore avancé. Mais par malheur, l’agent bernois sur place spécula ensuite avec les avoirs bernois sur son propre compte et perdit tout.

 Bien que les familles aristocratiques se partageaient les bailliages à tour de rôle, leur gestion était étroitement surveillée. Le Grand Conseil veillait, se faisait rapporter les chiffres et édictait des sanctions. Il y avait même un régime de récusation stricte: les membres concernés par une affaire louche devaient sortir du cercle. Une fois, plus de neuf dixièmes des membres étaient dans le couloir, c’est dire la sévérité de la règle, mais aussi l’enchevêtrement des intérêts… 

Mais transposons l’une de ces idées dans notre temps.

Il y a une semaine, les Etats consommateurs de pétrole ouvraient les vannes de leurs stocks pour faire baisser le prix. C’est réussi, le prix baissait de presque 10% en trois jours. Cette idée de stocks régulateurs était la proposition forte de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement en 1976. Cette idée était venue avec l’explosion des prix du pétrole, mais aussi avec le coût des autres matières premières. Si on l’avait suivie jusqu’au bout, des fonds gigantesques, sous forme de dépôts matériels de toutes les matières importantes auraient vu le jour.

Cependant, la réalisation se fit attendre, sauf pour des cas particuliers couvrant quelques pays en Afrique de l’Ouest. La situation était trop différente de celle l’ancienne Berne. Cette dernière ne se souciait que d’un seul marché, du blé, et pour un territoire et une population stagnantes.

En plus, la devise était l’or ou l’argent-métal. Par contre, en 1976 et aujourd’hui, beaucoup de matières premières bougent en parallèle, et s’expriment en monnaie-papier. Exactement depuis le renflouement de la masse monétaire américaine par la banque d’émission en automne 2010, les prix ont explosé. Passée la sérénité de l’étalon-or, les prix ne signifient plus la même chose. Ce sont plutôt les cours de matières premières qui s’apparentent à de la monnaie stable et réelle. En plus, le nombre des consommateurs dans le monde et leur niveau de consommation des matières et de la nourriture augmentent sans cesse. Il serait donc difficile pour n’importe quelle autorité de fixer un prix juste, réflétant la rareté.

 Nous sommes sortis d’un Etat idéal et vivons dans une économie dont les mesures, les indicateurs, les flux sont devenus inintelligibles, renfloués artificiellement, aléatoires

source le temps/juil11 

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