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Finances comportementales : Là où la rationalité finit par s’épuiser

Finances comportementales : Là où la rationalité finit par s’épuiser

Le concept de Benjamin Graham sur le marché maniacodépressif est plus d’actualité que jamais. Les forts mouvements récents l’attestent.

 

Au vu des fluctuations extrêmes des prix observées ces dernières années sur les marchés financiers, nombreux sont ceux qui approuveraient sans aucun doute la théorie de Benjamin Graham du marché maniacodépressif – dont l’humeur oscille entre euphorie et désespoir.

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Notre tendance à surréagir aux nouvelles inattendues ou graves entraîne des réactions excessives des marchés boursiers et se traduit par des hausses de prix des actifs au-delà de leur juste valeur.

L’histoire nous enseigne que les acteurs du marché résistent rarement aux sirènes de l’euphorie collective ou aux mouvements de panique. D’éminents universitaires et praticiens sont de plus en plus convaincus que cette «folie des gens» – ou psychologie de l’investisseur – joue un rôle majeur dans les fluctuations des marchés.

La finance comportementale, discipline assez nouvelle de la théorie financière, tient compte des impulsions incontrôlées à la base des décisions de placement et tente d’expliquer leur impact sur les marchés financiers. En nous aidant à identifier nos biais psychologiques et à prendre des décisions de placement plus rationnelles, cette théorie peut s’avérer très utile. Toutefois, le débat fait toujours rage parmi les universitaires quant à savoir qui de la finance comportementale ou traditionnelle est mieux à même d’expliquer ce qui motive nos décisions de placement. Des études allant au-delà de la science sociale et intégrant les connaissances issues de la neuroscience pourraient nous permettre de mieux appréhender ce processus complexe.

L’art de ne pas se duper soi-même

La finance comportementale présuppose que les acteurs du marché n’agissent pas rationnellement, mais sous l’influence de quatre biais psychologiques liés aux mécanismes cognitifs menant à la décision, lesquels s’appuient souvent sur des règles empiriques pour traiter efficacement les informations – processus pas nécessairement utile pour la prise de décisions de placement. Ces biais entrant en conflit avec la capacité de prendre des décisions de placement rationnelles sont l’excès de confiance, le biais de jugement, la pression sociale et l’aversion aux pertes.

1 Excès de confiance

Phénomène largement observé chez les acteurs du marché, l’excès de confiance ne se limite toutefois pas à la seule activité de placement: 70% des conducteurs sont p. ex. persuadés de rouler mieux que la moyenne.

De même, les investisseurs surestiment souvent leurs compétences en matière de sélection d’actions, sentiment de supériorité accru par le jeu de la mémoire sélective (mauvaises transactions attribuées à la malchance et bonnes opérations à l’habileté).

De plus, les acteurs du marché surévaluent souvent leur capacité à prévoir l’issue d’événements futurs (taux de croissance des bénéfices d’entreprise p. ex.), ce qui les conduit à fixer des marges de confiance trop étroites pour leurs prévisions. Ils pratiquent fréquemment l’overtrading – source de coûts élevés – et sont surpris du décalage entre les bénéfices effectifs et ceux escomptés.

2 Biais de jugement

Le biais de jugement est généralement le fait d’individus accordant plus de poids que nécessaire aux expériences récentes, et s’observe après de fortes corrections des marchés des actions: les investisseurs accordent beaucoup de poids à leur récente expérience et délaissent les actions au profit des actifs sans risque ou des liquidités, négligeant le fait que les actions ont gagné en attrait après leur chute. Ils ne réalisent que progressivement leur excès de prudence et ne reviennent aux actifs plus risqués qu’après une longue période de performance positive du marché. Ce phénomène s’est produit après l’effondrement du marché en 2008-2009, où les positions en liquidités sont restées à des niveaux record durant plus d’un an, alors que les actions généraient des rendements attractifs.

3 Pression sociale

La pression sociale est l’un des plus puissants moteurs de la prise de décision. Rester à l’écart du marché durant la formation d’une bulle peut sembler très douloureux pour certains, notamment si d’autres s’enrichissent rapidement. Cette impression de «rater la fête» conduit les investisseurs à investir dans des marchés devenus inintéressants.

De même, les investisseurs expérimentés peuvent à juste titre décider de ne pas prendre de position contraire et de «jouer» la bulle pendant un certain temps, tout en gérant prudemment le risque de baisse.

4 Aversion aux pertes

Les recherches montrent que convertir une perte sur papier en perte réelle (à savoir vendre une action ayant perdu en valeur) est une expérience des plus douloureuses pour les investisseurs, d’où leur tendance – guère surprenante – à conserver trop longtemps des positions en perte. Par exemple, une position ouverte pour tirer profit d’un thème à court terme peut, dans l’esprit de l’investisseur, se métamorphoser en placement à long terme, même après la disparition de ce thème.

 L’aversion aux pertes empêche souvent les acteurs du marché de saisir des opportunités plus prometteuses et conduit les investisseurs à prendre de plus grands risques pour compenser les pertes.

La finance comportementale appliquée au processus de placement

Au vu du rôle majeur joué par ces biais psychologiques dans les décisions de placement, la finance comportementale devrait avoir sa place dans le processus d’investissement. Etablir des procédures strictes peut aider les investisseurs et gérants de fonds à éviter les pièges comportementaux et l’excès de confiance. Les portefeuilles devraient être contrôlés régulièrement et les investisseurs alertés des concentrations de risques. En cas de modifications substantielles de leur fortune ou de leur situation personnelle, les investisseurs devraient reconsidérer leur allocation d’actifs.

De même, se positionner à contre-pied d’une tendance majeure peut s’avérer risqué, le marché pouvant rester irrationnel plus longtemps que les investisseurs rester liquides.

Le recours systématique à l’analyse technique, à la modélisation quantitative des bulles et aux données de flux financiers peut permettre aux investisseurs d’évaluer la durée pendant laquelle «suivre la meute», mais aussi si une position contraire ou des opérations de couverture sont plus judicieuses.

Enfin, la mise en place de règles stop loss contribue à réduire l’aversion aux pertes créée par l’attachement émotionnel à certaines positions et empêche les investisseurs de conserver trop longtemps des titres en perte.

Lars Kalbreier Equity Trading Research, Credit Suisse Aout11

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