Changes et Devises

Marc Fiorentino : « Personne ne sait, actuellement, combien valent les banques occidentales. Et c’est cette incertitude, qui leur vaut d’être ciblées par les marchés boursiers. Quel est exactement l’exposition de chaque établissement aux dettes souveraines de chaque pays ? Et combien vaut cette dette, actuellement comptabilisée à 100% de sa valeur, sauf pour la dette grecque ? »

« Personne ne sait, actuellement, combien valent les banques occidentales. Et c’est cette incertitude, qui leur vaut d’être ciblées par les marchés boursiers. Quel est exactement l’exposition de chaque établissement aux dettes souveraines de chaque pays ? Et combien vaut cette dette, actuellement comptabilisée à 100% de sa valeur, sauf pour la dette grecque ? »

Entretien Marc Fiorentino aout 2011

PLUS DE FIORENTINO EN SUIVANT :

Marchés boursiers en montagne russe, extrême nervosité des investisseurs… Est-ce qu’on va vers le krach ?

  La situation n’a rien d’étonnant. Ce qui est plus surprenant – et même alarmant – c’est que les responsables politiques américains et européens ne comprennent rien au message des marchés. Et s’ils continuent de se contenter de rafistolages, la baisse va s’accélérer, et on finira dans le mur !

 Contrairement à ce qui se dit partout, la dégringolade boursière du mois d’août n’est pas provoquée par « les spéculateurs ». Les hedges funds sont très peu présents sur le marché. La baisse des actions et la hausse des CDS souverains (ndr, ces contrats d’assurance contre les défauts sur les dettes publiques) sont le fait des acteurs normaux des marchés.  Ce sont les établissements qui gèrent l’épargne de « Monsieur tout le monde » – les compagnies d’assurance, les gestionnaires de Sicav et les fonds de pension – qui essaient de se protéger des risques. Dans une période de doute sur la croissance à venir et la capacité des Etats à rembourser leurs dettes, ils ne font que leur métier en allant vers la qualité et les valeurs refuge. 

Mais les marchés exagèrent : le Triple A de la dette française est-il vraiment menacé ?

 – Le triple A français n’est pas un sujet. Et le gouvernement a bien tort de le médiatiser à ce point, et de lui donner cette importance. Cela revient à prendre les symptômes pour le problème…

 Le vrai sujet, c’est comment on rétablit l’équilibre de nos finances publiques sans plomber notre croissance. Et au lieu de courir après ce Triple A comme le Graal, il vaudrait peut-être mieux dire clairement qu’on y renonce pour les deux ans à venir, parce qu’on a un plan crédible d’assainissement de la situation qui permet de préserver un certain niveau de consommation et d’investissement des entreprises. Les bons du Trésor français ne se placeraient pas plus mal… Au contraire.

 C’est un peu comme le grand chef qui rend des étoiles pour ne pas subir les contraintes qui vont avec. Au lieu de mettre son restaurant en déficit parce qu’il doit maintenir le standing de sa salle, il se concentre sur la qualité de sa cuisine. Et tout le monde y gagne.

 Mais alors, comment faut-il interpréter le message du marché ? 

– Malheureusement, les politiques, complètement perdus, se calent sur les marchés pour déterminer leur agenda. Ils expliquent que les marchés demandent un tour de vis supplémentaire : qu’il faut absolument des budgets plus sévères pour accélérer le désendettement. 

En Grèce, en Italie, en Espagne, en France, les dirigeants multiplient les annonces d’austérité. Au risque de tuer complètement le peu de croissance qui existe encore… C’est absurde ! Le marché lui, pose les vraies questions : il est en train de dire qu’on ne pourra pas rembourser l’intégralité des dettes publiques. Il demande donc une restructuration de ces dettes, seul moyen de dégager des marges de manœuvre pour renouer durablement avec la croissance.

 Mais si on restructure les dettes publiques, on plombe les banques qui les détiennent. Et on se retrouve comme après la faillite de Lehman, avec une paralysie complète du marché du crédit…

 – Justement, ce qui est incroyable, c’est que les leaders du G20, après avoir raté l’occasion de réformer le système en 2008, sont en train de recommencer ! La « sortie par le haut » de cette crise demande une vision, du courage politique et des mesures radicales au niveau planétaire.

 Il faudrait que le G20 décide d’une grande conférence mondiale pour restructurer la dette publique. Puis décide que chacun doit retrouver l’équilibre budgétaire en 3 ans, et que le déficit doit devenir illégal.

Evidemment, cela suppose de nationaliser les banques pendant 3 ou 4 ans, et de faire enfin ce qu’on aurait dû faire en 2008, au lieu de les renflouer sans contrepartie. C’est-à-dire interdire aux banques les activités de marché et les concentrer sur leur métier de base : prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers.

Mais nationaliser les banques, cela coûterait très cher aux Etats : il faut indemniser les actionnaires…

Sauf que personne ne sait, actuellement, combien valent les banques occidentales. Et c’est cette incertitude, qui leur vaut d’être ciblées par les marchés boursiers. Quel est exactement l’exposition de chaque établissement aux dettes souveraines de chaque pays ? Et combien vaut cette dette, actuellement comptabilisée à 100% de sa valeur, sauf pour la dette grecque ?

 Si, dans le bilan du Crédit Agricole, de la Société Générale ou de BNP Paribas, on ne compte la dette grecque que pour 60% de sa valeur faciale, la dette italienne pour 80%, etc… leurs bilans serait sûrement moins solides. Et les Etats pourraient prendre le contrôle de leur capital, contre de simples garanties de financement.

Ne faudrait-il pas aussi de nouvelles règles sur les taux de change dollar/yuan/euro, qui aggravent les grands déséquilibres mondiaux ?

– Non, les cours des devises s’ajusteront naturellement après ce nouvel ordre économique et financier mondial. Le yuan chinois n’est pas le problème du moment, loin de là. Nous devons restructurer les bilans de nos états, les monnaies suivront.

Mais pourquoi la Chine accepterait-elle de perdre de l’argent sur ses avoirs en dollars ? Après tout, la croissance des émergents semble peu affectée…

– La Chine a déjà « provisionné » officieusement une perte de 40% sur ses avoirs américains. Et ne fantasmons pas sur la croissance des pays émergents : elles dépendent largement des Etats Unis et de l’Europe.

Il faut raisonner a l’échelle des états comme à l’échelle des entreprises. Quand une entreprise est en redressement judiciaire, les fournisseurs préfèrent perdre 50% de leurs créances pour conserver un client. La Chine est un fournisseur, les Etats Unis un client vital.

Interview de Marc Fiorentino* par Dominique Nora 

Article publié dans le Nouvel Observateur jeudi 18 août.

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