Art de la guerre monétaire et économique

Les «Fighting Irish» par Richard Dupaul

Les «Fighting Irish» par Richard Dupaul

 Question: en cet été de déprime sur les marchés financiers, quelles obligations d’État ont rapporté le meilleur rendement?

Beaucoup répondront les «Treasurys» américains. Les incontournables titres d’emprunt de l’Oncle Sam ont pris de la valeur durant la débandade boursière, se moquant même au passage de la décote de la dette américaine par l’agence Standard&Poor’s.

D’autres suggéreront les obligations du Canada, de l’Australie ou de l’Allemagne – trois autres refuges en cette période de grande incertitude.

Mais ces réponses sont fausses. Selon l’agence Bloomberg, les grands gagnants de l’été sont… les titres d’emprunt de l’Irlande. Contre toute attente, les obligations du Tigre celtique ont rapporté un rendement global (gain en capital  » taux d’intérêt nominal) de 14% depuis trois mois.

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 Profitant d’une forte demande, les obligations irlandaises ont pris beaucoup de valeur sur le marché, entraînant un net repli (-2%) des coûts de financement de l’État. Les «Irish bonds» ont même éclipsé leurs homologues allemands (« 6%) ainsi que 24 autres titres internationaux.

D’où vient cet engouement des investisseurs? Certainement pas d’une soudaine nostalgie pour les prés verts irlandais ou même la Guinness. Simplement, c’est qu’on croit que l’Irlande est le pays le plus apte parmi les «éclopés» de l’Europe à se relever au plan économique.

À cet égard, les Irlandais démontrent une détermination et une pugnacité peu communes.

Exporter

Alors que le monde regarde la Grèce, le Portugal et l’Italie s’enfoncer dans une léthargie économique, l’Irlande vient de réaliser un exploit.

Le petit pays de 4 millions d’habitants, en proie à une crise profonde après la quasi-faillite de son système bancaire l’hiver dernier, a dégagé en juin un excédent record (!) au plan du commerce extérieur, a-t-on appris la semaine dernière. Les Irlandais ont misé sur un secteur qui les a bien servis durant la période faste des années 90: l’exportation.

Alors que les importations du pays ont crû de 2%, les exportations enregistraient un bond spectaculaire de 5% à 7,9 milliards d’euros. Lentement mais sûrement, l’Irlande fait des gains à l’international depuis quelques mois.

Une bouffée d’air frais pour un pays qui, après l’effondrement de son secteur bancaire en novembre, a dû demander une aide de 85 milliards d’euros de l’Union européenne et au FMI pour éviter la catastrophe.

Aussi, les experts se montrent enthousiastes. «Les exportateurs seront le moteur principal du redressement économique, du moins à court terme, et leurs performances (…) sont très bonnes», commente le courtier irlandais Bloxham dans une note financière.

Pourtant, l’Irlande n’est-elle pas un membre du Club euro, cette devise souvent «honnie» et «surévaluée» qui, en principe, devrait nuire aux exportations?

Dans des éditoriaux parus la semaine dernière, le quotidien Irish Independant fournit quelques raisons derrière la remontée irlandaise. La principale: les entreprises du pays, les multinationales surtout, ont réduit considérablement leurs coûts d’exploitation depuis 2008, souvent au prix de douloureuses compressions pour les travailleurs.

En revanche, la productivité et, par ricochet, l’attrait des produits locaux en ressortent améliorés. Si bien qu’on rapporte de fortes hausses des exportations de machinerie et de produits chimiques/pharmaceutiques. Le secteur agricole affiche aussi une vigueur étonnante (« 14%) sur les marchés extérieurs.

«Le pays (Irlande) a un potentiel de croissance que les autres n’ont pas, dont la Grèce et le Portugal», affirme la banque UniCredit, de Munich.

D’ailleurs, le gouvernement irlandais prévoit que son déficit budgétaire diminuera à 10% du PIB (produit intérieur brut) cette année, contre un taux faramineux de 32% l’an passé. Et la banque centrale mise sur une croissance économique de 0,8% cette année, puis de 2,1% en 2012.

Des obstacles

Cependant, la remontée irlandaise risque de se buter à de gros obstacles. Vu les signes de ralentissement de l’économie mondiale, les exportations risquent de s’affaiblir dans un proche avenir, prévient Bloxham.

Sans oublier que la consommation et l’immobilier dans ce pays demeurent des secteurs très faibles et prendront des années à se redresser complètement.

Reste que l’Irlande retrouve peu à peu ses belles couleurs. Les Irlandais redonnent aussi espoir aux autres Européens et même aux Américains, qui comptent également sur l’exportation pour se remettre en marche.

«Avec la productivité qui continue à s’améliorer, il y aura des effets bénéfiques sur la demande domestique et l’emploi (…) il y a une lumière au bout du tunnel», de conclure l’Irish Independant.

source La Presse (Montréal) aout11

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