Art de la guerre monétaire et économique

Un pour tous… et chacun pour soi! Par Michel Juvet

Un pour tous… et chacun pour soi! Par Michel Juvet

La Suisse est rentrée dans le nouvel alignement mondial: la défense des intérêts nationaux, selon Michel Juvet La Banque nationale suisse a donc osé franchir le Rubicon des taux de changes flottants, dans un enthousiasme domestique presque généralisé

La Banque nationale suisse a donc osé franchir le Rubicon des taux de changes flottants, dans un enthousiasme domestique presque généralisé. Serait-ce les perspectives électorales de l’automne ou l’envie d’une revanche vicieuse contre les agressions économiques et financières des puissances qui nous entourent qui rendent la politique suisse si consensuelle sur ce sujet?

 Mais que dire également des réactions sans courroux de nos partenaires économiques? Que cache cette fausse compassion de la représentante du Trésor américain pour notre nouvelle politique de change? N’y cherchons ni mépris, ni inattention, à notre égard. Voyons simplement la réalité: la Suisse est rentrée dans le nouvel alignement mondial: la défense des intérêts nationaux, et en toute indépendance!

 Rappelez-vous, cela avait commencé en 2007 avec la décision irlandaise de garantir les dépôts des épargnants dans ses banques. L’Irlande croyait défendre ses intérêts, mais les épargnants anglais apeurés par leurs propres banques avaient alors accouru en Irlande, et avaient asséché par ricochet les banques anglaises. Puis sans être exhaustif, souvenez-vous, des programmes spéciaux de la Banque centrale américaine pour relancer la croissance et qui avaient affaibli au bon moment le cours du dollar, coinçant dans un autre dilemme les banques centrales des pays émergents confrontées à une hausse de leurs devises pénalisantes pour leurs exportations… Sans parler de la Chine qui a maintenu sa devise alignée sur le dollar pour sauver ses exportateurs…

 La décision de la BNS n’a pas provoqué de remontrances internationales et c’est ce silence approbatif qui est choquant! La BNS a officialisé ce que d’autres pensaient tout bas pour retrouver la croissance. A qui le tour de surenchérir désormais? Au dollar? A l’euro? Au real? Au won? Au yen? Aux devises victimes collatérales de la décision de la BNS, à ces autres monnaies refuges qui s’accrochent encore aux changes flottants?

 Le professeur Andrew Lo du MIT montre que dans les phases de crise les investisseurs retrouvent leurs émotions ancestrales, sacrifient la raison et activent leurs cerveaux de mammifères, privilégiant l’instinct reptilien de défense et de protection. Souvent pour le pire. Serait-il faux d’imaginer que les autorités politiques fonctionnent également ainsi dans les périodes de crise?

 La Suisse a bien marqué son territoire. La création d’un fonds souverain alimenté par les réserves en devises acquises renforcerait encore cette marque helvétique. Mais dans la nouvelle jungle sans croissance qui nous entoure, nos concurrents ne manqueront pas de renier leurs cerveaux d’hominidés. Le nationalisme financier et la guerre des objectifs de taux d’intérêt et de changes peuvent continuer; mais dans ce cas ce n’est plus le franc fort qu’il faut craindre: c’est la baisse de la demande globale!

 Michel Juvet Bordier et Cie./le temps sep11

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