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L’Etat des lieux d’un risque mal connu : Ce que signifierait l’hyper-inflation

L’Etat des lieux d’un risque mal connu : Ce que signifierait l’hyper-inflation

Nécessaire risk-check de l’inflation : La fixation d’un cours plancher pour l’euro augmente le risque de renchérissement. Tout comme les programmes de quantitative easing.

Augmentation drastique de la masse monétaire en circulation, quantitative easing d’ampleur, hausse des matières premières, fixation de cours plancher. Les premiers foyers sont donc en place pour une propagation durable de l’inflation. Les inflationnistes se frottent les mains sans craindre qu’un recours à une telle arme puisse avoir des effets dévastateurs sur la reprise de la croissance.

PLUS DHYPERINFLATION EN SUIVANT :

1) Une définition simple

Selon sa définition exacte, l’inflation désigne une augmentation générale, durable et non maîtrisée du prix des biens et des services associés à une hausse des salaires.

2) Une définition économique

Selon Milton Friedman, «la cause immédiate de l’inflation est toujours et partout la même: un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production» et, selon la théorie keynésienne, «l’inflation se produit lorsque l’appareil productif ne parvient plus à répondre à l’accroissement de la demande». En d’autres termes, lorsqu’il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande.

3) Où en sommes-nous?

Si le redressement de l’inflation se confirme très légèrement dans certains pays de la zone euro, il n’est pas encore inquiétant. L’effet de la hausse du prix des matières que nous avons connu jusqu’à fin avril 2011 s’est estompé avec l’intensification de la crise souveraine. En outre, le niveau d’inflation sous-jacente reste faible (en-deçà de la zone de confort de la Fed aux Etats-Unis par exemple) et pourrait encore le rester pendant au moins un trimestre étant donné les nombreuses surcapacités dans l’industrie, les marchés de l’emploi et de l’immobilier.

4) Les bases de la crise

Il est avéré que les prémisses de la crise économique dans laquelle nous sommes actuellement trouvent leurs bases dans les excès d’endettement, tant privés que publics.

5) Un constat lourd

Le constat est lourd, mais il est une évidence qu’aujourd’hui, la résolution de la crise ne se fera que par une annulation pure et simple des dettes ou par leurs remboursements aux calendes grecques.

Une hausse de l’inflation constituerait la meilleure solution parce qu’elle réduirait la part à consacrer au service de la dette dans le revenu. L’argument principal est donc de dire que la seule manière d’écourter la période de désendettement et de faible croissance est de recourir à l’inflation pendant un certain laps de temps. Selon la définition l’inflation est un transfert de revenus des épargnants vers les débiteurs. L’épargnant étant ici la souche principale de la consommation.

6) Les bienfaits de l’inflation

L’inflation favorise la croissance car elle contribue à alléger les dettes des agents économiques. L’inflation diminue donc le coût réel de l’endettement. Certains voient dans l’inflation un outil de gestion du partage de la valeur ajoutée.

Les consommateurs sont poussés à acheter plus vite, avant que les prix ne montent d’avantage, relançant ainsi la machine économique et en même temps les salaires, les prix, les retraites et forcément les taux d’intérêt.

Les grands gagnants seraient donc les salariés qui s’endettent et les banques dont le passif se réduirait mécaniquement.

7) Les méfaits de l’inflation

L’inflation crée un déséquilibre social et un déséquilibre au niveau des relations économiques entre les pays. Les plus touchés par l’inflation étant les ménages à faible revenu. Elle encourage les mouvements spéculatifs de tous ordres. L’inflation peut être désastreuse pour la balance commerciale et la balance des paiements.

8) La réaction des politiques

En mars 2010, Olivier Blanchard, le directeur du département des études du FMI s’était déclaré pour une inflation à 4%, au lieu des 2% de l’époque argumentant que le règlement de la dette des Etats s’en trouverait facilité et que les douloureux ajustements budgétaires seraient repoussés. Cependant, la BCE, comme la Fed, avaient repoussé cette idée. Le désormais ex-chef économiste de la BCE, Jurgen Stark, avait lui estimé que ce serait «un pas dans la mauvaise direction» tout comme Ben Bernanke qui avait aussi avoué qu’il ne maîtrisait rien: «si la Réserve fédérale dit nous allons augmenter l’inflation à 4%, comment savons-nous qu’ensuite nous n’irons pas vers 5% ou 6% ou 7%?». D’autre part, on s’accorde à dire que l’augmentation des salaires dans l’économie est responsable pour deux-tiers de l’inflation, Donc comment veut-on une inflation à 4% lorsque le chômage varie entre 10 et 20% et que la pression sur les salaires ne s’affaiblit pas? Il faut donc comprendre ici que la crise est largement plus grave qu’il y a une année et que la question de l’inflation ne se pose plus.

9) Un bienfait pour le chômage?

Puisqu’il est un fait que les politiques veulent privilégier l’inflation, quelle sera son influence sur le taux de chômage déjà élevé?

Selon la courbe de Philips, qui met en évidence une relation inverse entre inflation et chômage, l’idée pourrait donc plaire. Plus d’inflation pour faire baisser le chômage: quel bonheur! Cependant, l’histoire des années 1970 nous montre que cette relation était un faux dilemme car il pouvait y avoir à la fois chômage et inflation. En fait, sur le moyen terme, la corrélation inversée s’avère différente si l’on prend les Etats-Unis ou l’Europe: à un même taux d’inflation le taux de chômage évolue effectivement différemment. Ceci nous amène à la conclusion que le taux de chômage dépend des règles du marché du travail et non de la politique monétaire.

10) Le cas suisse

La décision de la BNS, le 6 septembre, de mettre tout en œuvre de manière illimitée pour avoir un prix plancher de 1,20 franc face à l’euro fera date. Cependant, alors que tout le monde salue ce mouvement historique, des ingestions massives d’argent (en cas d’attaques spéculatives par exemple pour soutenir coute que coute le niveau de 1,20) comme à la fin des années 1970, pourrait accélérer l’inflation en Suisse. Dans cette hypothèse, Friedman aurait raison dans son argumentation.

11) Conclusion

Jean-Claude Trichet a reconnu (à demi mot) que son combat contre l’inflation était fini (mais avait-il réellement commencé?) et que cela n’était plus un problème d’actualité. Cependant, contrairement à ce que plusieurs dirigeants peuvent penser, il conviendra, dans les semaines suivantes, de suivre avec la plus grande attention l’évolution de cet effet pernicieux dans les quatre zones que sont les Etats-Unis, la Zone Euro, la Chine et la Suisse. La maitrise de l’inflation s’apparente, effectivement, à un exercice de haute voltige, car si nous devions arriver en hyperinflation, cela pourrait s’avérer bien plus catastrophique que la situation dans laquelle nous sommes actuellement.

John-f. plassard Louis Capital Markets Genève SEP11

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