Agences de Notation

Le déclin inexorable des caisses d’épargne espagnoles

Le déclin inexorable des caisses d’épargne espagnoles

Dans d’autres régions d’Espagne, le parfum de scandale touche bien des caisses d’épargne en faillite ou en passe de l’être

La quarantaine opulente, Maria Dolores Amoros est devenue un des symboles du pouvoir financier honni. La semaine dernière, la Banque d’Espagne a «remercié» celle qui était directrice générale de la CAM, la Caja del Mediterraneo, une grosse caisse d’épargne basée à Valence. Et pour cause: entre janvier et juin, Maria Dolores Amoros a contribué au déclin inexorable de la CAM, qui allait être mise sous embargo, après avoir enregistré des pertes de 1,1 milliard d’euros; dans le même temps, la directrice générale n’a pas hésité à s’attribuer une rente viagère annuelle de 370 000 euros.

Situation désastreuse

Dans d’autres régions d’Espagne, le parfum de scandale touche bien des caisses d’épargne en faillite ou en passe de l’être: José Luis Mendez, patron de Caixa Galicia pendant trois décennies, a obtenu des fonds de pension à hauteur de 16,5 millions d’euros; José Luis Pego, un directeur général d’une autre caisse galicienne, Caixa Nova, a décroché une préretraite assortie d’une assurance viagère de 10,8 millions d’euros. Dans les villes de Galice, région du nord-ouest, des affiches contestataires ont été collées dans les rues: on y voit les portraits de banquiers régionaux, tels Mendez ou Pego, sous l’inscription «se busca» («on recherche»), accompagnée des sommes millionnaires dont ils auraient bénéficié, comme s’il s’agissait de criminels.

En Espagne, pays menacé par la récession et dans le collimateur des marchés financiers, le scandale des caisses d’épargne fait rage. Les milieux financiers, tout comme la Banque d’Espagne, reconnaissent que, pendant des années, ces entités ont été gérées «de façon clientéliste, opaque, et le plus souvent mal». Or, les médias révèlent aujourd’hui qu’il y a plus grave.

Et le quotidien économique Cinco Dias assure que les cas connus ne sont que la partie émergée de l’iceberg. «Pendant des années, on a fermé les yeux, souligne un chroniqueur du journal. Les membres des conseils d’administration, grassement rémunérés, ne pipaient mot quant aux privilèges que s’arrogeaient les hauts dirigeants. L’opinion publique voyait encore les caisses d’épargne dans leur dimension sociale, sans s’imaginer qu’elles étaient le théâtre de l’impunité et de la collusion avec le pouvoir politique régional.»

En parallèle, ces mêmes entités recevaient de considérables aides de l’Etat pour sortir de leur désastreuse situation financière. Santos Julia, commentateur réputé, fustige des entités qui ont jusqu’ici été des fortins où «une oligarchie politico-économico-financière pouvait agir à son aise, sans être gênée par personne».

A l’instar de la CAM, qui a par exemple financé la pharaonique «Cité des arts et des sciences» – une des vitrines de Valence –, personne n’a pu avoir accès aux comptes de ces caisses d’épargne, et donc connaître l’étendue de leurs dettes et la «toxicité» de leurs actifs financiers.

Mauvaise réputation

Ces jours-ci, les agences de notation Fitch et S & P ont fait savoir que la mauvaise réputation de ces caisses contribuait à la baisse de la notation de l’Espagne. A la faveur des scandales en cascades, des dirigeants ont été mis à la rue. «Ce n’est pas suffisant, dit le professeur de droit Abel Veiga. Il faut épurer les responsabilités jusqu’au bout.»

Par François Musseau madrid/le temps oct11

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