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Le secteur bancaire danois en état d’alerte systémique

Le secteur bancaire danois en état d’alerte systémique

Les nouvelles règles financières en Europe provoquent un liquidity crunch et rendent le financement prohibitif.

Le secteur bancaire danois va-t-il  être lui aussi placé sous perfusion?  Avec la réglementation en Europe pour cause principale plutôt que le non-respect de règles prudentielles, comme on le constate pour un grand nombre d’établissements en Europe et aux Etats-Unis?

«Notre situation est loin d’être enviable», s’inquiétait Mick Sayed, l’un des directeurs de l’Association danoise des banques. Qui reproche à la Commission européenne l’interdiction des ventes à découvert sur les valeurs bancaires. Mesure qui, au lieu de stabiliser les actions du secteur, ont conduit les investisseurs à déserter l’ensemble de la place financière danoise (au bénéfice de la Suède notamment).

La perte nette publiée mardi par Danske Bank, la plus grande banque d’un pays financièrement sain tel que le Danemark, a surpris tout le monde. Ainsi que l’annonce de 2000 suppressions d’emplois sur trois ans. Alors que les signes d’un risque systémique élevé et de pertes potentielles du secteur n’étaient censées être un secret pour personne.

Fin juillet, Standard & Poor’s a remarqué qu’au moins quinze établissements pourraient bientôt faire défaut. Les coûts bruts cumulés de faillites additionnelles pourraient s’élever à six milliards de couronnes (environ 900 millions de francs suisses). Mi-octobre, Max Bank, petit établissement de 500 millions euros de dépôts, a été la douzième banque du pays à avoir activé le dépôt de bilan. En février, l’un des établissements de grande taille du pays, Amagerbanken, avait également disparu sous l’effet du renchérissement des coûts de financement, devenus prohibitifs depuis que l’Autorité bancaire européenne, l’EBA, a exigé une recapitalisation rapide des banques

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La loi qui crée le risque systémique

Les banques danoises sont loin de bénéficier de l’interdiction des ventes à découvert sur le secteur et peinent à se refinancer sur les marchés.

Alors que les banques d’Europe occidentale ont salué l’interdiction des ventes à découvert, afin de protéger le secteur contre les paris directionnels baissiers de quelques puissants spéculateurs financiers, les banquiers danois, de leur côté, s’en plaignent continuellement. Les volumes d’échanges sur le marché actions danois, tous secteurs confondus, ne se situent plus que dans une fourchette de 2 à 6 millions de titres contre 30 à 50 millions pour la Bourse suédoise.

La situation du secteur bancaire au Danemark est telle que plusieurs institutions ont été forcées d’ajourner ou de mettre en suspens leurs programmes de refinancement, afin de respecter les nouvelles exigences légales en Europe en matière de renforcement des fonds propres.

Depuis la faillite d’Amagerbanken, Sydbank, le troisième établissement bancaire du pays, a annoncé la semaine dernière que l’émission obligataire initialement prévue pour mai ne sera pas possible avant le retour au calme sur les marchés financiers. Le numéro quatre du pays, Spar Nord Bank, qui a publié un bénéfice en baisse de 34% au troisième trimestre, a été obligé de céder ses activités de leasing «afin de résoudre les problèmes de financement». Problèmes surtout attribuables aux restrictions liées aux ventes à découvert.

L’interdiction de vendre à découvert des titres bancaires, en place depuis 2008, au lieu de stabiliser les actions du secteur ont conduit les investisseurs à déserter l’étroite place financière danoise et lui priver de liquidités suffisantes. Résultat: le secteur est en baisse de plus de 30% cette année, alors que l’économie danoise et, plus largement, scandinave, affichent de solides performances macroéconomiques. «Cette interdiction est inutile», déplore Anders Dam, CEO du deuxième plus grand groupe bancaire danois, Jyske Bank, dont le titre a chuté de plus de 40% cette année. «Personne ne peut empêcher des mouvements de cours négatifs même en interdisant le naked short selling.»

L’Association danoise des banquiers invoquent également le fait que cette mesure réglementaire était valide lors de la faillite de Lehman Brothers, qui a posé davantage de risque pour le secteur que la crise souveraine actuelle.

De fait, les pertes annoncées par la première banque danoise, Danske Bank, mardi dernier, reflètent, au moins partiellement, les effets collatéraux des récents dispositifs légaux mis en place par les autorités européennes en vue d’assainir le secteur. Se voulant indolores, ces mesures s’avèrent pourtant désastreuses au Danemark, pays qui est loin de figurer parmi les mauvais élèves de la finance publique. 

D’autre part, l’injonction de l’European Banking Authorithy (EBA) quant à une recapitalisation (capital et bénéfices mis en réserve rapportés aux prêts accordés) rapide des établissements européens, constitue également un frein important à l’expansion des activités bancaires au Danemark. Ce qui freine la croissance du secteur, les banques étant forcées de réduire la voilure en termes de placements à risque et/ou céder des activités même lucratives sous l’effet du renchérissement du coût de financement depuis la crise financière.

«Excepté pour le Danemark, les établissements nordiques, Pays-Bas compris, continuent en revanche d’afficher de meilleures perspectives sur le moyen terme et sont largement dotées de notations «perspectives stables»», écrivent les experts de Standard & Poor’s, qui ont assigné des «perspectives négatives» à plus de la moitié des 50 plus grandes banques d’Europe. Dans le cas de Danske Bank, Standard & Poor’s avait averti, avant la publication des résultats du groupe en début de semaine, que les provisions pour prêts douteux aux petites et moyennes entreprises et celles liées à l’exposition à l’Irlande pourraient s’avérer sensiblement plus importantes que prévues.

«Toutefois, compte tenu du risque systémique élevé que pose Danske Bank pour l’économie danoise, la pression baissière de nos notations pourraient s’atténuer dès lors que nous serons plus ou moins certains d’un soutien gouvernemental qui diminuerait le risque de contrepartie si les choses devaient s’aggraver.»

Levi-sergio mutemba/Agefi nov11

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