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Europe : Perspective d’un effondrement de la grande consommation

Europe : Perspective d’un effondrement de la grande consommation

Les indicateurs font état d’une inquiétante faiblesse à l’approche de Noël.

A l’orée de la saison des fêtes de fin d’année qui peut, pour certains groupes de distribution, représenter plus de 50% de leur chiffre d’affaires annuel, il est important de faire un constat sur la consommation européenne. La situation semble de plus en plus inquiétante et il s’agit de voir par quels biais un ralentissement plus important pourrait arriver.

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Des facteurs minimisés

Le chômage et l’épargne. L’aggravation du taux de chômage européen est l’un des facteurs les plus inquiétants qui nous laisse présager que les dépenses de consommation vont aller en s’aggravant. Le taux de chômage de 10.2% que nous connaissons actuellement dans la zone euro va s’aggraver dans les prochains mois, ce n’est un mystère pour personne.

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Face à l’austérité budgétaire et aux hausses d’impôts associées, les ménages augmentent l’épargne de précaution. Contrairement aux Etats-Unis, ce phénomène n’est pas très important en zone euro lorsque le taux de chômage est stable car l’excès accumulé est utilisé. Cependant, lorsque les crises s’aggravent, c’est bien l’évolution de l’emploi et du taux de chômage qui pilote l’épargne de précaution. Les exemples de l’Espagne et du Portugal sont criants.

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Au début du siècle, l’institut national de la statistique et des études économiques en France (INSEE) relevait un point important entre chômage et épargne (donc entre chômage et manque de consommation). Ce point confirmait que lorsque le taux de chômage s’accroissait, les ménages peuvent avoir recours à un comportement d’»auto-assurance» en constituant une épargne de précaution. Un tel comportement est ainsi invoqué comme une composante essentielle de la hausse des taux d’épargne européens à la suite de l’aggravation des risques de chômage et de la restriction de l’accès aux allocations dans les années 1990. L’épargne partage donc les mêmes vertus assurantielles que les allocations en autorisant un chômeur à rechercher plus longtemps la meilleure offre d’emploi possible. 

 La confiance. La confiance est une variable clé dans la détermination de la consommation et de l’investissement. L’analyse de la confiance dans la zone euro nous montre clairement un ralentissement. Cependant les points bas de 2008 n’ont pas encore été atteints

Avec les risques de récession que nous connaissons actuellement en Europe, le consommateur juge que l’évolution de certaines variables objectives comme le revenu disponible ou le chômage est défavorable au maintien ou à la progression de son niveau de vie. Il s’attend donc à une détérioration relative de son pouvoir d’achat, et à une contraction du marché de l’emploi accentuée par une recrudescence du chômage. Pour faire face à un environnement plus qu’incertain, il reporte ou abandonne ses projets de consommation.

La claire dégradation de ces indicateurs nous aide donc à prévoir les variations dans les dépenses de consommation, lesquelles dépenses peuvent ne pas être expliquées par des variations de revenus.

PLUS DE DETERIORATION EN SUIVANT :

Les tensions sur les banques

Pour contrecarrer le risque systémique bancaire, les gouvernements de la zone euro (et des Etats-Unis) ont fait le choix de durcir les règles, notamment en matière d’exigences en capitaux. Pour mémoire, lors du sommet de Bruxelles, l’UE est parvenue à un accord sur la recapitalisation de ses banques, avec, entre autre, une exigence préliminaire de porter à 9% leurs ratios de capitaux d’ici à fin juin 2012.

Il ne faut pas mettre de côté qu’il y a bien évidement un lien entre décote sur la dette grecque, montant du FESF et recapitalisation des banques. Les banques vont donc devoir renforcer leurs fonds propres en fonction du risque tout en étant tenu de respecter le ratio d’endettement fixé par les régulateurs.

Cependant, pousser les banques à éviter le risque systémique, pourrait les contraindre à fermer le robinet du crédit. Effectivement, les banques pourraient être tentées de limiter les prêts afin de réduire leurs bilans au lieu d’augmenter leurs fonds propres.

Les banques sont à la base de l’octroi de crédit et, dans la définition, font donc partie des éléments principaux de la reprise économique. Dans ce sens, l’octroi des encours de prêts bancaires aux individuels et aux entreprises devrait aller en augmentant. Cependant la réalité est tout autre et les différentes réformes appliquées aux banques provoquent bien au contraire une raréfaction de crédit. D’autre part, comment obliger les banques à ouvrir le robinet du crédit si elles sont convaincues qu’il y a deux chances sur trois qu’elles ne seront pas remboursées?

Les statistiques en vigueur, les normes de prêt en Europe, montrent que les conditions de crédit deviennent de plus en plus difficiles. Aujourd’hui, nous constatons qu’en Italie et France les conditions sont très inquiétantes.

Signe de la méfiance interbancaire, la somme d’argent déposée par les banques de la zone euro au jour le jour auprès de la BCE vient d’atteindre son plus haut montant annuel, près du niveau post-Lehman. Les banques ont donc préféré placer 288,49 milliards d’euros auprès de la Banque centrale plutôt que de se les prêter entre elles. C’est le signe concret que les établissements bancaires s’inquiètent des conséquences de la crise de la dette sur leurs bilans financiers mutuels. Il est un fait que depuis l’aggravation cet été de la crise de la dette, les établissements financiers ne se font plus suffisamment confiance et préfèrent placer leur argent auprès de la BCE.

Les niveaux des dépôts restent toutefois pour l’instant en dessous des niveaux atteints durant la crise financière qui avait suivi la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, où ils ont pu frôler les 400 milliards d’euros.

La dégradation se fait déjà sentir

Si l’on prend les statistiques en vigueur en Grande-Bretagne, nous constatons une inquiétante faiblesse à l’approche de Noël, selon le BRC-KPMG Retail sales monitor d’octobre 2011.

En effet, la croissance des ventes dans l’alimentaire et le non-alimentaire s’est affaiblie avec les articles les plus couteux qui ont le plus souffert. Les vêtements et chaussures ont quant à eux été touchés par une météo étonnamment douce. L’incertitude des finances personnelles des ménages et le flou sur l’économie continue d’alimenter la prudence des consommateurs qui donnent la priorité aux éléments essentiels au dépend des achats discrétionnaires.

En 1972, le prix Nobel d’économie Kenneth J. Arrow écrivait: «pratiquement toutes les relations commerciales contiennent un élément de confiance», avant d’ajouter «on peut raisonnablement avancer qu’une grande part du retard économique constaté dans le monde peut s’expliquer par un manque de confiance mutuelle». Il est donc à prévoir que la faiblesse de la consommation perdurera jusqu’à ce que les bases réelles de la confiance reviennent dans les marchés. Ce qui malheureusement ne devrait pas arriver en Europe avant une réelle amélioration du volet «stress souverain européen» du tryptique macro-économique.

John F. Plassard Louis Capital Markets Genève nov11

2 réponses »

  1. Il n’y a effectivement pas de mystère.
    Dans un contexte de hausse du chômage (durable), de plans d’austérité et de hausse des impôts, pour traverser la tempête les ménages ne disposent que d’une variable d’ajustement: la consommation. Il faut baisser la voile de peur que l’esquif familial ne soit emporté.
    Aux motivations figurant dans l’article (l’effet d’assurance à l’égard d’une perte d’emploi toujours possible) s’ajoute l’attente d’un renversement du marché immobilier. Dan d’autres secteurs, on voit assez bien qu’il faut quasiment payer le consommateur pour qu’il consomme, à coups d’opérations promotionnelles. C’est devenu caricatural dans le secteur automobile, où par peur des stocks, les concessionnaires vendent pratiquement toutes les voitures autour de 15.000 euros quelle que soit leur taille !

    il faut se rendre à l’évidence: pour de nombreuses raisons de ce type, le consommateur a intéret à rester l’ « arme au pied ».

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