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Grèce: les 12 conséquences d’une faillite désordonnée

Grèce: les 12 conséquences d’une faillite désordonnée

Bild est le plus grand quotidien allemand. Récemment, ce titre qui presse les dirigeants politiques de voter contre un deuxième plan de sauvetage de la Grèce d’une valeur approximative de 130 milliards d’euros (ce plan a été approuvé) a été publié à sa Une.

 

 Une partie de la nervosité observée sur les marchés semble être liée à la participation du secteur privé à l’opération d’échange d’obligations de la Grèce dont les détails doivent être révélés plus tard Jeudi.

Greek 1 Year Bond = 1006%

 

Pour l’instant, seule une banque sur cinq serait prête à participer au programme d’annulation de dette grecque. Un taux de participation d’au moins trois sur quatre est requis avant jeudi soir

Les marchés boursiers européens ont fini en baisse mardi, l’indice Stoxx Europe 600 décrochant de 2,7% au terme de sa plus mauvaise journée depuis novembre dernier. La hausse de l’indice résumant les places européennes affichait jusque-là un gain de près de 6% depuis le début de l’année. Particulièrement touchées, les grandes banques, dont certaines avaient connu une remontée spectaculaire cette année. Le groupe français Société Générale a dévissé de 8% sur la seule journée d’hier. En Allemagne, Commerzbank a plongé de 7% hier.

 Verdict, jeudi à 21h

En cause, le retour des inquiétudes sur les restructurations des emprunts d’Etat grecs encore détenus par le secteur financier. Banques et fonds de placement ont jusqu’à jeudi 21h pour dire si, oui ou non, ils consentent à effacer quelque 107 milliards d’euros de dette publique grecque, environ le tiers du passif accumulé par Athènes. Pour l’instant, le taux d’acceptation ne dépasse pas 20%, selon l’agence Bloomberg. Alors que le gouvernement a répété que sous la barre des 75%, le projet serait abandonné.

PLUS DE CONSEQUENCES EN SUIVANT :  

 Athènes a haussé le ton hier, l’Agence de gestion de la dette publique prévenant qu’elle ne rembourserait pas certains créanciers refusant de participer à l’opération. Selon l’AFP, la menace s’adresse aux établissements ayant des emprunts ne relevant pas du droit grec. La Grèce a en effet annoncé mardi qu’elle envisageait de se défausser sur ce qu’elle doit à certains de ses créanciers privés qui refuseraient de participer à l’opération d’effacement d’une partie de sa dette.

« Le programme économique grec n’envisage pas la mise à disposition de fonds pour rembourser les créditeurs du secteur privé qui refusent de participer » à l’opération de restructuration, désignée sous l’acronyme de PSI, a indiqué dans un communiqué l’Agence grecque de gestion de la dette publique (PDMA).

Le texte reprend les détails d’une présentation faite lundi à des investisseurs allemands par le directeur général de la PDMA, Petros Christodoulou.

La menace s’adresse pour l’essentiel aux banques et fonds détenant des obligations qui ne relèvent pas du droit grec, pour un montant de quelque 23 milliards d’euros, la Grèce ayant déjà prévenu que pour les titres relevant de son droit national, elle pourrait recourir à des clauses d’action collective (CAC) lui permettant de contraindre les créanciers rétifs à suivre le mouvement.

Sur le front grec, le ministère des Finances s’est en tout cas prévalu dans un communiqué de l’accord des six principales banques du pays en vue « d’une acceptation intégrale volontaire de l’offre de l’Etat ».Ces assurances ont été fournies lors d’une rencontre dans la soirée des directions des banques, dont le quator de tête du pays, Banque nationale de Grèce, Eurobank, Alpha Bank, et Banque du Pirée, avec le ministre Evangélos Vénizélos. Les établissements concernés avaient déjà fait part de leur volonté de participer au PSI, mais selon les médias, certains voulaient en exclure des prêts obligataires contractés par des entreprises publiques. Les banques entendent finalement inclure ces obligations dans l’opération de restructuration, une évolution jugée « satisfaisante », a commenté une source du ministère. Les médias estiment le montant de ces titres dans une fourchette de 5 à 7 milliards d’euros. La bronca est du coup venue, selon l’agence de presse grecque Ana, des caisses d’assurances maladie et retraites: sept ont décidé de participer à l’opération, mais cinq, dont celle de la police, ont refusé, à l’issue de conseils d’administration dans la journée, selon l’Ana, tandis que deux autres doivent encore se prononcer mercredi. Selon les médias, il s’agit pour l’essentiel d’un baroud d’honneur des directions, alors que l’Etat grec s’est donné les moyens de contraindre ces organismes, dont la mise en jeu est de quelque 6,5 milliards d’euros. Athènes a donné jusqu’à jeudi 20H00 GMT à ses créanciers privés détenant des obligations de droit grec pour dire s’ils entendent participer à l’opération, une sorte de faillite contrôlée, inédite par son ampleur dans l’histoire financière. Le délai court jusqu’au 11 avril pour les titres de droit étranger.

L’échange prévu de titres vise à effacer quelque 107 milliards d’euros de dette sur les plus de 350 milliards de dette actuelle au prix de pertes réelles d’environ 73% pour les banques et fonds. Il impose en effet que les créanciers privés acceptent chacun de renoncer à 53,5% de la valeur faciale des obligations grecques qu’ils détiennent. Combiné à un allongement de la durée de remboursement et à la baisse des taux d’intérêt qu’ils ont dû accepter, les banquiers perdront plus de 70% sur leurs titres.

Pour les titres de droit grec, Athènes veut obtenir une participation volontaire minimum de 75%, en dessous duquel elle a menacé d’abandonner l’opération, ce qui l’exposerait à une faillite désordonnée dès le 20 mars, date à laquelle elle doit rembourser une échéance de 14,4 milliards d’euros.

En cas d’échec du PSI, les bailleurs de fonds publics du pays, UE et FMI ne débloqueront pas leur propre plan de soutien du pays via des prêts de 130 milliards d’euros « et la Grèce devra restructurer sa dette dans d’autres termes », a relevé M. Christodoulou à l’adresse des investisseurs allemands, évoquant implicitement une évolution qui couterait beaucoup plus cher aux créanciers privés.

Ces inquiétudes quant à un possible blocage du volet bancaire du plan de sauvetage européen ont immédiatement contaminé les taux d’intérêt implicites auxquels font face les autres pays en difficulté de la zone euro. Ceux imposés à l’Italie sur ses emprunts publics à dix ans sont ainsi repartis à la hausse hier, passant de 4,9% à 5%.

Ceux qui sous-estiment le mélange explosif que forment les coûts de sauvetage accrus et le ressac géopolitique qui suivrait une défaillance désordonnée de la Grèce et sa sortie de la zone euro le font à leurs risques et périls.

C’est l’avis de l’analyste géopolitique Pierre Fournier, de la Banque Nationale canadienne , qui énumère apar ordre chronologique les 12 conséquences d’une faillite de la Grèce et de son exclusion de la zone euro.

1. Les créanciers de la Grèce seraient forcés d’accepter des décotes de 80 à 90%.

2. Les pays créditeurs seraient contraints d’honorer leurs garanties à l’égard du fonds de secours et de recapitaliser la BCE. Et cela, après avoir longtemps assuré à leurs populations que ce scénario ne se produirait jamais, ce qui attiserait l’hostilité grandissante à l’endroit des partis au pouvoir et des élites politiques de l’UE.

3. Les banques européennes seraient exposées à des niveaux encore plus élevés de pertes des secteurs public et privé. Après être venues au secours de pays lourdement endettés, elles seraient forcées de secourir des banquiers impopulaires sur le plan politique.

4. L’attention des marchés se tournerait immédiatement vers le prochain maillon faible: le Portugal. Redoutant un défaut de paiement, les investisseurs se mettraient à vendre massivement leurs titres de créance portugais.

5. Les contrôles des mouvements des capitaux mis en place par la Grèce après sa faillite et sa sortie de la zone euro seraient vus par les Portugais et par d’autres comme un signal impérieux de retirer leur argent de leurs banques tant qu’ils le peuvent encore. Cette panique serait accentuée par la vue de voitures et de bateaux que l’on fouille dans les ports et aux frontières pour empêcher les Grecs de fuir le pays en emportant des euros.

6. Pour limiter la contagion, l’UE serait forcée d’échafauder un deuxième plan de sauvetage, cette fois pour le Portugal.

7. Le fonds de secours ou la BCE, voire les deux, seraient contraints d’acheter des obligations espagnoles et italiennes en grande quantité pour empêcher leurs taux de monter en flèche. Fortement exposée au Portugal, l’Espagne en souffrirait particulièrement.

8. L’effondrement de la Grèce, le ralentissement économique au sein de l’UE et les pressions du public sur la scène intérieure conduiraient les gouvernements de l’Irlande et du Portugal à exercer plus de pression en faveur de la radiation partielle de dettes. Cela irait à l’encontre des promesses faites par l’Allemagne, la France et d’autres pays que l’annulation partielle des dettes accordée à la Grèce serait un cas unique.

9. Même en faillite, la Grèce aurait encore besoin d’une aide financière importante, car la drachme ne serait pas immédiatement acceptée comme moyen de paiement hors du pays. La Grèce aurait donc besoin de l’aide de l’UE ou du Fonds monétaire international (FMI) pour régler ses importations d’aliments, de médicaments et d’énergie, ainsi que pour recapitaliser son système bancaire. Les citoyens des pays créditeurs seraient encore plus en colère lorsqu’ils constateraient que leurs impôts continuent d’être envoyés à la Grèce même après sa faillite.

10. L’appel à des fonds supplémentaires pour calmer les marchés coïnciderait avec des niveaux record d’opposition à de nouveaux sauvetages dans les pays créditeurs. Déjà supérieure à 60% en Allemagne et aux Pays-Bas, par exemple, l’opposition aux sauvetages grimperait à plus de 80% après l’effondrement de la Grèce. Puisque tout le temps et l’argent investis pour sauver ce pays l’auraient été en vain, bien peu de gens seraient favorables à ce que l’on recommence tout le processus pour le Portugal et pour d’autres.

11. Les appuis à d’anciens partis marginaux anti-UE, à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, augmenteraient fortement, ce qui entraînerait l’éclatement des coalitions gouvernementales en Finlande et aux Pays-Bas.

12. L’effondrement de la Grèce et la détérioration de la conjoncture en Europe conduiraient l’Italie, l’Espagne et même la France à mettre ouvertement en doute la sagesse de l’approche d’austérité défendue par l’Allemagne. Ces pays feraient probablement ensemble pression sur l’Allemagne afin qu’elle assouplisse sa politique consistant à consentir de l’aide en échange de mesures d’austérité sévères. Il deviendrait d’autant plus difficile pour les pays de l’UE de trouver un terrain d’entente

SOURCE ET REMERCIEMENTS : LE BLOG DE RICHARD DUFOUR /AFP Mars12

http://blogues.cyberpresse.ca/lapresseaffaires/dufour/2012/03/06/grece-les-12-consequences-d%e2%80%99une-faillite/

4 réponses »

  1. Petite histoire :

    Un agriculteur pauvre, faisait l’objet des quolibets des habitants de son village,
    surtout qu’il prétendait qu’il était riche car son chien un affreux bâtard valait 1 milliard d’euro d’après lui ?

    Lassé des moqueries, un beau jour de foire dans le village voisin, il part avec son chien,
    en annonçant à la cantonade qu’il allait le vendre. ET QU’ILS ALLAIENT BIEN VOIR !
    Tout le monde s’était bien entendu moqué de lui. Mais le soir venu, on le voit revenir SANS LE CHIEN ?
    Et avec deux paquets sous les bras ?

    Du coup intrigué les habitants qui le voient le questionnent . Qu’as-tu fait de ton chien ?
    Ben, j’lai vendu réponds il ! Stupéfait, les gens lui disent, mais enfin, mais COMBIEN ?
    Et lui répondre : TEL QUE DIT: 1 milliard d’euro !

    Personne ne le croit bien sur, et bien il leur dit attendez donc.
    Il ouvre les deux paquets, lesquels contiennent ….. DEUX CHATS DE 500 MILLIONS CHACUN !

    Étonnant non ?

    M’enfin, mais quelle relation avec la Grèce me direz vous ?
    Chais pas bien, mais il m’a semblé qu’y avait comme un truc là ?

  2. Jeudi 8 mars 2012 :

    Zone euro : la BCE pessimiste, recul du PIB et inflation attendus en 2012.

    La Banque centrale européenne a revu en baisse jeudi ses prévisions de croissance pour la zone euro, prévoyant un recul de – 0,1 % du PIB en 2012, et un maintien de l’inflation au-dessus de son objectif de moyen terme de 2 %.

    Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a annoncé jeudi que l’institution tablait désormais sur un recul de – 0,1 % du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro en 2012, contre une croissance de + 0,3 % jusqu’ici.

    La BCE table dans le même temps sur une inflation de 2,4 %, supérieure à son objectif de moyen terme, contre 2 % précédemment, notamment en raison des prix de l’énergie.

    La BCE est également plus pessimiste pour 2013, tablant sur une croissance de 1,1 % en 2013 (contre 1,3 % jusqu’à présent) et une inflation de 1,6 % (contre 1,5 %).

    (Dépêche AFP)

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