Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

L’acteur face au prestidigitateur

L’acteur face au prestidigitateur

Placés récemment sous les projecteurs de l’actualité, deux personnages antinomiques – Mario Draghi et Gérard Depardieu – incarnent bien des choix importants auxquels les marchés financiers européens seront confrontés en 2013

D’une part, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, habile technocrate, dont le mérite aura consisté l’année dernière à maintenir hors de l’eau les pays surendettés du sud de la zone euro en faisant marcher la planche à billets. A l’évidence, il entend continuer dans cette voie aussi longtemps que possible. 

De l’autre, un acteur truculent que nous connaissons tous, entendez Gérard Depardieu qui, à lui tout seul, a réussi à ridiculiser son gouvernement en votant avec ses pieds et en clamant haut et fort une évidence simple pour ceux qui travaillent: trop d’impôt tue l’impôt. Notre artiste, mi-Obélix, mi-Cyrano et surtout entrepreneur à ses heures, n’est pas à rejeter d’un revers de main comme le font si facilement les moralisateurs français vivant de l’argent public. Dépassant largement une simple problématique fiscale, son coup de gueule se résume en quelques mots: ne gaspillons pas les talents. On y ajoutera une autre vérité: les artistes «sentent le vent» et se retrouvent souvent en avance sur leur temps. Il vaut donc parfois la peine de les écouter. 

Pour les banques centrales par contre, pas d’improvisation. Leur rôle ne consiste pas à anticiper l’événement mais bel et bien à entériner un consensus politique, lui-même toujours en retard par rapport aux faits. Et comme il y a près de 40 ans que nos systèmes occidentaux produisent des déficits, année après année, inutile de dire que nos grands argentiers, si lucides soient-ils, ne disposent d’aucune marge de manœuvre réelle pour infléchir la marche du paquebot. 

Accueilli à bras ouverts en Russie, l’artiste n’a pas fait un choix anodin. Patrie d’une véritable expérience socialiste dont on connaît l’issue finale, ce pays a dû alors réapprendre à travailler et à créer de la richesse. Autant dire qu’instinctivement, on sait mieux que chez nous y distinguer l’entrepreneur de l’assisté. Les Européens, qui produisent 25% de la richesse du monde et qui distribuent 50% des transferts sociaux planétaires, seront amenés, tôt ou tard, à intégrer cette différence. 

Pour l’année qui débute, c’est logiquement notre prestidigitateur qui va pouvoir encore mener le bal en continuant d’inonder les marchés de liquidités, permettant ainsi aux Etats européens de maintenir le statu quo. Mais jusqu’à quand? D’autant plus que le message que nous passe l’artiste sonne, lui, comme un avertissement: les citoyens du monde les plus en vue ou les plus créatifs ne sont désormais plus totalement soumis à leurs Etats de tutelle. 

Par François Gilliéron  Consultant indépendant/ Le Temps Janv13

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e84321d4-5dab-11e2-88d4-6a962511553b%7C1

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