Douce France

 Bad Banks » : une bombe de 1.000 milliards d’euros pour les contribuables européens

« Bad Banks » : une bombe de 1.000 milliards d’euros pour les contribuables européens 

1000 milliards dans les placards.. 1.000 milliards d’euros ! La somme a de quoi faire peur. Six ans après le début de la crise, les actifs pourris, ou en tout cas invendables, des banques européennes, isolés dans des « bad banks », culminent encore à des sommets. C’est près du double de la puissance de feu du fonds de sauvetage européen ! Et c’est un démenti formel à tous ceux qui assurent que la crise de la zone euro est derrière nous. La preuve que la stratégie qui a consisté à compter sur l’oeuvre du temps plutôt que sur une action immédiate et résolue pour aplanir des montagnes de crédits et d’actifs douteux a échoué. Le miracle espéré n’a pas eu lieu. Le passé n’est toujours pas passé.

D’autant moins que cette somme n’est que le sommet de l’iceberg. Car, dans le secret de leurs bilans, les « good banks » du Vieux Continent abritent encore de nombreux actifs douteux hérités des excès du milieu des années 2000, dont la valeur faciale n’a plus rien à voir avec la valeur économique. Un seul exemple, celui des dettes LBO, dont une partie devrait être dépréciée, comme le montre l’exemple de la douloureuse restructuration de la SAUR. Alors c’est vrai, tout le système bancaire européen n’est pas affecté dans les mêmes proportions. Mais, sous le tapis bancaire de certains pays, la poussière toxique s’est tellement accumulée qu’elle a transformé les établissements locaux en zombies incapables de faire leur métier, c’est-à-dire prêter aux entreprises et aux particuliers.

Deux ans après le coup d’éclat de Christine Lagarde sur les besoins de recapitalisation des banques européennes, au fond rien n’a changé. Les liquidités déversées depuis par la BCE ont éteint momentanément l’incendie, mais le feu couve toujours. Il est plus que temps de s’attaquer de front au problème. De sortir de la logique du coup par coup et d’élaborer un plan de sauvetage paneuropéen pour assainir enfin les « good banks » et financer correctement les « bad banks ». Cela suppose évidemment de régler l’épineuse question de la répartition de la facture finale entre actionnaires, créanciers, déposants et contribuables. Ce qui ne sera pas une mince affaire tant l’addition promet d’être salée. Mais une chose est sûre, par-delà l’assainissement des finances publiques des Etats, ce grand nettoyage est la condition sine qua non d’un redémarrage de l’activité économique en Europe. 

PLUS DE BAD BANK EN SUIVANT:

Le seul moyen sans doute d’échapper au sort du Japon, malade depuis plus de vingt ans de ne pas avoir assaini ses banques. Au moment où de nombreuses voix s’élèvent pour alerter sur les bulles financières en cours de formation du fait de la politique monétaire ultra-accommodante des grandes banques centrales, régler le problème de la crise précédente est devenu plus qu’urgent.

Écrit par François VIDAL/  Directeur délégué de la rédaction fvidal@lesechos.fr

http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0202834122270-banques-europeennes-le-syndrome-nippon-576655.php

DR

EN COMPLEMENT/ Six ans après la crise, plus de 1.000 milliards d’euros d’actifs douteux ou illiquides restent stockés dans les « bad banks »

Eclipsée par la crise des dettes souveraines et par la récession des économies réelles, la crise des « subprimes » n’est pas une affaire classée. Détonateur de la bombe financière européenne, elle laisse une facture que les banques et les Etats européens ne sont pas près de régler. Pour se sauver, de grands établissements de crédit, paralysés par les créances douteuses et les actifs illiquides accumulés au fil des ans depuis 2007, ont constitué des « bad banks ». Bilan, six ans après le début de la crise financière : plus de 1.000 milliards d’euros d’actifs restent encore stockés dans ces structures de défaisance en Europe.

En amont, la création de ces dernières répond toujours à la nécessité de tirer un trait arbitraire sur les actifs toxiques et non stratégiques, pour que les activités cœur de métier restent attractives aux yeux des investisseurs. Mais les « bad banks » peuvent prendre différentes formes : une structure nationale rachetant des actifs aux banques privées, comme l’a fait l’Irlande avec la Nama (National Asset Management Agency) ; une banque insolvable nationalisée et séparée en « good bank » et « bad bank » ; et enfin une structure de cantonnement à l’intérieur d’un établissement privé.

Partie émergée de l’iceberg

C’est le schéma retenu par plusieurs banques françaises. Dont, en tête, Dexia. La « bad bank » de l’établissement franco-belge recensait fin mars 266 milliards d’euros d’actifs douteux gérés en extinction. Un record en Europe. Mais deux des poids lourds du secteur ont également eu recours à une « bad bank » interne. Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe coopératif BPCE, s’est doté en 2009 d’une GAPC (gestion active des portefeuilles cantonnés), regroupant 35 milliards d’actifs toxiques ou illiquides. Quatre ans plus tard, à la fin mars 2013, la banque n’en gérait plus « que » 13,5 milliards, misant sur la fermeture de sa GAPC à la mi-2014. La Société Générale suit une trajectoire analogue : sa « bad bank » Inter Europe Conseil, constituée début 2010 avec 35,5 milliards d’euros d’actifs douteux, en rassemblait 8,8 milliards à la fin de 2012.

Les plus de 1.000 milliards logés au sein des « bad banks » européennes ne constituent toutefois que la partie émergée de l’iceberg. Des centaines de milliards de créances douteuses et de fonds communs de créance, dont la valeur de marché s’est brutalement dégradée, figurent dans les livres des banques européennes. La banque de financement et d’investissement du Crédit Agricole, Cacib, n’a pas créé de « bad bank » et ne détenait plus, à la fin 2012, que 1,15 milliard d’actifs douteux en cours de cession.

Ces actifs dégradés, que les Etats, les banques et les marchés savent si mal évaluer, constituent-ils une bombe financière à retardement ? Une gestion à très long terme, en extinction ou au gré des opportunités de marché, permettra aux banques de digérer leurs erreurs. Mais elle pèse sur le dynamisme du secteur financier.

Par Veronique Chocron/Les Echos 17/06

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202834793278-une-bombe-de-1-000-milliards-d-euros-pour-les-contribuables-europeens-576506.php

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