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Douce France : De l’incapacité totale à se réformer

Douce France : De l’incapacité totale à se réformer

Le problème des Français n’est pas d’ignorer la réalité. Mais de trop bien la connaître. Et de vouloir l’oublier face aux difficultés.

Que se passe-t-il en France, que s’est-il passé pour que les Français en arrivent à enregistrer 44.000 dépôts de bilan en dix-huit mois, à peu près six à l’heure? On peut gloser à l’infini, ou tendre l’oreille à de brillants économistes comme Elie Cohen, Philippe Dessertine, Bernard Maris, Emmanuel LeChypre ou encore Jean-Marc Daniel. Il reste pourtant un sentiment profond d’incompréhension, une gêne, un inconfort intellectuel. Lorsque l’on a tout dit de ce pays qui ne veut, ni ne pourrait vous laisser indifférent, lorsque l’on a tout décrit, analysé, décrypté, il reste un vide. Un vide immense.

Il reste aussi Michel Godet, un auteur différent, une approche décalée. Surtout «Le courage du bon sens» et «Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur». Avec des explications de simple bon sens en effet, quel soulagement, des explications parfois troublantes qui trouvent racine dans la réalité du terrain. Le poids insupportable de la charge publique, le rêve d’un mieux d’Etat, d’un meilleur service public, d’éducation, d’importance de la famille et d’indispensable liberté d’entreprendre. Michel Godet éclaire sur les confusions maintenues à propos de productivité par opposition au taux d’emploi, le développement endogène, le lien social et l’importance d’analyser les territoires où, pourtant, la qualité de vie peut exister. Avec bien d’autres respirations. Il ne sera jamais possible de réformer un Etat si ceux qui devraient en décider n’y ont aucun intérêt. Il est incompréhensible qu’une commission soit chargée de repenser la réforme des retraites en étant formée à 100% de fonctionnaires qui ne remettront jamais leur statut en cause (ce qui fait de toute évidence partie du problème).

Peut-on attendre d’une population active composée d’un fonctionnaire pour 4 employés (26 millions de salariés, plus de 5,4 millions de fonctionnaires) qu’elle remette en cause les privilèges des fonctionnaires? Cinq années de travail en moins, départ avec le dernier salaire, 12% des ayants droit s’octroyant 31% des prestations dans les collectivités publiques.

Entre les RTT et les vacances, on arrive à 58 jours plus 26 jours d’arrêt maladie dans les collectivités publiques de Montpellier par exemple. «Des fonctionnaires posent leurs jours de travail autour de leur jours de repos», dit Michel Godet. Une aberration. L’ogresse administrative doit se nourrir, et elle trouvera toujours ses doses puisqu’elle contrôle en France l’amont et l’aval de toute création de prospérité. 45% du produit intérieur en prélèvements fiscaux et 57 points de PIB de ponction par l’Etat. Dix points de plus, 700.000 fonctionnaires de plus qu’en Allemagne. Comment appelle-t-on un système dans lequel une partie administre, bloque, attend que l’autre produise? Dans quelle organisation du vivant faut-il un élément organisateur pour que quatre autres produisent?

Comment peut-on réformer un pays dans lequel la crainte du système administratif, lorsque l’on veut entreprendre, fige les motivations, la créativité? Il y a pourtant 1,7 million de mono-entrepreneurs tétanisés par la peur d’engager leur primo employé, de peur du harcèlement administratif et prudhommal en cas de licenciement.

Michel Godet développe pourtant dans ses livres les bonnes raisons d’espérer. Des jeunes entreprennent, créent, se battent bien que bridés par les contraintes légales. Les jeunes diplômés français qui s’installent en Suisse, aux Etats Unis, au Royaume-Uni, en Belgique – et il y en a, n’en déplaise aux statistiques myopes – sont «riches» en idées, en enthousiasme, en innovation, en désir d’entreprendre. Mais leurs poches sont vides. Peut-on le leur reprocher? Ce sont souvent des jeunes qui ont coûté des centaines de milliers d’euros avant de sortir des écoles d’ingénieurs, polytechniques et autres. On ne peut guère les soupçonner de fuir une fiscalité confiscatoire, puisqu’ils n’ont pas, ou très peu de revenus. Un pays qui n’est pas sensible à la perte de sa vraie richesse humaine, jeune et entreprenante, a mal à sa cohésion, à son être, à son devenir. Tout cela semble indolore à des dirigeants aux allures pincées et doctes de capitaines suicidaires scotchés à leur proue. Foncer contre le mur en klaxonnant!

Sans parler du pire: que disent les taux de natalité dont s’enorgueillit la France sur l’état de quasi réserve d’une partie des banlieues devenues des centres économiquement autonomes par les activités délictueuses? Où des cohortes de jeunes sont cantonnées à la merci de l’illettrisme et de la délinquance? Ce problème semble aujourd’hui géré par les non-dits, comme l’on gérait dans le temps la honte des enfants handicapés dissimulés dans les combles des vielles fermes.

Peut-on réformer un pays où l’on a créé une véritable addiction à l’argent public? Trente pour cent du revenu moyen en France vient de l’Etat. Dans presque chaque foyer, il y aura toujours un robinet, un filet, un brin d’argent public. La dette, la dette souveraine dont on apocope facilement la «moitié douloureuse» qu’est la dette implicite (ce que l’Etat a promis en matière de prévoyance sociale par exemple), aurait-elle joué un rôle dans l’achat du silence et de la paix sociale ces trente dernières années dominées par les budgets déficitaires? Y a-t-il un lien entre les crises socio-économiques paroxystiques actuelles et le fait que la France ne peut plus augmenter sa dette quand bien même elle le voudrait encore et toujours? Peut-on en vouloir aux dirigeants, dont la responsabilité est définitivement lourde, lorsque l’on a soi-même profité d’un développement non durable, à crédit, qui s’est fait au détriment des générations futures? Comment peut-on critiquer les politiques qui ne peuvent plus, mais qui voudraient bien encore, faire les poches des générations futures (53.000 euros de dette par naissance, pire encore si l’on ne considère que les périodes de travail de ces mêmes générations à venir à qui on lègue jour après jour une dette croissante)? Le problème des Français ne semble pas d’ignorer la réalité, mais de trop bien la connaître. Le pillage du futur est parfaitement conscient, l’affrontement des générations programmé. Il s’agit simplement de l’oublier. Tout se passe comme si les Français n’étaient plus capables de produire ce qu’ils exigent de pouvoir consommer. Passe encore. Mais ils ne semblent plus capables non plus de payer ce qu’ils veulent et exigent mordicus de consommer. Tout cela enrobé de phraséologie de modèle social, d’égalité etc. La France ne sera pas réformée tant qu’elle ne parviendra pas à se réformer elle-même, en une somme de comportements individuels. Tant que les Français ne remettront pas en cause leurs modes intrinsèques de dysfonctionnement, consubstantiels de ce que l’on aime appeler «injustice sociale ou économique». Dont chacun est bénéficiaire tout en s’en proclamant victime. Qui a dit: «Il n’est d’injustice insupportable que celle dont je ne peux pas profiter»?

Jamal Reddani Economiste/ Agefi Suisse  25/11/2013

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/le-probleme-des-francais-nest-pas-dignorer-la-realite-mais-de-trop-bien-la-connaitre-et-de-vouloir-loublier-face-aux-difficultes.html?catUID=21&issueUID=464&pageUID=13864&cHash=c82d769ef649ebd55488aefc40308787

1 réponse »

  1. la france a 2 problemes…l`enarchie et ses 5000 enarques qui ont le vrai pouvoir de destruction et l`euro germanique apolitique , tant que ces 2 problemes ne seront pas regles , il n`y aura point de salut. bonne journee

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