Commentaire de Marché

Dette US : Loi sur l’information (Inform Act) Par Eric Sprott et Étienne Bordeleau

Dette US : Loi sur l’information (Inform Act) Par  Eric Sprott et Étienne Bordeleau

Comme en témoignent les numéros antérieurs de notre publication « Coup d’œil sur les marchés », notamment ceux intitulés « Le modèle de Détroit », « Avons-nous perdu le contrôle…ou pas encore? », « Ignorer l’évidence même » et la série « Le problème réside…dans la solution », nous préconisons depuis longtemps la responsabilité financière. Le perpétuel problème sous-jacent réside dans le fait que les gouvernements promettent mer et monde et empruntent par la suite pour tenter de tenir leurs promesses. Or, étant donné la taille de leurs promesses par rapport à leurs moyens, ils doivent inévitablement renier ces engagements. Il en découle une situation où les citoyens ordinaires sont leurrés en pensant que les gouvernements verront à leurs besoins ad vitam aeternam et, par conséquent, ils n’épargnent pas assez d’argent et consomment trop.

Pay no attention to the debt behind the curtain!”ozcurtain

Grâce à M. Larry Kotlikoff de l’Université de Boston, les États-Unis pourraient être sur le point d’admettre qu’ils éprouvent de sérieux problèmes budgétaires; c’est du moins ce que l’on pourrait conclure du soutien marqué que les membres du Congrès et des sénateurs, tant démocrates que républicains, 15 récipiendaires du Prix Nobel d’économie (veuillez consulter la Figure 2 pour voir la liste complète) de même que de milliers de dirigeants d’entreprises et d’économistes de tous les domaines ont manifesté à un nouveau projet de loi appelé « Loi sur la réforme des obligations financières intergénérationnelles », ou la « Loi sur l’information ».

Nous pouvons à peine croire que la « Loi sur l’information » est entièrement passée inaperçue aux yeux des médias grand public, alors que certains des économistes les plus brillants au monde considèrent ce problème comme étant d’une importance cruciale, sans compter que le projet de loi a été présenté au Sénat et à la Chambre des représentants. Si ce projet de loi est adopté, nous espérons que les gens cesseront de jouer à l’autruche en ce qui concerne la responsabilité financière.

Le « projet de loi sur l’information » est une initiative bipartisane qui a été présentée au Sénat et qui sera bientôt déposée à la Chambre des représentants. En vertu de cette Loi, le « Congressional Budget Office (CBO), le General Accountability Office (GAO) et l’Office of Management and Budget (OMB) seront dans l’obligation de comptabiliser le déficit budgétaire et d’appliquer la comptabilité générationnelle sur une base annuelle et, à la demande du Congrès, d’avoir recours à ces méthodes comptables pour évaluer les principales modifications proposées à la législation budgétaire1 ». Autrement dit, cette loi obligerait le gouvernement américain à évaluer son déficit budgétaire en estimant la valeur actualisée de tous ses paiements et recettes futurs, au lieu de décider arbitrairement quels projets sont inscrits ou non au budget, comme c’est actuellement le cas. Ainsi, la comptabilisation du déficit budgétaire donnerait une meilleure idée des obligations présentes et futures du gouvernement envers ses citoyens et, selon toute attente, permettrait à celui-ci de prendre de meilleures décisions.

Bien que la nouvelle méthode de comptabilisation proposée pour le déficit budgétaire ne soit pas parfaite, il s’agit là d’une amélioration appréciable par rapport au système actuel de « comptabilité de caisse », qui ignore la plupart des obligations futures du gouvernement et ne permet pas de discuter sérieusement des problèmes avant qu’ils ne surviennent (donc ne permet pas au gouvernement d’être proactif). Par exemple, bien que les politiciens à Washington parlent régulièrement d’augmenter le plafond de la dette, ils ne reconnaissent pas que la majorité des obligations du gouvernement ne résultent pas de la dette publique, mais plutôt des engagements en matière de retraite et d’autres avantages sociaux.

Un autre avantage lié à cette méthode réside dans le fait qu’elle tient non seulement compte des citoyens américains actuels, mais aussi de leur progéniture. Bien que cette façon de faire ne soit pas très avantageuse sur le plan politique (pour des raisons évidentes), c’est parfaitement logique de prendre les générations de contribuables futures en considération lorsqu’il s’agit d’élaborer des politiques multigénérationnelles, comme celles portant sur la sécurité sociale, les soins médicaux et l’environnement. Le fait d’avoir négligé les incidences futures des politiques explique probablement l’état lamentable des finances publiques américaines.

La gravité de la situation est très évidente dans la Figure 1 ci-dessous, qui fait état de la différence entre les dépenses et les revenus prévus selon les calculs du CBO, lesquels servent également de base pour déterminer le montant du déficit budgétaire. Bien que Washington se félicite de la légère baisse du déficit prévue au cours des prochaines années, celui-ci ne tardera pas à augmenter considérablement si aucun changement n’est apporté aux obligations futures, d’où l’importance de la « Loi sur l’information »; elle oblige les politiciens à se pencher sur le long terme, et non sur les quelques années qui s’écouleront avant les prochaines élections.

Figure 1 : Total Du Déficit Du Gouvernement Fédéral (Dépenses, Déduction Faite Des Revenus) – En Milliards De Dollars Constants Pour 2013   maag-12-2013-1-FR.gif
Source :  Perspectives budgétaires à long terme du CBO et calculs de Sprott                    
Or, comme nous l’avons mentionné dans la publication intitulée « Le modèle de Détroit2 », le sous-financement chronique des obligations futures est un problème généralisé qui affecte aussi les sociétés, les municipalités et les états. Malheureusement, les médias grand public ignorent ce genre de problèmes jusqu’à ce qu’il soit déjà trop tard, comme ce fut le cas pour la ville de Détroit. Par conséquent, la plupart des citoyens demeurent mal informés à l’égard du caractère non viable des revenus et des prestations qu’ils reçoivent des gouvernements et ne peuvent planifier en conséquence.

Le cas de Détroit ne devrait pas être considéré comme une anomalie, mais plutôt comme un exemple de ce qui arrivera si le gouvernement continue de faire des promesses peu réalistes par rapport à ses moyens. Selon les calculs du professeur Kotlikoff, le déficit budgétaire actuel s’élève à environ 222 billions de dollars; pour combler ce déficit, il faudrait que le gouvernement augmente en permanence les impôts de 64 % ou réduise toutes ses dépenses de 40 %3. De toute évidence, cette histoire ne finira pas bien.

Since 2007, gross debt to labor force has increased 86% while real median household income has fallen -8.3%.

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To make matters worse, the Federal government debt is vulnerable to interest rate changes. Here is the Federal government’s interest load at 3%, 4% and 5%.

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And the Federal government keeps pushing the duration out further.

Duration Weighted Average

We are drowning in a sea of debt!

Pour conclure, signalons que nous considérons la « Loi sur l’information » comme un premier pas dans la bonne direction. Une fois qu’elle aura été adoptée, les médias grand public ne pourront plus ignorer ces importantes questions. Cela dit, il s’agit simplement d’un premier pas, puisque le simple fait de reconnaître l’ampleur du problème de non-viabilité budgétaire ne remédie aucunement à la situation. C’est au moment où les retraités commenceront à voir leurs prestations diminuer ou lorsque la main-d’œuvre, qui ne cesse de rétrécir, devra contribuer davantage sous forme d’impôts plus élevés que les citoyens commenceront réellement à souffrir. Comme en témoigne le cas de la ville de Détroit, plus nous attendons, plus ce sera pénible. Jusqu’à présent, les médias grand public semblent réticents, comme d’habitude, à nous donner plus de détails concernant la « Loi sur l’information ».

Pour obtenir plus de renseignements sur cette Loi, veuillez visiter http://www.theinformact.org/

Figure 2 : Lauréats du prix nobel qui soutiennent la « loi sur l’information »

Nom Affiliation
Dale Mortensen Université Northwestern
Edmund Phelps Université Columbia
Eric Maskin Université Harvard
Finn E. Kydland Université de Californie à Santa Barbara
Harry Markowitz Université de Californie à San Diego
James Heckman Université de Chicago
Kenneth Arrow Université Stanford
Oliver Williamson Université de Californie à Berkeley
Robert Engle Université de New York
Robert Lucas Université de Chicago
Roger Myerson Université de Chicago
Thomas C. Schelling Université Harvard et Université du Maryland
Thomas Sargent Université de New York
Vernon Smith Université Chapman
William Sharpe Université Stanford

Source : http://www.theinformact.org/

http://www.sprott.com/fr/coup-d’oeil-sur-les-march%C3%A9s/loi-sur-l%E2%80%99information/

1 Source : http://www.theinformact.org/
2 http://www.sprott.com/markets-at-a-glance/the-detroit-template/
3 Veuillez consulter le site Web de M. Kotlikoff à : http://www.kotlikoff.net/

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