Commentaire de Marché

La très grande inconnue de l’inflation Par Andreas Hofert

La très grande inconnue de l’inflation Par Andreas Hofert

La menace inflationniste a disparu pour le moment. Mais son retour pourrait survenir rapidement.

La plus grande énigme dans l’environnement économique d’après-crise financière, et peut-être la plus importante caractéristique de la «nouvelle normalité», c’est l’absence d’inflation. Si, il y a six ans, on nous avait dit que les principales banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine, allaient quintupler leur bilan, on se serait attendu à une inflation proche de 10% – au moins.

Et pourtant, aujourd’hui, le taux d’inflation moyen dans les pays développés est bien inférieur au seuil de 2% qui représente d’ordinaire l’objectif de politique monétaire des banques centrales. En outre, plusieurs pays de la zone euro luttent contre des pressions déflationnistes.

Tout cela contredit une des rares croyances fondamentales de la macroéconomie, exprimée ainsi par Milton Friedman: «L’inflation en fin de compte est toujours et partout un phénomène monétaire.» Ainsi, «faire tourner la planche à billets» comme on l’a vu ces six dernières années aurait dû faire exploser l’inflation.

Certains facteurs particuliers, déjà présents avant la crise financière, peuvent expliquer, tout au moins en partie, la situation actuelle: la mondialisation, le progrès technique, la transparence accrue des prix à travers le monde, grâce à Internet, et de nouveaux biens et services «virtuels», qui sont de facto des biens publics et donc difficiles à tarifer.

Cela s’est traduit par une baisse ou une stagnation des prix des produits et services de masse, alors que des produits et services plus exclusifs et individuels, comme les soins de santé, l’éducation, l’art et le luxe, renchérissent considérablement.

De plus, dans beaucoup de pays, la croissance économique n’atteint pas son plein potentiel. Ces pays sont donc confrontés à un problème de sous-emploi et à des capacités productives inexploitées. Ceci explique également les faibles pressions inflationnistes.

La croissance des salaires reste atone pour une grande majorité de la main-d’œuvre dans le monde. Cependant, comme pour certains biens et services, les revenus de travail «exclusif» – ceux dits de «talents» – explosent eux aussi, ce qui alimente le débats sur les inégalités sociales.

Enfin, grâce à la «révolution énergétique nord-américaine», l’offre abondante de gaz et de pétrole a fait reculer les prix de l’énergie ces derniers temps. Il en va de même des excédents agricoles pour les produits alimentaires. Ainsi, l’inflation globale a diminué plus fortement que l’inflation «sous-jacente».

Néanmoins, même en considérant tous ces facteurs, la seule énormité de l’expansion des bilans des banques centrales aurait dû faire augmenter les prix bien davantage. L’explication se trouve donc ailleurs. Ce qui nous ramène à la maxime de Milton Friedman, et en particulier au terme «monétaire».

La «monnaie» qui affecte les prix, auquel le grand économiste fait allusion, n’est pas la monnaie créée par les banques centrales mais la monnaie qui, démultipliée par le système de crédit, s’épanche dans l’économie. En outre, le rapport entre l’économie et la «monnaie» n’est pas de un à un, mais dépend de la fréquence à laquelle l’argent change de mains durant une période donnée.

Ainsi, le multiplicateur monétaire et la vélocité de l’argent sont essentiels pour comprendre l’impact de la création de monnaie par les banques centrales, tout d’abord, sur l’économie (tel que mesuré par le PIB nominal) et, à l’arrivée, sur les prix. Si l’on observe les Etats-Unis, on constate que la monnaie «banque centrale» (ou base monétaire) a quintuplé depuis 2008, tandis que le multiplicateur monétaire a diminué environ de deux tiers (de 9 à 3) et la vélocité de l’argent d’environ 25% (de 2 à 1,5).

Par conséquent, l’impact global de la monnaie «banque centrale» sur l’économie n’est plus qu’un quart de ce qu’il était avant la crise financière. Le quintuplement de la monnaie «banque centrale» n’augmente donc le PIB nominal que de 25%. C’est ce qui s’est passé au cours des six dernières années.

En supposant que ce mécanisme de transmission se normalise, une fois que l’économie revient à la normale, la Fed devra réduire la base monétaire en proportion inverse de la hausse du multiplicateur monétaire et de la vélocité de l’argent. Ce qui semble chose facile en théorie pourrait bien se révéler ardu en pratique. C’est pourquoi il ne faut pas sous-estimer la menace inflationniste: elle a disparu pour le moment, mais pourrait revenir en force.

ANDREAS HÖFERT Chef économiste   UBS Wealth Management/ AGEFI SUISSE 7/10/14

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/la-menace-inflationniste-a-disparu-pour-le-moment-mais-son-retour-pourrait-survenir-rapidement-383160.html?issueUID=691&pageUID=20645&cHash=4b6d22b7914b261794cfb9f75e54ddea

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