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Europe, Ukraine: pour la France, c’est Mistral perdant Par Éric Verhaeghe

Europe, Ukraine: pour la France, c’est Mistral perdant  Par Éric Verhaeghe

Les grosses blagues anti-Poutine de Brisbane

Les sommités mondiales se sont retrouvées à Brisbane pour un G20 où les affidés du monde anglo-saxon ont pu donner libre cours à leurs fantasmes anti-russes. La palme d’or revient sans conteste, à ce petit jeu, au Premier Ministre australien (qui est quand même un sujet de la reine d’Angleterre, rappelons-le), un certain Tony Abbott. Chef du gouvernement invitant, il s’en est donné à coeur joie dans une série de petites phrases que la justice française qualifierait volontiers de xénophobes, annonçant notamment qu’il comptait « shirtfronter » Vladimir Poutine. Ce terme semble emprunter au football local, et pourrait se traduire par: l’empoigner par le maillot.

Ceux qui se souviennent des photos viriles de Vladimir Poutine torse nu en ont ri par avance. D’ailleurs la presse australienne elle-même a souligné l’humiliation infligée par Poutine au « shirtfronter » Abbott, qui est rentré chez lui la queue entre les pattes. Abbott est en effet convaincu que l’armée russe a détruit l’avion australien du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine et comptait bien demander des réparations à Poutine pour les familles des victimes. Le président russe a sans surprise demandé les preuves de l’implication de son pays dans cette opération.

On remerciera une fois de plus Olivier Berruyer pour avoir soulevé le peu d’authenticité, et même l’invraisemblance des quelques éléments de preuve apportés jusqu’ici par les services occidentaux sur le sujet.

L’Italie plus habile que la France

Pendant que les porteurs de flingue des Etats-Unis enchaînent les remarques désobligeantes contre Vladimir Poutine (la phrase du Premier Ministre canadien: «Je vais vous serrer la main, mais je n’ai qu’une seule chose à vous dire: vous devez vous retirer d’Ukraine» a d’ailleurs fait le tour du monde), d’autres se montrent un tout petit peu plus habiles et devraient à terme tirer leur épingle de ce jeu. C’est notamment le cas de Matteo Renzi, Premier Ministre italien et actuel président de l’Union, qui a arrondi les angles avec les Russes.

Une fois de plus, la France laisse à l’Italie ce rôle d’intercesseur ou d’intermédiaire qui nous revenait par tradition. En lieu et place de cette diplomatie habile, François Hollande s’empêtre dans un gloubi-boulga diplomatique dont plus personne ne comprend la finalité. Quelle est la stratégie de la France dans une crise ukrainienne largement attisée par l’Allemagne et les Etats-Unis? Aucune visiblement, et il semblerait que l’affaire du Mistral n’ait même pas été évoquée à Brisbane.

La France est aussi tétanisée à l’extérieur qu’à l’intérieur, et l’indécision de François Hollande nous place désormais sur un chemin critique.

Poutine est devenu le maître de la situation

Selon les Ukrainiens, le gouvernement russe a envoyé des renforts aux « rebelles » et veut la guerre. Personne ne peut en être sûr, en revanche, une certitude existe désormais: Poutine tient la situation bien en main.

Il a par exemple assez habilement expliqué toute l’absurdité du blocus imposé par le gouvernement de Kiev aux villes de l’est du pays, en soulignant que cette stratégie finissait d’ancrer à la Russie les territoires soumis à ce blocus. Surtout, Poutine a souligné les risques financiers systémiques que la stratégie ukrainienne soutenue par l’Allemagne fait courir à l’ensemble de l’économie mondiale.

«Les banques russes ont actuellement accordé un prêt de 25 milliards de dollars à l’économie ukrainienne. Si nos partenaires européens et américains veulent aider l’Ukraine, comment peuvent-ils saper la base financière, en limitant l’accès de nos institutions financières aux marchés mondiaux des capitaux ?», s’est interrogé Vladimir Poutine dans cette interview réalisée jeudi, avant le début du sommet du G20.

«Veulent-ils provoquer la faillite de nos banques ? Dans ce cas, ils vont provoquer la faillite de l’Ukraine», a-t-il prévenu.

«De plus, nous avons accordé un prêt de 3 milliards de dollars il y a un an, à condition que la dette totale de l’Ukraine ne dépasse pas 60% du PIB. Sinon, le ministère russe des Finances est en droit de demander un remboursement anticipé», a poursuivi Vladimir Poutine.

«Encore une fois, si nous le faisons, tout le système financier s’effondrera. Nous avons déjà décidé que nous ne le ferons pas. Nous ne voulons pas aggraver la situation. Nous voulons que l’Ukraine se relève enfin», a assuré l’homme fort du Kremlin.

Il fallait évidemment lire la presse helvétique pour entendre parler de cette mise en garde, puisque la presse française ne s’est intéressée qu’au départ anticipé de Poutine à Brisbane.

Situation économique de plus en plus tendue dans la zone euro

Une crise systémique? Voilà une annonce dont la zone euro ne peut se réjouir, à un moment où la BCE devient l’ultime rempart contre une nouvelle récession. Les banquiers centraux ont d’ailleurs cette semaine multiplié les appels à un rachat direct des dettes souveraines de la zone par la BCE. Benoît Coeuré, le Français de la BCE, s’est exprimé en ce sens:

« La politique monétaire ne peut soutenir la croissance de manière durable. Seul une combinaison adéquate de réformes et d’investissements peut y parvenir. Et c’est une question d’urgence », a-t-il dit dans une interview.

« La BCE s’est engagée à prendre des mesures additionnelles si on est confronté à la perspective d’une inflation trop faible pour trop longtemps »

Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est qu’un collègue de Coeuré, Yves Mersch (un Luxembourgeois) est allé plus loin:

Yves Mersch a de son côté déclaré que la BCE pouvait étendre son programme de rachats de titres de dettes privées aux obligations souverraines si la situation économique devait encore se détériorer davantage.

« C’est une possibilité théorique. Il serait irresponsable de ne pas envisager toutes les options », a-t-il ajouté.

Du coup, le petit père Draghi a annoncé que la BCE se tenait prête. Selon les analystes, les rachats de dettes souveraines par la BCE pourraient commencer fin janvier 2015.

Les Allemands hostiles au rachat de dettes souveraines par la BCE

Face à ce foisonnement d’annonces convergentes, les Allemands ont décidé de remettre en route les moteurs de leurs vieilles Panzerdivisionen. Weidmann, l’Allemand de la BCE, est ouvertement intervenu pour dire qu’une intervention de la BCE pour aider l’économie était une bonne chose, mais que le rachat de dettes souveraines était une erreur.

« La politique monétaire expansionniste est fondamentalement adaptée », a-t-il dit. « Et il est compréhensible que le Conseil des gouverneurs de la BCE ait discuté de nouvelles mesures et qu’il continue à en discuter. »

Mais il a estimé que le rachat de dette souveraine pourrait encourager les Etats de la zone euro à alourdir leur dette.

« Outre les limites juridiques, les rachats d’obligations d’Etat adresseraient un mauvais signal, notamment en encourageant l’endettement des pays de la zone euro’, a-t-il ajouté.

Le conseil des conseillers économiques allemands est, pour sa part, allé plus loin, en dénonçant sur un mode très luthérien tout le relâchement que l’attitude de la BCE permet.

le conseil estime que les mesures prises par la BCE pour lutter contre l’inflation basse sont porteuses de dangers pour l’économie de la zone euro.

« D’une part le secteur financier est incité à prendre plus de risques à cause du bas niveau des taux d’intérêt, de l’autre la BCE pourrait, par ses rachats d’obligations, encourager les gouvernements à relâcher leurs efforts en matière de réforme et de consolidation budgétaire », lit-on dans le rapport.

Juncker a vraiment le sens de l’humour

Pendant que les grands de ce monde commencent à s’empoigner dangereusement, le nouveau président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, se remettait péniblement de l’hypercut décoché par la presse internationale sur les pratiques fiscales du Grand-Duché luxembourgeois dont il fut Premier Ministre pendant quinze ans. Jean-Claude est resté KO pendant une semaine entière, et n’a retrouvé le chemin des salles de presse que ce mercredi! Il s’y est livré à une défense pitoyable, expliquant qu‘il n’était pour rien dans ce système:

« Il n’y a rien dans mon passé qui démontrerait que mon ambition était d’organiser l’évasion fiscale », (…) « Je n’ai jamais donné d’instructions sur aucun dossier particulier » (…) « Ne me décrivez pas comme le meilleur ami du grand capital, le grand capital a de meilleurs amis que moi dans cette maison », a-t-il lancé devant les eurodéputés.

Assez rapidement, le Président Juncker a compris qu’annoncer en ces termes que la commissaire à la concurrence avait les mains libres pour traiter le dossier n’abuserait personne. Il est donc passé à la contre-offensive en chargeant Pierre Moscovici, spécialiste de l’évasion fiscale, déjà éprouvé au moment de l’affaire Cahuzac, de faire des propositions:

« [Il y a] probablement un certain niveau d’évasion fiscale au Luxembourg, comme dans les autres pays européens. Nous rencontrons cela partout en Europe, du fait d’une harmonisation fiscale insuffisante » a-t-il déclaré Jean-Claude Juncker.

Ce dernier a ainsi annoncé avoir proposé aux commissaires européens de rendre obligatoire la publication sur les « tax rulings », les accords fiscaux secrets. Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques et financières, à la fiscalité et aux douanes, a été chargé de rédiger une proposition dans ce sens. Le commissaire français était au côté de Jean-Claude Juncker, mais n’a pas pris la parole.

L’affaire est entre de bonnes mains!

Du coup, la France gagne un répit

Heureusement pour la France, Jean-Claude Juncker a besoin d’elle et de ses experts en mensonges officiels comme Pierre Moscovici pour sauver sa position de plus en plus délicate. En manifestation de son amitié, il a donc accordé à la France un répit supplémentaire dans l’examen de son budget (déjà validé pour l’essentiel la semaine dernière).

On se demande bien quelle pourrait être la position de la Commission, désormais, sur le budget français…

  BY · 16 NOVEMBRE 2014

http://www.eric-verhaeghe.fr/europe-ukraine-france-cest-mistral-perdant/

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