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Politique Friction du Mercredi 18 Mars 2015 : Les censeurs produisent les déviants Par Bruno Bertez

Politique Friction du Mercredi 18 Mars 2015 : Les censeurs produisent les déviants Par Bruno Bertez 

Le règne du politiquement correct nous pose un problème.  Ce problème  devient fondamental et il nous  nous obsède, nous qui faisons métier d’écrire. A savoir, comment, dans nos sociétés, exprimer notre  opposition aux évolutions qui nous inquiètent, à l’acculturation dominante, au révisionnisme généralisé? Sous des dehors ouverts, notre société se ferme, elle clôture, elle censure. 

La société civile manipulée, la médiacratie et le politique se sont alliés, ils ont conjugué leur force pour placer la barre de ce que l’on peut dire ou ne pas dire de plus en plus bas. Ce qui était  éthique, convenable hier, est devenu non seulement incorrect, mais punissable. La peur et la lâcheté font le reste et  le reste c’est l’autocensure. 

Dans un raccourci que nous  trouvons génial -pour un homme politique s’entend- Jean Marie Le Pen a dit un jour: « je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas ». Il avait tout compris. Et ce n’est pas un hasard si, dans une récente enquête, le Front National vient en tête des formations politiques qui comprennent  le mieux -ou le moins mal- les Français. 

Mais que l’on y réfléchisse, cela c’était avant; car maintenant, l’arsenal répressif « soft » et « hard »  s’est considérablement renforcé et la plupart des choses que les gens pensent tout bas, il est maintenant interdit de les dire à haute voix, et encore moins publiquement. 

Même en petit comité, en  privé, car les maîtres du discours se sont arrogés le droit d’intervenir, grâce à la délation et au piratage illégal, dans les échanges privés. La bêtise des fans de Twitter, il est vrai,  joue beaucoup, ils parlent à la cantonade et s’étonnent que cela ne soit plus privé. 

Donc la fonction Le Peniste tribunitienne est muselée. Ce que les Français osent encore penser tout bas n’a plus d’expression politique. Marine est une Le Pen… émasculée, si on peut dire, bâillonnée. 

Il va s’ensuivre un processus de refoulement, de non-dit, extrêmement venimeux, car ce qui n’est pas dit ne disparait pas; ce qui n’est pas dit est intériorisé, se met hors de portée de la conscience, hors de portée de la logique, de la raison, et donc hors de la portée de la volonté. Ce qui est refoulé empoisonne le tissu personnel et, bien sûr, le tissu social. Le fait, chez un individu ou dans un groupe, de « dire » est positif, c’est, dirions-nous, « politique » au sens où cela contribue à la vie de la Cité. En effet, cela cesse d’être honteux et donc tabou et cela vient au jour, avec la possibilité de débat, de confrontation et donc de dépassement.

 Museler, faire taire est un processus régressif. C’est jouer avec le feu. C’est aussi idiot, car cela équivaut à penser que ce qui n’est pas vu, pas dit, n’existe pas. C’est une des composantes de ce comportement d’autruche dont nos sociétés maintenant raffolent. Cela fait partie du « on n’en veut rien savoir »! C’est ce que l’on appelle le rejet. La dénégation. Tout ce que l’on rejette revient en boomerang. 

Les dégâts au plan social sont considérables et on le voit avec les poussées d’irrationnel et de violence qui, de temps en temps, nous submergent. On le voit avec la perversion de nos ex-démocraties, devenues des systèmes « contre » et jamais « pour ». On le voit avec la production artistique, imaginaire, hantée de tout ce qui ne peut s’exprimer. 

« Chassez le naturel, il revient au galop », voilà comment il faut comprendre Aristote. Et Pascal qui, de son côté, énonçait le fameux « qui veut faire l’ange fait la bête ». Ce qui est nié ne meurt pas, au contraire, ce qui est nié revient nous hanter. 

Faute d’expression, faute de débouchés, ce qui est primaire, reptilien, non élaboré en nous, inhumain, redevient sauvage. Ainsi se reconstruit la « bête sauvage » dont Hegel parlait. Cette bête sauvage d’avant l’action civilisatrice. Paradoxalement, alors que la fonction de l’Etat est précisément de modeler la société civile dans le sens du progrès des Idées et de l’Idée, notre Etat re-produit de la bête sauvage. 

La dérive de nos sociétés engendre un mal-être dont les Pouvoirs au fond profitent. Plus la société dysfonctionne, plus l’individu se déséquilibre, plus cela donne l’occasion d’intervenir et de légiférer. Vive les déviants,  pourrait s’écrier un Valls, la bouche tordue, agité de tremblements haineux « irrépressifs », mais submergé de ses tristes désirs, désirs de répression.  

Et des déviants, ils en produisent à la pelle, en tripatouillant la hauteur de la barre du politiquement correct. 

La parole est essentielle dans une vraie démocratie. Ce n’est pas un hasard, si le vote s’exprime par une « voix ». C’est elle qui permet de dépasser l’état de violence, de force et de brutalité. 

C’est être singulièrement névrosé, voire bête,  que de croire qu’interdire la parole change une réalité qui dérange. 

C’est être singulièrement borné que de croire que ce qui n’est pas dit cesse de produire effet. 

La contestation des paroles que l’on considère comme contestables doit se faire à l’intérieur du champ de la parole, dans le débat, dans l’argumentation, l’élévation de l’esprit. Bref, par le dépassement. 

Valls produit le racisme et l’antisémitisme contre lesquels il prétend lutter, mais qu’en même temps il utilise comme tremplin de sa médiocre volonté de puissance.

BRUNO BERTEZ Le Mercredi 18 Mars 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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12 réponses »

  1. « Il faut repérer et traiter (…) tous ceux qui ne sont « pas Charlie », (c) Nathalie St-Cricq, journaliste payés par votre redevance audiovisuelle, accessoirement petite-fille de résistant à l’occupant nazi.

    Repérer et traiter.
    Valls.
    Repérer et traiter.
    Valls.
    Repérer et traiter.
    Valls.

    Une seule question s’impose :
    Va-t-on enfin « sanctionner » la Russie pour ces dérives aux « relents staliniens » qui ont pénétré la France ??!

    Comme dirait Georges Abitbol : « Monde de merde ! »

  2. ils ne pourront pas faire taire les gens sans qu’il n’y est un retour de baton bien mérité ; les politiques ont peur , de tout , de la rue , de perdre leur miribolant salaire , leur pouvoir ,, rien que pour ça , ils sont nos ennemis ;ils veulent nous bailloner , nous fliquer ,nous asservir , nous préssurer….. une cocotte minute sans soupape de sécurité , ça explose…et c’est exactement ce qui va arriver dans ce pays ; je conseille aux zélus de pratiquer la course , ils vont en avoir bien besoin quand la population se retournera contre eux ; ne pas laisser s’installer une dictature dans ce pays , sinon nous sommes foutus ;

  3. La volonté de puissance chez un gauchiste ça n’existe pas… c’est la volonté de « domination » qui prévaut chez ces dieux du pouvoir…

    Arriver à me faire choisir le FN au prochaines élections, il fallait le faire… ils l’ont fait.

    Peu importe le résultat pour ce qui me concerne… juste contribuer dans ma moindre mesure à leur mettre une gifle..

    Cette année, je voterais donc par dépit, j’ai rangé ma raison au grenier persuadée que je suis qu’aucun ne reviendra sur toutes ces lois destinées à écraser, étouffer la voix du peuple.

    Du temps de Sarkozy, seul le PS faisait retentir le son de l’opposition… personne dans la rue… puis Hollande arrive et là, c’est la contestation dans la rue, mais umps qui avance à l’unisson.

    Les lois sont votées et elles passent comme une lettre à la poste…

    A défaut de faire cesser cette mascarade de politique, on peut toujours essayer de foutre le boxon dans cette entente parfaite.

  4. Bonjour,

    Aux très justes citations que vous utilisez, vous auriez pu rajouter celle de Camus qui disait: « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Ne pas nommer les choses, c’est nier notre humanité. »
    Force est de constater que nous évoluons pour notre plus grand malheur dans ce monde où omission et négation règnent en maître. Les maîtres, les Oints du Seigneur (ODS) comme les appelle Charles Gave, n’ont de cesse de museler la pensée et la parole pour mieux asseoir leur pouvoir. La chose leur est rendu d’autant plus facile que, comme le dit Curzio Malaparte dans son célèbre « Technique du coup d’état » (republié aux Cahiers Rouges chez Grasset): « Le propre de l’homme n’est pas de vivre en liberté mais LIBRE dans une prison ». Dans le cas présent, la prison est de plus en plus prégnante et la liberté de plus en plus réduite. Je vous encourage vivement à lire ce petit livre qui fut interdit en son temps par le pouvoir nazi et le pouvoir fasciste (qui, je le précise au passage, ne sont pas du tout équivalents même s’ils possèdent des similitudes) et qui valut à son auteur un exil aux Iles Lipari. Il m’est difficile de le résumer en quelques mots mais il complète parfaitement vos dires.
    Malaparte, écrivain brutal, fantasque mais incomparablement lucide, termine son ouvrage par une analyse de la prise de pouvoir par Hitler et l’instauration de la dictature nazi en écrivant: « La dictature n’est pas seulement une forme de gouvernement, c’est la forme la plus complète de la jalousie sous tous ses aspects: politique, moral, intellectuel. »
    Je crois que s’il fallait définir en un mot le gouvernement actuel de ce pays, c’est le mot « jalousie » que j’utiliserai.Il faut certes mesure garder mais nos dirigeants ne passent-ils pas une partie de leur temps à dresser les groupes sociaux les uns contre les autres en lançant des anathèmes ridicules comme « Je n’aime pas les riches » (facile quand on touche 30 000 euros/mois) ou  » les riches paieront » lors de la campagne électorale. Dans un pays comme la France, pétrie, façonnée, quoiqu’on en dise, par la culture judéo-chrétienne, l’envie, la jalousie est un moyen commode et sûr de prendre le pouvoir. La boucle est ainsi bouclée et il suffit, après de faire régner adroitement une terreur intellectuelle qui ne porte pas son nom à coup de « valeurs républicaines » et de « Je suis Charly » pour conserver la place, les prébendes qui vont avec et voir triompher une « médiocre volonté de puissance » pour reprendre vos termes.
    Je suis de plus en plus pessimiste quant à l’avenir de ce pays. On ment aux citoyens (et ce n’est pas l’apanage de la majorité actuelle), on les corsète (comment croire un seul instant que le projet liberticide de Michel Sapin soit destiné à lutter contre le terrorisme et la blanchiment d’argent sale: http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/03/18/97002-20150318FILWWW00034-michel-sapin-annonce-des-mesures-pour-lutter-contre-le-financement-du-terrorisme.php . Admirons au passage la servilité de la presse sur ce sujet, du grand art), on les musèle. Il y a une chose pourtant que nos ODS oublient de faire, c’est d’éteindre le feu sous la cocotte-minute. Sans soupape, fusse-t-elle la parole, la pression monte inexorablement jusqu’à l’explosion finale. Nous nous en approchons dangereusement.

    Bonne journée

    • ‘Je suis de plus en plus pessimiste quant à l’avenir de ce pays’ : ce n’est pas seulement notre pays, mais général je pense, Européen et Américain surtout, et probablement mondial. La dictature de la pensée se fait de plus en plus pressante, partout. A croire que l’extrémisme religieux conditionne l’extrémisme répressif et peut-être aussi oligarchique. D’ailleurs, c’est bien l’occident qui les nourrit ces trois là…

  5. Ce n’est que le début relisez les livres d’anticipation de Philip K. Dick !!

  6. Les extrémismes sont-ils bien là où on les cherche? 2 rappels/réflexions, quitte à enfoncer des portes ouvertes:

    1) les Nazis ne s’appelaient pas Nazis. C’était un mot allemand dénigrant, faisant référence au concept de l’idiot du village. D’abord utilisé par les allemands expatriés puis repris par les alliés, avant de revenir en allemagne à la fin de la guerre.

    2) Le parti d’Hitler s’appelait le NSDAP. En allemand : Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei. Le parti national socialiste des travailleurs allemands. Et dans national socialiste, que le grand cric me croque, il y a quand même le mot socialiste.

    LE NSDAP s’est initialement développé avec une rhétorique anti-capitaliste, anti-bourgeois et anti-grandes entreprises, et ce n’est que dans un second temps qu’il a mis la veilleuse sur le discours anti-capitaliste pour devenir ouvertement raciste, antisémite et anti-marxiste.

    Avec comme objectifs initiaux (entre autre – voir le « Programme en 25 points ») l’abolition des revenus de rentes, le partage des profits des grands groupes, l’amélioration des retraites, la défense de la classe moyenne, l’amélioration de la santé publique, la liberté pour toutes les religions mais aussi l’intérêt général devançant systématiquement l’intérêt particulier.

    Bref, initialement, ils se disaient de gauche, de, par et pour le peuple.

  7. Et parce que le rire est transgressif et cathartique, une parodie irrésistible : l’interview du père de Valls

  8. Valls n’est qu’une marionnette…qui tire les ficelles?
    Les pantins obéissent à leurs maîtres..
    Qui nous conduisent à une guerre civile
    Il y a des alliances objectives qu’il et facile de décoder
    Les « idiots utiles  » du capitalisme finançiarisé vont voter Marine Le Pen ..pour mieux le servir..
    LOL
    Au fait ou est passé Monsieur Bernard Henri Levy..le grand stratége,penseur,révolutionnaire,écrivain, philosophe,cinéaste,analyste politique,(la voix de son maître) ….,..c’est étonnant on ne le voit plus…je l’attendais sur la Tunisie …après son coup de maitre en Libye….,aprés sa maginifique « préstation en
    Ukraine..
    Ce systéme est comme une queue de serpent il est toujours la ou on ne l »attends pas…toujours un coup d’avance..comme aux échecs…heureusement Vladimir Poutine est un grand joueur d’échecs

  9. Le systeme est à l’agonie et la peur habite les réactions des maitres et métayers. On surfe sur les évenements traumatiques comme on fait de l’aikido, en canalisant la force d’un évenement, on dresse un diagnostic pour mieux imposer une thérapeutique oppressive.qui se destine en apparence aux légitimes criminels mais dont on sait qu’ils ne servent qu’à serrer un peu plus le noeud coulant des libertés… La narrative fait les perceptions ou dans une moindre mesure y contribue. Nous ne sommes pas égaux devant l’info, chacun y voit selon selon ses affects, intellectualiser n’en est que le prolongement le plus saillant, on fabrique de l’opinion à la chaine, on fait du quantitatif et heureusement la qualité en devient que plus grossiere. Le systeme manipule les affects sous une guenille d’excuse.

    Parceque la soupe est bonne il faut durer, perdurer et éliminer ce qui fait obstacle à la jouissance dans l’état de puissance.
    La saine curiosité du mouton noir, celui qui veut savoir, par delà les ombres projetées, et qui s’accroche, devient une cible privilégiée du systeme:. Celà vaut bien, en retour, une perverse et tenace manipulation répressive/oppressive pour ramener ces « réveillés » dans le troupeau hypnotisé de la soumission consentie
    La liberté, c’est marcher dans les clous au son des pipeaux, éclairée par des vessies. On a initié des guerres en chantant (1914) et on en est revenus en chialant… le réveil est toujours douloureux.

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