Art de la guerre monétaire et économique

Pourquoi peut-on parler de réaction bobo en France? Par Éric Verhaeghe

Pourquoi peut-on parler de réaction bobo en France?

Il existe une réaction bobo en France, qui tétanise le pays et dont nous parions qu’elle ne tardera pas à ramener avec elle force protestations et même contestations violentes. Pour l’instant, dans la torpeur de l’été, après un printemps épuisant pour tout le monde, le calme règne. La caste bobo qui monopolise le pouvoir en France en profite pour pousser ses pions et verrouiller un pouvoir qu’elle a cru perdre un soir de 3 décembre, lorsque l’Arc de Triomphe était en proie à l’émeute.

La réaction bobo, semblable à la réaction thermidorienne qui, en son temps, avait expurgé les robespierristes du pouvoir, est à l’œuvre, même s’il est difficile de la déceler avec des yeux aussi fraîchement contemporains, aussi fraîchement collés à l’actualité. Mais nous soutenons ici que ce mélange subtil de managers bourgeois aisés et progressistes, alliés aux acteurs les plus influents de la technostructure, mènent aujourd’hui une réaction en bonne et due forme, destinée à récupérer tous ses privilèges, menacés durant l’hiver des Gilets Jaunes. Nous en proposons une description schématique.

L’écologie, cadre idéologique de la réaction bobo

Pour qu’une réaction ait lieu, il lui faut un sens, une justification intellectuelle et morale en quelque sorte. Ce cadre idéologique de la réaction bobo est celui de l’écologie et du « sauvetage de la planète », qui est mis à toutes les sauces, et spécialement aux sauces qui permettent de réintroduire toutes les mesures destinées à garantir la domination de cette caste sur le reste de la société.

Ainsi, la canicule qui frappe la France est identifiée comme la preuve absolue, irréfutable, des origines humaines du réchauffement climatique, répété à l’envi comme un mantra. Tous ceux qui tentent une explication moins dramatique, tous ceux qui manifestent le moindre doute vis-à-vis du slogan « la planète est en danger » sont bannis, comme ont pu l’être les négationnistes ou les adorateurs d’Adolf Hitler.

Cela faisait longtemps que les bobos cherchaient un motif de culpabilisation des classes laborieuses, une raison nouvelle de stigmatiser les dissidents. Depuis que la mise en quarantaine du Rassemblement National ne suffit plus à tenir le petit peuple, l’écologie fait figure de sauveuse. L’ennemi à abattre n’est plus tant (ou plus seulement, ou plus prioritairement) celui qui est nationaliste. L’ennemi principal est celui qui utilise des énergies fossiles, qui prend une voiture pour aller travailler, qui gaspille les ressources fossiles de la planète.

La terreur millénariste est de retour

On notera que, comme on le sait au moins depuis Gustave Le Bon, cette domination idéologique repose d’abord sur un mécanisme de manipulation émotionnelle. Au dix-neuvième siècle, des communautés protestantes allemandes ou américaines étaient convaincues que la fin du monde était proche et que seuls ceux qui vivaient sur la Terre Sainte seraient sauvés. La même peur d’une fin du monde (transformée en collapsologie, c’est beaucoup plus chic et rationaliste) revient aujourd’hui, avec la conviction que seule une émigration massive vers la planète Mars peut nous sauver (d’où l’engouement actuel pour les conditions d’une colonisation martienne viable). Faute de pouvoir quitter cette planète en voie d’extinction imminente, il faudrait donc se morfondre en attendant le jour dernier.

Les peuples européens victimes de la Grande Peste de 1348 n’avaient pas réagi autrement. La poussée, en ce temps-là, des « flagellants » qui parcouraient les campagnes en se fouettant publiquement pour implorer le pardon divin, n’est pas différente de la pensée de mouvements comme « Extinction Rébellion » ou « L214 », qui légitiment des actions spectaculaires pour expier nos prétendues fautes vis-à-vis de la nature.

La réaction bobo, ou sus au prolétaire pollueur

Qui sont désignés comme les grands coupables de ce prochain effondrement de la planète? Les capitalistes, d’abord, devenus synonymes de productivistes à tout crin, et sans aucun scrupule. Les prolétaires surtout, qui cumulent toutes les tares d’une société héritée des Trente Glorieuses, et ce faisant malade de son sur-développement. Ainsi le prolétaire a-t-il la manie de vivre loin des métropoles, et donc de prendre sa voiture diesel pour aller travailler (s’il restait chez lui à profiter d’un minima social, il deviendrait tellement sympathique). Il a une maison avec un jardinet qu’il entretient à coups de Round-Up. Au supermarché du coin, il achète des ravioli en boîte et des plats surgelés farcis de perturbateurs endocriniens. Il ne recycle rien et participe souvent au mal-être animal en se gavant de viandes bon marché (des poulets en batterie, du porc qui ne voit jamais le jour).

Si l’on ajoute à ce tableau lamentable que le prolétaire vote volontiers pour le Rassemblement National, qu’il est hostile aux femmes voilées et qu’il ne se sent pas responsable de la colonisation, alors on dispose de toutes les raisons légitimes pour le détester et le combattre.

L’écologie comme discours de classe

Bien entendu cette chasse au pollueur sous toutes ses formes est une posture idéologique qui n’inclut pas plus les bobos eux-mêmes que la nomenklatura soviétique n’était concernée par l’égalité prolétarienne. D’où des déferlements de haine comme dans l’affaire de Rugy, où l’on découvre que le ministre de la Transition écologique n’avait manifestement aucun scrupule à envoyer son chauffeur automobile à Nantes pendant que lui-même s’y déplaçait en train, surpolluant ainsi, tout en donnant des leçons de savoir-vivre aux manants. L’hypocrisie règne et exaspère.

D’une manière générale, le discours bobo sur la frugalité énergétique percute de plein fouet le mode de vie de ceux qui le propagent et le transforment en principe théologique infaillible. Ainsi, faut-il manger local, selon Jacques Attali, sympathiquement croqué par Laurent Alexandre. Mais on n’imaginait pas jusqu’ici Jacques Attali adepte d’un mode de vie « local ».

De façon très paradoxale, et révélatrice, l’éloge du local est porté par une caste mondialisée, qui bave à longueur de journée sur les « souverainistes », les « identitaires », les « réfractaires », et professe ouvertement son amour du cosmopolitisme, à grands coups de trajets en avion et de recours effréné à la consommation la plus m’as-tu vu? Raphaël Glucksmann, nouveau prophète de l’écologie et du sauvetage de la planète, n’hésitait d’ailleurs pas à se déclarer plus à l’aise à New-York qu’en Picardie. Ces grands consommateurs de kérosène sont pourtant les champions de la stigmatisation de ceux qui prennent l’avion, et les plus grands défenseurs du « circuit court ».

Fais ce que je dis…

La technostructure conserve le pouvoir

Dans ce rouleau compresseur de l’écologie qui envahit tous les esprits et toutes les télévisions, dans cette nouvelle fureur qui ne souffre aucun écart, l’essentiel est préservé. Pendant toute la campagne des Gilets Jaunes, l’appel à baisser les impôts à fait craindre à la technostructure le pire. Peut-être allait-on réellement réduire la voilure d’un service public obèse et inefficace.

Par un retournement miraculeux, l’orage est passé. Grâce aux taux négatifs, que la France entend bien s’injecter dans les veines jusqu’à l’overdose, l’argent facile permet de refaire du déficit, et Macron a poussé la candidature d’Ursula Von der Leyen à la présidence de la Commission en échange d’une promesse de consentir au laxisme budgétaire français. Les fonctionnaires pourront donc largement profiter d’un déficit qui dépassera allègrement, en fin d’année, la barre jamais atteinte des 100 milliards d’euros, soit environ un tiers du budget de l’Etat.

Partout où elle le peut, la technostructure s’accroche au pouvoir comme une moule à son rocher. La démission forcée de Rugy (victime, dit-on, d’une cabale journalistique contre sa femme) permet à Elisabeth Borne de reprendre ce maroquin maudit. On ne pouvait rêver meilleure représentante de la technostructure, meilleure antithèse de l’écologie, pour incarner la transition écologique.

La caste bobo et la technostructure

Ce qu’on retiendra de cet épisode estival de réaction bobo, c’est probablement le lien de plus en plus étroit, de plus en plus osmotique entre la technostructure et l’idéologie bobo. Peu à peu, l’un et l’autre ne font plus qu’un. Face à l’émergence d’une contestation populaire pour laquelle les règles du jeu étatiques ne vont plus de soi, les « aristocrates » du système républicain ont trouvé leur fer de lance pour légitimer leur domination: il faut transformer la société pour sauver le climat. Et cette transformation suppose, bien entendu, l’action sacro-sainte de l’administration pour réussir.

Nous parions ici sur la résistance profonde de la société française à cette tentative de reprise en main par la caste.

By 

http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/07/21/pourquoi-peut-on-parler-de-reaction-bobo-en-france/

EN BANDE SON :

9 réponses »

  1. source https://skeptics.stackexchange.com/questions/44011/did-the-the-hampshire-advertiser-publish-an-article-about-many-droughts-in-eur
    » En 1132 en Alsace les sources se tarirent et les ruisseaux s’asséchèrent. Le Rhin pouvait être traversé à pied. En 1152 la chaleur était si intense que l’on pouvait faire cuire des oeufs dans le sable. En 1160, à la bataille de Bela (en Hongrie), un grand nombre de soldats moururent en raison de la chaleur excessive.
    En 1276 et 1277, en France, la récolte d’avoine et de seigle fut totalement détruite par la chaleur. En 1303 et 1304 la Seine, la Loire, le Rhin et le Danube pouvaient être traversés à pied. En 1393 et 1394 un grand nombre d’animaux tombèrent morts et les récoltes anéanties en raison de la chaleur.
    En 1440 la chaleur fut excessive.
    En 1538, 1539, 1540 et 1541 les rivières européennes étaient littéralement asséchées. En 1556 il y eut une sécheresse généralisée dans toute l’Europe.
    En 1615 et 1616 la canicule s’abattit sur la France, l’Italie et les Pays-Bas.
    En 1646 il y eut en Europe 56 jours consécutifs de grandes chaleurs.
    En 1676 des canicules à nouveau. Les mêmes événements se reproduisirent au XVIIIe siècle.
    En 1718 il n’y eut aucune pluie entre les mois d’avril et octobre. Les récoltes furent brûlées, les rivières asséchées et les théâtres fermés à Paris par ordre du Préfet de police en raison des températures excessives. Le thermomètre enregistra 36 degrés Réaumur (45 degrés C) à Paris. Dans les jardins de la banlieue arrosés les arbres fruitiers fleurirent deux fois pendant la saison.
    En 1723 et 1724 les températures étaient extrêmes.
    En 1746 l’été fut particulièrement chaud et sec et les récoltes furent littéralement calcinées. Pendant plusieurs mois il n’y eut aucune pluie.
    En 1748, 1754, 1760, 1767, 1778 et 1788 les chaleurs d’été furent excessives.
    En 1811, l’année de la comète, l’été fut très chaud et le vin très bon y compris à Suresnes.
    En 1818 les théâtres parisiens restèrent fermés pendant un mois en raison des chaleurs excessives, la chaleur avait atteint 35 degrés C.
    En 1830, alors que des combats avaient lieu, le thermomètre afficha des températures de 36 degrés C les 27, 28 et 29 juillet.
    En 1832, lors de l’insurrection du 6 juin, le thermomètre releva une température de 35 degrés.
    En 1835 la Seine était presque à sec.
    En 1850, au mois de juin, au cours de la seconde épidémie de choléra de l’année le thermomètre afficha 34 degrés ».
    . . . et bien d’autres . . .
    là, on est plus dans les élucubrations des écolow du bocal

    Aimé par 1 personne

    • Et comme disaient les grands philosophes Charden/Barbelivien

      Même s´il pleut l´été sera chaud,
      Dans les tee-shirts dans les maillots,
      D´la Côte d´Azur à Saint-Malo
      L´été s´ra chaud, chaud!
      Où vais-je aller?
      Qui vais-je aimer hé hé, hé?
      Dans quel été,
      Je vais plonger hé hé, hé?
      Où vais-je aller,
      La rencontrer hé hé, hé,
      J´peux pas lutter,
      J´sais pas danser hé hé, hé
      R. L´été sera chaud, l´été sera chaud,
      Dans les tee-shirts dans les maillots,
      L´été sera chaud l´été sera chaud,
      D´la Côte d´Azur à Saint-Malo,
      L´été sera chaud
      L´été sera chaud
      Où vais-je aller?
      Qui vais-je aimer hé hé, hé?
      Tenue d´soirée,
      C´est démodé hé hé, hé
      L´été s´ra chaud, chaud!
      R.
      Où vais-je aller?
      Qui vais-je aimer hé hé, hé?
      Ça fait tout beau,
      L´été sera chaud oh oh, oh
      J´peux plus rester,
      Dans mes souliers hé hé, hé,
      Je vais marcher,
      Sur les galets hé hé, hé,

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      • A, c’était du Barbelivien.
        Admiration. Totale.
        Paroles couchées sur le papier, littéralement irrésistible !
        Lunettes embuées, zygomatiques serrés.
        Le Lupus, admiration bis !
        Question métaphysique dans la fulguration :
        de mémoire ou pioché sur le net ?
        MERCI ! En maj..

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        • Attendez il y a mieux c’est la version « maxi » avec Barbelivien qui se la joue « symphonique  » et se prend pour le Quincy jones français pour les soirées arrosées des boites de la cote de l’époque !

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          • Sublime. Comment… comment pourrait-on accepter qu’une telle merveille tombe dans l’oubli ? Chapeau bas pour vos références, le Lupus. Et de nous confier le bijou.. 1979 en tricolore, déhanché – certes un peu enrobé et LE sourire (de celui qui sait que ça va rapporter gras et voit la vie en rose ?), sans parler des libertés et variations visuelles et sonores…. Bref, du très grand lard.
            Et au fait, pourquoi avez-vous l’air de vous moquer de Barbelivien ? Divin ! Certes, QUE bon élève, ici, mais comme il y va. Orchestration, figures de style, maitrise ! Une carrière dans la souffrance, je présume, devant faire du commercial tant d’années durant, alors que sensibilité et génie sont ou furent (je ne cherche pas où il en est aujourd’hui) de sa nature.
            Comment vous remercier ? Plus grand que le MERCI grand format. Platine ?
            Ici encore, et plus que jamais, à voir et revoir. En boucle.
            (Super l’été sur le Blogalupus !)

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    • Sans oublier les vignobles en Normandie et en Angleterre – répertoriés dans des registres d’époque- jusqu’au mur d’Adrien lors de l’optimum médiéval, le trajet alpestre d’Hannibal avec troupes et pachydermes, la construction et le balisage des routes transalpines lors de l’optimum romain qui seraient impossibles à faire aujourd’hui – (merci au passage à ma prof de latin du lycée ,années 78-80 on en apprenait encore des choses intéressantes en cours il n’y a pas si longtemps)

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