Art de la guerre monétaire et économique

Economisme :« L’intérêt négatif est un impôt supplémentaire de 160 milliards d’euros sur l’épargne, qui n’a été approuvé par aucun parlement »

« L’intérêt négatif est un impôt supplémentaire de 160 milliards d’euros sur l’épargne, qui n’a été approuvé par aucun parlement »

  Dominique Dewitte   5 août 2019 Express be

Depuis vendredi, l’Allemagne applique un taux d’intérêt négatif sur toutes ses obligations d’État, quelle que soit leur échéance. C’était déjà la norme depuis un certain temps pour les obligations à 10 ans (-0,5 %), mais depuis vendredi, c’est aussi le cas pour les obligations souveraines à 20 ans (-0,2 %) et même à 30 ans (0,05 %). Et cela malgré le fait que le chômage dans le pays est à son niveau le plus bas depuis la réunification.

Selon David Folkert-Landau, économiste en chef à la Deutsche Bank, ce taux d’intérêt négatif est de facto devenu un impôt supplémentaire de 160 milliards d’euros sur l’épargne dans la zone euro. Il fait un calcul simple. Quelque 13 000 milliards d’euros sont placés sur des livrets d’épargne dans la zone euro. Sur ce montant, 7 500 milliards d’euros sont externalisés par des banques sous forme de prêts. La BCE a maintenant saisi la différence – 5 500 milliards d’euros – une somme qui, dans des circonstances normales et avec un taux d’intérêt de 3 %, devrait rapporter plus de 160 milliards d’euros en intérêts aux épargnants.

L’effet de sables mouvants

« Une mesure pour laquelle il n’y a eu aucune majorité démocratique légitime dans aucun parlement », a déclaré le banquier allemand. En effet, normalement, la politique fiscale relève des parlements élus, et non des banques centrales. La BCE retire donc cet argent aux épargnants pour le donner aux gouvernements. Mais cette « taxe de la BCE » est appliquée de manière disproportionnée. Folkert-Landau conclut que des pays dépensiers comme l’Italie se portent très bien, tandis que des pays économes comme l’Allemagne sont punis. Il parle d’un effet de sables mouvants, dans lequel la zone euro menace lentement mais sûrement de se noyer.

Ensuite, il y a la question de ce que l’avenir nous réserve. La réponse n’est pas prometteuse. L’économiste français Patrick Artus (Natixis) s’est penché sur le problème et, dans une note aux clients, il propose les deux scénarios suivants.

1. Les taux d’intérêt restent tels quels ou baissent encore

Des recherches récentes montrent que 3 phénomènes persistent :

a) Les grandes entreprises deviennent encore plus grandes parce qu’elles peuvent emprunter plus facilement et accroître leur position dominante et leur valeur de marché par le biais d’acquisitions. C’est un problème que l’on rencontre surtout aux États-Unis (voir graphique à gauche : la concentration des entreprises). Comme tous les efforts pour devenir plus efficaces avec une telle croissance font généralement défaut, la productivité diminue, en général dans cette configuration.

b) Les sociétés zombies – des sociétés faibles qui devraient disparaitre du marché dans des circonstances normales – ne survivent que parce qu’elles peuvent emprunter de l’argent à des taux d’intérêt très bas pour rester opérationnelles.

c) Les banques éprouvent de plus en plus de difficultés parce que la base des opérations bancaires – promettre un taux d’intérêt donné aux épargnants en demandant un taux d’intérêt plus élevé aux emprunteurs – est remise en question.

2. Les taux d’intérêt augmentent

  1. Si les taux d’intérêt repartent de nouveau à la hausse après une longue période de taux bas, les détenteurs d’obligations perdront des capitaux importants. La raison est évidente : ils recevront des coupons faibles.
  2. Les entreprises et les gouvernements fortement endettés deviendront moins solvables, et une nouvelle crise de la dette s’annoncera rapidement.

Lagarde arrive à la BCE avec la réputation d’une colombe habile, politicienne qui sait bien naviguer, toujours bien orientée dans le vent. Elle est entrée dans la combine Tapie pour plaire à Nicolas Sarkozy et a réussi le tour de force d’être condamnée (pour négligence) sans être condamnée car la cour avait jugé que sa réputation internationale plaidait en sa faveur. La réalité, c’est que Lagarde a un simple vernis en économie, suite à ses fonctions en France et à la tête du FMI, mais fondamentalement, c’est une juriste qui s’appuie sur l’avis de ses collaborateurs car elle n’a aucune formation en économie, aucune expérience dans les politiques monétaires et n’a jamais dirigé une banque ou le moindre service bancaire opérationnel.

Lagarde sera, en fait, la responsable de la communication de la BCE pour bien-pensants. Les banques centrales sont prises au piège des taux négatifs et des assouplissements quantitatifs à gogo. Sa mission consistera à endormir les foules, accorder des prêts LTRO aux banques italiennes insolvables, poursuivre la politique laxiste monétaire actuelle jusqu’à ce que tout explose. Lagarde a tout à fait sa place au milieu des absurdités de la théorie monétaire moderne.

Lagarde va imprimer de plus en plus de monnaie avec, comme contrepartie à l’actif de la BCE, le rachat d’obligations pourries des États, des banques et des entreprises en Europe. Lagarde va exceller à repousser l’explosion, mais elle sera le dos au mur, complètement désarmée si, malgré tout, la récession s’accroît dans le monde.

A l’approche de la récession, les banques d’investissement suppriment 30 000 emplois

HSBC Holdings, Barclays, Société Générale, Citigroup et Deutsche Bank figurent parmi les banques d’investissement qui ont pris récemment des mesures pour réduire drastiquement leurs effectifs. Elles tentent ainsi de compenser la baisse des taux d’intérêt et la faiblesse des volumes d’échanges tout en s’adaptant à l’automatisation croissante du secteur. Depuis le mois d’avril, près de trente mille postes auraient ainsi été supprimés, ou menacent de l’être.

Selon le Financial Times, la plupart de ces suppressions de postes ont lieu en Europe. A elle seule, la Deutsche Bank, actuellement en pleine restructuration, en concentre 18 000, soit plus de la moitié. De son côté, la banque Barclays a annoncé qu’elle allait réduire ses effectifs de 3000 personnes ; la Société Générale avait préalablement annoncé une réduction de 1600 postes. Mais à New York également, environ 2 800 emplois ont été perdus en un an.

Les suppressions de postes déjà connus représentent environ 6 % des effectifs des banques concernées, affirme le journal financier.

Préserver les marges dans un environnement défavorable

Les banques d’investissement subissent la pression des investisseurs qui souhaitent qu’elles réduisent leurs coûts pour préserver leurs bénéfices. Depuis le début de la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis en novembre dernier, le cours des actions des banques américaines a chuté d’environ 5 %, dans un marché boursier qui a gagné 6 %. De même, l’indice boursier qui suit les grandes banques européennes s’est effondré de 16 % sur la même période. Il est actuellement à son plus bas niveau en 3 ans.

Les raisons invoquées pour justifier ces réductions d’effectifs varient d’une banque à l’autre. Mais il semble qu’un facteur soit décisif : l’augmentation des encours de dettes assortis d’un taux d’intérêt négatif. « Il est difficile [pour une banque d’investissement] de gagner de l’argent dans un environnement de taux négatifs », explique Andrew Lowe, analyste chez Berenberg.

De plus, le trading automatisé, les stratégies d’investissement passives et l’augmentation des volumes traités par les grands acteurs ont rogné les marges qu’elles réalisaient sur le trading d’actions et d’autres produits financiers.

Une évolution structurelle des activités

Désormais, l’automatisation du trading se généralise. Elle a maintenant été introduite dans la négociation de produits dérivés de plus en plus complexes, les matières premières et le marché obligataire. Selon les analystes de Coalition, une firme de recherche bancaire, les chiffres d’affaires totaux des douze plus grandes banques d’investissement du monde issus du trading des actions, des matières premières et des devises sont retombés aux niveaux qu’ils atteignaient il y a 16 ans.

« Les banques d’investissement sont confrontées à un changement structurel de leur profil de revenu », explique Ed Firth, analyste chez Keefe Bruyette & Woods. « Les banques qui s’en sortiront devront avoir les volumes, les systèmes et la puissance de leurs ordinateurs. Quelq sont les effectifs dont elles auront besoin ? »

Les banques se préparent également à l’introduction des nouvelles règles financières, qui entreront en vigueur avec l’accord de Bâle IV dans trois ans. Celui-ci impose des capitalisations bancaires encore plus élevées, ce qui risque de réduire encore les volants de capitaux consacrés au trading, et, partant, la rentabilité de cette activité.

EN BANDE SON :

4 réponses »

  1. De toute manière c’est ça ou tout se casse la gueule …
    En effet on est arrivé au stade où le (vrai) remède aurait à court/moyen terme (et c’est le seule horizon qui compte dans une démocratie devenue Léviathan) des conséquences aussi destructrices que le mal lui même …
    Tout ce petit monde politico-economique de Davos gagne du temps comme ils peuvent non pas pour préserver le peuple mais pour SE préserver contre les inévitables révolutions qui adviendraient si on laissait la loi du marché nettoyer les écuries d’Augias…
    Tous les pays du sud de l’Europe auraient depuis longtemps abandonné l’Euro, recentré leurs états sur le régalien (adieu les places pour les copains) … Par contre le chemin menant à ça aurait probablement été sanglant …

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    • Pas facile à comprendre cette histoire de taux négatifs pour un profane. Est ce les dépôts des banque à la BCE qui sont sous indexé? Est ce la BCE qui prête aux banques à taux préférentiel?
      Toujours est il qu’un chèque impayé est toujours facturé à des taux d’usure… on ne prête qu’au riches

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      • Il y a simplement beaucoup trop d’argent (fictif, électronique) en circulation par rapport aux besoins du système économique qui connaît une croissance « molle » voire une décroissance.
        Il faut donc « punir » cet argent qui n’est pas investi faute de demande, d’où les taux négatifs.
        Le système a le dos au mur…

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      • Vous n’êtes pas très loin de la vérité : dans le système bancaire de réserves fractionnaires qui est le notre prime est donnée de facto à celui qui s’endette au détriment de celui qui épargne. Et c’est qui est visé par les États et les Banques centrales : siphonner l’ensemble de l’épargne mondiale, cela bien sur pour le bien de la planète et le leur accessoirement !

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