Aristote contre Platon

Le salut par les punks

Le salut par les punks

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Je n’ai jamais cru qu’à l’ordre supérieur et sa reviviscence. Tout le reste est décadence ou bestialité. L’ordre qui se fige comme le chaos qui s’impose sont les deux faces de la même chute. Mais le soleil qui se hisse ressemble plus qu’on ne le croit au feu qui proteste, et Louis le Grand à Johnny Rotten. Celui qui dit « Je suis l’avenir, parce que je rivalise avec l’éternité » et celui qui dit : « Il n’y a plus d’avenir parce qu’il n’y a plus de grandeur. » s’entendent au fond sur l’essentiel. Le drame, ce sont les médiocres. Ceux qui s’acclimatent à la tiédeur. D’Ormesson ou Angot. L’académisme et la chiasse.

On peut cependant noter qu’aujourd’hui ces deux bassesses tendent à se confondre dans une espèce d’art pompier de la subversion qu’aucune époque n’avait jusqu’ici connu et dont Muray avait commencé de faire l’anthropologie. Ils sont rebelles par conformisme ; analphabètes pour complaire au bourgeois ; bas, parce que ça mène quelque part (toujours : au fond des chiottes).

La SF d’un Philip K. Dick, la bande dessinée d’un Franquin, le punk des Sex Pistols, ont pu fouetter les sangs de la création artistique de leur époque comme certaines séries, aujourd’hui, humilient la prétention creuse de nombreux « films d’auteur » français, ou l’amphigourique débilité d’un Bruno Dumont, qui impressionne tant les Inrocks, le magazine préféré des sexagénaires en plein refoulement.

Terpant, Dionnet, Eudeline, chacun à sa manière s’exprime dans ce numéro du point de vue de la marge, mais d’une marge vitale, authentique, de celle qui repositionne le centre, qui l’oblige à organiser le monde selon des données pertinentes. La haute culture a toujours plus eu avoir avec ceux qui la provoquent en son nom qu’avec ceux qui, voulant s’en arroger le prestige, la parodient sans que son feu ne leur ait été communiqué. La SF d’un Philip K. Dick, la bande dessinée d’un Franquin, le punk des Sex Pistols, ont pu fouetter les sangs de la création artistique de leur époque comme certaines séries, aujourd’hui, humilient la prétention creuse de nombreux « films d’auteur » français, ou l’amphigourique débilité d’un Bruno Dumont, qui impressionne tant les Inrocks, le magazine préféré des sexagénaires en plein refoulement. Il s’agissait moins, entre l’art majeur et la contre-culture, d’une opposition que d’une dialectique. Il n’y a plus ni l’un ni l’autre.

Pourtant, il faut l’avouer, ce qui fait écho en nous dans cette lumière du désastre qu’elle photographie, c’est à quel point nos monuments sont martyrs, combien le décor est miné, notre splendeur passée humiliée, et comment il nous faut marcher pourtant les yeux brillants, rivés sur un horizon absurde.

Aujourd’hui que tous les insignes de la souveraineté sont usurpés, que tous les trônes sont tournés en dérision par ceux qui y siègent, il existe une alliance objective entre les vrais rebelles et la noblesse insoumise. D’abord, tous savent qu’ils évoluent parmi les ruines et qu’il n’y a plus d’avenir dans ce contexte. Tous sont confrontés à l’hypocrisie des régnants, à la fausse démocratie des partisans du dialogue (cf. Nicolas Pariser), à la morgue des crétins couronnés. Tous sabotent pour restaurer ou sourient dans les décombres, ce qui revient au même, et c’est pourquoi les images de Katharine Cooper nous touchent tant. Évidemment, nous ne comparerons pas des situations incomparables où, dans des pays prospères, dominants et en paix, nous faisons figure de privilégiés. Pourtant, il faut l’avouer, ce qui fait écho en nous dans cette lumière du désastre qu’elle photographie, c’est à quel point nos monuments sont martyrs, combien le décor est miné, notre splendeur passée humiliée, et comment il nous faut marcher pourtant les yeux brillants, rivés sur un horizon absurde.

Nous attendons les Cosaques, les punks et le Saint-Esprit. Vous tentez de négocier au mieux votre réputation. Vous parez votre lâcheté de moraline, votre fatigue de prétextes, votre bêtise de demi-raisons. Vous êtes les Pharisiens du XXIe siècle. Nous sommes honorés d’être votre scandale.

Nous sommes vivants et vous êtes morts.

EN BANDE SON :

2 réponses »

  1. « Pourtant, il faut l’avouer, ce qui fait écho en nous dans cette lumière du désastre qu’elle photographie, c’est à quel point nos monuments sont martyrs, combien le décor est miné, notre splendeur passée humiliée, et comment il nous faut marcher pourtant les yeux brillants, rivés sur un horizon absurde. »
    Texte superbe
    nous en sommes la
    gardez les yeux brillants
    Nous sommes vivants ..et ils sont morts pour paraphraser P KICK

    J'aime

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