Art de la guerre monétaire et économique

Régime change : L’Iran confirme son rang de puissance balistique mais devra assurer la cohésion de sa stratégie face à une guerre hybride par l’exploitation de la colère d’une partie de sa population et l’ingénierie sociale

L’Iran confirme son rang de puissance balistique mais devra assurer la cohésion de sa stratégie face à une guerre hybride par l’exploitation de la colère d’une partie de sa population et l’ingénierie sociale

Par strategika51.org 5 min  12 Janvier 2020

« […] je croasse dans les ténèbres au fond d’un désert où ne viendront m’entendre que ceux qui se sont éloignés de tous les chemins de la multitude. » — Léon Bloy, Méditations d’un solitaire en 1916 (1917)

La riposte iranienne à l’assassinat ciblé du général major Qassem Sulaïmani et du commandant en second irakien des unités de la mobilisation populaires à Baghdad a consisté en un tir de barrage de missiles balistiques Sol-Sol sur deux bases US (et non irakiennes comme ce fut rapporté par médias) dans la province d’Al-Anbar (Irak occidental) et sur la zone semi-autonome du Kurdistan irakien (Nord). La probabilité d’erreur circulaire des missiles iraniens n’excédait pas 2 ou 3 mètres et aucun des missiles iraniens n’a été intercepté par les défenses antimissiles US en Irak. Ce fait révèle la redoutable efficacité des missiles balistiques iraniens et le fait que Téhéran aurait averti le pouvoir corrompu et pro-US de Baghdad avant les frappes ne change rien à cette donne essentielle.

Les Etats-Unis ont affirmé que cette attaque balistique n’avait causé que des dégâts matériels mineurs et n’ont déploré aucune perte humaine. Ce qui était suffisant pour que le président US Donald Trump puisse déclaré que l’Iran avait reculé et qu’il n’y avait pas lieu d’exercer des représailles.

La défense antiaérienne iranienne a abattu par erreur dans la même nuit un Boeing 737-800 de Ukraine International Airlines (vol 752) assurant la liaison Téhéran-Kiev. L’appareil civil aurait été atteint par un missile TOR M-1 dont l’opérateur avait eu moins de dix secondes pour décider si oui ou non il devait appuyer sur le bouton de tir sans s’en référer à sa hiérarchie. Les radars iraniens ont touts été « allumés » par de fausses attaques impliquant plus de 170 appareils hostiles. Une cyberattaque d’envergure coïncidant avec le décollage d’une douzaine d’avions de combat et de drones US simulant une attaque aérienne visant des objectifs à l’intérieur de l’Iran. Au moins deux drones US dotés de puissantes capacités de brouillages électromagnétiques ont participé dans cette cyberattaque d’un type inconnu. Téhéran a reconnu sa responsabilité dans le drame de la perte du Boeing 737-800 ukrainien et la mort de tous ses occupants et a présenté des excuses officielles à l’Ukraine. Celle-ci réclame des compensations. Cette erreur a également relancé la colère de certains segments de la population iranienne contre ses dirigeants.

C’est l’occasion rêvée pour Washington et ses alliés pour relancer le projet d’un changement de régime en Iran au moyen d’une révolution de couleur appuyée ou non par une guerre hybride.

D’un côté, il y a les personnes mécontentes de la mort de plus de soixante citoyens iraniens dans la destruction du Boeing ukrainien par un missile Sol-Air de la défense aérienne du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne. D’un autre il y a une masse plus importante qui est enragée par les informations faisant état d’une mansuétude délibérée de la riposte iranienne contre des bases US en Irak et pour une large part de l’opinion iranienne, ce fait n’a aucun sens. Enfin, la majorité est fort mécontente des conditions économiques très difficiles, conséquence directe des trains de sanctions économiques et financières frappant la République islamique d’Iran.

Ces événements ont confirmé également qu’une majorité d’irakiens ont toujours été favorables au maintien d’une présence militaire US qu’ils regrettent depuis le retrait partiel des forces US d’Irak en 2011. Que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux, une majorité d’irakiens souhaite le maintien d’une présence militaire et sécuritaire US en Irak et si l’on se réfère au gouvernement irakien que l’on décrit souvent à tort de pro-iranien, les insurgés ayant résisté à ce « qu’ils appelaient l’occupation US de l’Irak entre 2003 et 2008 » n’ont jamais représenté plus de 0.4 % de la population irakienne et l’ensemble de leurs sympathisants 2.5 % dans le meilleur des cas. D’ailleurs pour l’ensemble des exécutifs irakiens post-2003 à nos jours, tous ceux qui ont pris les armes contre les forces US en Irak sont classés comme des terroristes et sont traités comme tels par les forces de sécurité irakiennes. Les jeunes irakiens, hyper-branchés, ne peuvent pas concevoir une seconde leur pays sans la présence de bases militaires US dont ils sont très fiers. C’est une forte de syndrome identique à celui ayant frappé de plein fouet les jeunes de Hong Kong. C’est pour cette raison que l’Irak ne peut être classé comme faisant partie de l’axe Damas-Téhéran et que ce pays n’est pas seulement le maillon le plus faible de cet axe auquel il n’appartient pas mais qu’il constitue une base d’appui des forces US (et celles de L’OTAN), à partir de laquelle sont coordonnés des opérations de guerre hybride visant à la fois à la Syrie et l’Iran.

Indubitablement, le leadership iranien a commis une série d’erreurs depuis le laxisme sidérant de l’entourage du général major Sulaimani jusqu’à la destruction du Boeing ukrainien en passant par la très déplorable bousculade meurtrière lors des funérailles de l’ex-commandant de la force Al-Qods durant lesquels les dirigeants iraniens n’auraient pas du encourager une hyper exploitation émotionnelle d’un tel événement avec tous les dangers que cela pouvait représenter. Maintenant ils sont dos au mur vis à vis de leurs propres populations dont la colère risque d’être exploitée à des fins géostratégiques. La Nature bicéphale du pouvoir en Iran a fini par porter préjudice aux intérêts stratégiques iraniens. Une grande partie des responsables iraniens accordent une confiance exorbitante aux européens et au néolibéralisme alors que l’Europe n’est plus qu’une mosaïque de petits Etats vassaux de Washington qui n’ont aucune voix sur la scène internationale. Une autre partie du pouvoir iranien continuait à entretenir divers canaux secrets de communication avec un adversaire dont l’objectif est l’annihilation de la République islamique établie en 1979 et un changement de régime en Iran en faveur des intérêts géostratégique de l’Empire. Les Syriens l’avaient compris depuis 2017. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’assistance militaire iranienne à Damas fut réduite à son strict minimum dès le printemps 2018. La politique est l’art des possibles et des compromis certes mais on en peut ménager indéfiniment deux options contradictoires et non convergentes. Il existe au sein du pouvoir iraniens de vrais résistants engagés mais ils sont trop souvent mis à l’écarts par ce que l’on appelle les « Bazaristes » ou la version iranienne des « oligarques » dont on sait qu’ils sont favorables aux affaires et à une normalisation des relations avec l’adversaire déclaré pour le profit. Les stratèges de Damas, bien qu’ayant perdu une Armée et des milliers de tonnes de systèmes d’armes, sont bien plus déterminés et intransigeants. Ils se sont efforcés de coopérer avec la faction opposés aux oligarques ou ce que les pays occidentaux appellent les modérés jusqu’à ce que les rapports de forces au sein du pouvoir iraniens soient plus favorable à une cohérence stratégique.

Tout ceci est dépassé. L’Iran se retrouve aujourd’hui forcé de réajuster sa politique et de chercher un moyen d’assurer sa défense contre la menace d’une guerre hybride car il n’y aura jamais de guerre directe entre Téhéran et Washington. Ce dernier estime en effet qu’il serait plus judicieux d’utiliser les moyens de déstabilisation éprouvés lors des révolutions dites de couleur. Cette méthode permet à Israël de rester à l’écart d’un éventuel conflit aux conséquences aléatoires. La balle est donc dans le camp de Téhéran.

La carte monarchique, option de Donald Trump pour l’Iran ?

© DR

Depuis quelques jours, les tensions sont devenues maximale entre les États-Unis et la République islamique d’Iran. La mort du général Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique, accusé par Washington d’être un terroriste, a mis le feu aux poudres du Moyen-Orient qui menace de basculer dans une guerre générale. L’opposition iranienne fourbit ses armes, le prétendant au trône du Paon, Reza Shah Pahlavi, se tient prêt à revenir en Iran pour en reprendre les rênes.

« La chute d’un aigle ! Mohammed Reza Pahlavi empereur d’Iran depuis 37 ans a quitté ce matin son pays. Son retour est plus qu’hypothétique » : le 16 janvier 1979, le journaliste Patrick Poivre d’Arvor annonce sur la chaîne de télévision Antenne 2, la chute du régime impérial et l’avènement de la République islamique dirigée par l’Ayatollah Khomeiny. Les manifestations de joies montrent alors un peuple en liesse qui célèbre les jours heureux à venir et brûle les portraits du monarque. Quatre décennies plus tard, l’Iran est de nouveau la proie d’émeutes anti-gouvernementales. Népotisme, corruption, dictature : le régime de Téhéran réprime dans le sang les manifestations qui réclament plus de démocratie. Ironie de l’histoire, c’est le nom du Shah qui est scandé comme signe de ralliement des manifestants qui bravent les interdits. Une famille impériale pointée du doigt par le pouvoir en place comme principal organisateur de la « révolution des œufs » débutée fin décembre 2017.

À 59 ans, le prince Reza Shah Pahlavi multiplie les interviews sur toutes les télévisions du monde. Diplômé des sciences politiques de Californie du Sud, il assume le rôle de prétendant au trône d’Iran depuis la mort de son père depuis 1980. Il est devenu la figure centrale de l’opposition iranienne en exil. « Le temps est venu d’un changement complet de régime », déclare-t-il à i24News. Il peut compter sur de nombreux soutiens au sein de l’administration Trump qui marque de l’intérêt pour le fils de l’ancien Shah.

Il est devenu la figure centrale de l’opposition iranienne en exil.

Et qui réclame que l’Organisation des Nations-Unies traine devant le tribunal les dignitaires du régime iranien, accusés de mettre en place un véritable « génocide ». On parle de plus de 1500 personnes tuées ces dernières semaines.

Hors de question cependant de revenir dans les fourgons de l’étranger. L’ombre de l’opération Ajax plane encore au-dessus de la tête de la maison impériale : le Shah contraint de quitter l’Iran en 1953, la CIA et le MI6 vont conjointement le remettre en place après le renversement du premier ministre Mossadegh. Une opération qui nuira longtemps au régime impérial. Le prince a bien appris du passé : « L », martelait-il récemment au magazine Newsweek. Pourtant, le prétendant au trône le sait, pas de retour sans l’aide internationale. Ici, seuls les Américains semblent lui accorder de l’intérêt face à l’Europe, France en tête, qui joue l’autruche dans le seul but de sauver ce qui reste de l’accord sur le nucléaire signé avec Téhéran en 2015. Un accord qui n’a pas eu les retombées économiques pour les Iraniens, victime de l’inflation, et qui avait été largement critiqué en son temps par le fils de Reza Pahlavi et Farah Diba.

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Et derrière les espoirs d’un avenir plus joyeux, des luttes d’influences sur fond de conflit religieux. L’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une guerre larvée au Yémen voisin, en Syrie et pour le contrôle commercial du détroit d’Ormuz. Les Séoud ont reçu le soutien des pétro-monarchies du Bahrein (qu’ils ont sauvé du Printemps arabe de 2011) et du Koweit. Pis, l’Iran finance même une rébellion dans le désert saoudien. Téhéran, étouffé par les sanctions économiques imposées par Washington, accuse d’ailleurs Ryad et l’état d’Israël de financer les activités du prince impérial. Ce que l’intéressé dément alors que les mollahs l’accusent de tous les maux possibles ou menacent de le faire assassiner. Une spécialité du régime islamique.

La carte monarchique est-elle vraiment l’option privilégiée par l’administration Trump ? Ce n’est pas la première fois que les États-Unis flirtent avec ce type d’opposition au sein des pays où elle est intervenue militairement. En Afghanistan ou en Irak, elle a négocié le retour des prétendants au trône, leur promettant un hypothétique couronnement avant de favoriser finalement l’avènement de politiciens qui leur sont entièrement dévoués. Y a-t-il vraiment un regain d’intérêt pour le retour de la monarchie en Iran ? Les vidéos des manifestations distillées sur les réseaux sociaux semblent le confirmer : « Il existe une réelle nostalgie pour la monarchie parce que les gens considèrent qu’ils furent plus heureux sous ce régime que l’actuel », déclare Alireza Nader, fondateur de la New Iran Foundation, un groupe de recherche. « Il y a des signes d’un soutien réel pour les Pahlavi, et le prince pourrait en tirer profit », surenchérit-il au journaliste de Politico.

Y a-t-il vraiment un regain d’intérêt pour le retour de la monarchie en Iran ? Les vidéos des manifestations distillées sur les réseaux sociaux semblent le confirmer.

Pour Reza Shah Pahlavi, nul doute. À Newsweek, il affirme que « la nation a une longue tradition monarchique ». «  », ajoute-t-il avant de s’empresser de rassurer tout un chacun. Une fois rentré dans son pays, il laissera les Iraniens choisir librement leur mode de gouvernement, république laïque ou monarchie constitutionnelle. « s », affirme-t-il. « Il ya un véritable renouveau du monarchisme en Iran, une adulation des iraniens pour l’ancien régime » qui s’explique par la « présence fédératrice et arbitrale » que joue actuellement le prince héritier, explique Ehsan Abdoh-Tabrizi, chercheur indépendant en histoire, politique et relations internationales.

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Tous derrière Reza Shah II ? Non. Le prince est fortement contesté par l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), basée à Paris, qui ne cesse d’attaquer le fils de celui qu’elle a longtemps combattu du temps du régime impérial, dénonçant les sévices de sa police, la Savak. Une ancienne organisation classée terroriste qui a également des soutiens au sein de la Maison blanche. Les monarchistes eux-mêmes sont divisés et s’agacent des principes constitutionnalistes de leur poulain qui entend réformer les lois de successions au trône en favorisant la montée sur celui–ci de sa fille aînée, la princesse Noor (27 ans).

Les monarchistes eux-mêmes sont divisés et s’agacent des principes constitutionnalistes de leur poulain.

Le prince a multiplié ces derniers mois les rencontres avec les députés républicains, des groupes de think tank, ou des médias influents comme le très conservateur Breitbart qui font du lobbying en sa faveur. Il est même question qu’il rencontre le « va-t-en-guerre » président Donal Trump. « Il est un peu l’homme du moment, et le moment actuel convient à une figure ambiguë comme lui susceptible de séduire toutes les différentes couches politiques », explique Suzanne Maloney, analyste iranienne à la Brookings Institution. « Si Reza Pahlavi veut être un leader qui rassemble au-delà de son nom, il doit d’abord s’attaquer aux côtés sombres et à la répression de l’ère de son père et de son grand-père », conclut Negar Mortazavi, journaliste et commentateur politique américano-iranien.

EN BANDE SON :

1 réponse »

  1. Je vois déjà les gros titres des presstituées s’en donnant en coeur joie sur le retour de la famille du Shah ..de bien belles images pour Point de vue et images du monde, Paris Match, en boucle sur BFM …..la farce de la démocratie » retrouvée » …les femmes jetant leur Tchador et les Perses rentrés dans le camp de la consommation sous sommation ..eux qui ont été sous embargo depuis des décennies ..en voila une bonne motivation pour une belle révolution de couleur..et la « liberté « made America …d’une horreur a l’autre..

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