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Il n’y a jamais un seul cafard dans une cuisine. (Charles Gave)

Il s’agit-là d’un tres vieux proverbe boursier qui signifie tout simplement que les emmerdements, ça vole toujours en escadrille.

Si donc je vois apparaitre un cafard quelque part dans les statistiques que je suis en temps réel, immédiatement je commence à me faire du souci  (me faire du souci pour tout et pour rien est l’essence de ma profession) et donc je commence à chercher le nid de cafards, en espérant le trouver avant qu’il ne soit trop tard. Et pour ce faire, je suis une méthodologie qui s’apparente sans doute à celle d’un médecin ou d’un cardiologue.

Inutile de dire que je ne connais rien à la cardiologie ou à la médecine, mais j’ai l’impression que les processus d’identification des problèmes doivent être similaires à ceux que j’utilise. Je commence par amasser le maximum de données sur le cœur du patient, ou le foie, ou les poumons, je les mets sous forme graphique et visuelle et je m’intéresse en priorité aux mouvements statistiquement anormaux.

J’imagine (mais je suis loin d’en être sûr) que si un électrocardiogramme se met à avoir des mouvements irréguliers et anormalement volatils, alors le docteur va mettre le patient dans une ambulance et l’envoyer à l’hôpital le plus proche pour que des analyses plus approfondies y soient effectuées.

Que le lecteur s’imagine que le système des prix est une espèce de rythme cardiaque qui peut bien sur accélérer ou décélérer, mais d’habitude en bon ordre.

Si un prix, dans un marché tres large, se met à bouger anormalement, je vais voir pour essayer de comprendre. Et peu de prix ont un marché aussi large et aussi actif que les prix de l’énergie, ce qui est bien compréhensible puisque sans énergie il n’y aurait pas d’économie, ni de vie d’ailleurs.

Et c’est ce qui vient de se passer pour les prix du gaz en Europe, comme en fait foi le graphique suivant.

 NDLR (Les couleurs doivent être interverties: le rouge est le gaz, le noir le pétrole. CG est encore en effet réveillon).

Le mouvement récent des prix du gaz en Europe a été pour le moins anormal statistiquement et compte tenu du rôle du gaz naturel dans la création d’énergie sur le vieux continent, cela pourrait entraîner des répercussions économiques assez profondes sur nos économie si ces prix étaient maintenus sur le long-terme.

Essayons de comprendre pourquoi cette tension sur le gaz, et pas sur le pétrole (voir le graphique, rien d’anormal à noter sur le prix du Brent).

Explication.

Nous sommes engagés depuis plus d’une décennie, et au niveau mondial, dans un immense mouvement de transition énergétique et il n’y a pour ainsi dire aucun investissement qui ait été fait depuis dans les sources d’énergie polluantes ou jugées dangereuses, tels le nucléaire ou le pétrole. Du coup, des pénuries commencent à apparaitre ici et là, même dans le charbon…

En revanche, des sommes gigantesques ont été englouties dans le solaire ou les éoliennes, ces deux formes de production d’énergie ayant la caractéristique commune d’être intermittentes. Ce qui veut dire en termes simples que chacune de ces installations doit être doublée par une centrale thermique qui soit facile à mettre en route s’il n’y a ni vent ni soleil, et qui soit facile à fermer si le mistral apparait avec un ciel dégagé, de façon à éviter les effondrements de réseaux s’il n’y a ni vent ni soleil pendant longtemps.

Et cette centrale thermique d’appoint ne peut être qu’au gaz puisque le pétrole et le charbon seraient extrêmement polluants.

Ce qui veut dire en passant que le coût en capital de ces installations est très supérieur à celui d’une centrale classique puisqu’il faut en construire deux à la place d’une.

Et donc, l’énergie produite sera automatiquement beaucoup plus chère dans le futur puisqu’il faudra amortir non pas une mais deux centrales opérant au même endroit, ce qui sera directement inflationniste. Et énergie plus chère veut dire croissance plus faible.

Pour être honnête : Si nous avons une assez longue période sans vent et sans soleil pendant l’automne et l’hiver et que les stocks de gaz naturel sont à un plus bas historique parce que tout le monde attendait d’énormes livraisons de gaz russe transitant par un nouveau pipe-line et que ce gaz n’a pas été livré, alors le gaz doit être acheté sur le marché au comptant , ce qui fait que le prix quadruple en quelques semaines, ce qui n’a rien d’étonnant.

Et du coup, les prix de l’électricité sont montés très fortement en Europe depuis quelques mois, ce qui met en difficultés toutes les opérations grosses consommatrices d’énergie (cimenteries, aciéries, aluminium, chimie lourde pour les engrais etc…) qu’il faudra sans doute fermer pendant quelque temps en attendant que le gaz russe arrive et que les prix du gaz ne retrouvent un niveau normal.

Mais si les cimenteries ferment, l’immobilier va avoir du mal et si les aciéries et les usines d’aluminium cessent de produire, voilà qui ne pas aider l’industrie automobile. Et sans engrais, le prix de la nourriture risque de beaucoup monter et le revenu disponible baissera d’autant, ce qui ne peut avoir que des conséquences désastreuses pour la croissance, encore une fois.

Il faut que le lecteur comprenne bien que nos industries grosses consommatrices d’énergie en Europe viennent de subir une énorme augmentation des impôts qu’elles doivent supporter, au profit de la Russie en premier et de la Chine en second, laquelle vient d’ouvrir une série de centrales thermiques qui fonctionnent…au charbon.

La question essentielle pour le court terme est donc : combien de temps va durer cette hausse du prix de gaz qui risque bien de déclencher une récession de plus dans nos industries lourdes. Et l’on parle de réindustrialiser notre pays.

Comme d’habitude, je ne ferai aucune prévision mais je tiens à dire que cela n’a pas l’air de tracasser ni la Commission Européenne ni le nouveau gouvernement allemand si l’on regarde les projections à long terme faites par Exxon sur l’offre et la demande d’énergie en Europe pour les trente ans qui viennent. J’imagine que ces prévisions ont été inspirées par les contacts que cette firme a avec les autorités du vieux continent, et je ne peux pas m’empêcher de les trouver totalement effrayantes.

Pour la suite de cet article, je vais donc utiliser les chiffres fournis par Exxon Mobil ou BP sur les consommations passées ou à venir par source d’énergie en Europe

Les voici.

Et ces données, soit je les analyse mal, ce qui est toujours possible, soit je les analyse bien, et si c’est le cas, je dois dire que nous allons tout droit vers une crise économique et sociale monstrueuse et que les candidats aux prochaines élections ne devraient parler que de ça.

Quelques commentaires sont nécessaires ici.

  • D’après Exxon, et donc sans aucun doute d’après la Commission, entre 2025 et 2050, la demande totale d’énergie en Europe devrait baisser de près de 17 %, de 60 quadrillions de BTU  à 50 quadrillions de BTU, ce qui implique une baisse inimaginable du niveau de vie moyen tant je ne connais aucune période dans l’histoire ou une baisse de la consommation d’énergie n’ait pas entraîné une baisse du niveau de vie de même amplitude.
  • Pendant la même période, la production d’électricité passerait de 10 quadrillions de BTU à 16. 7 quadrillions de BTU, soit une hausse de 67 %.
  • Et comment cet accroissement de la production d’électricité sera-t ’il reparti entre les principales sources d’énergie ? Facile, le pétrole baisserait de moitié, le gaz naturel d’un quart, le charbon des deux tiers, le nucléaire de moitié tandis que les énergies renouvelables fourniraient 10.64 quadrillions de BTU à la place de 5 quadrillions aujourd’hui (ce qui est faux puisque ces énergies sont intermittentes, comme les problèmes actuels sur le prix du gaz le prouvent).
  • Et donc il me semble que prévoir une hausse de la demande d’électricité qui serait couverte uniquement par les sources dites renouvelables relève purement et simplement du mensonge.

Et tout cela nous amène à une baisse de notre consommation d’énergie de 17 %, ce qui est impossible sans déclencher des mouvements sociaux gigantesques.

Et donc, quand je regarde ces chiffres, la seule solution si l’on accepte le principe de la pollution par le CO2 semble être de mettre un paquet immense sur le nucléaire et de le faire tout de suite.

Or que voyons-nous ?

L’Allemagne vient de fermer, en décembre 2021, ses dernières centrales nucléaires et fait tourner à la place ses vieilles centrales à charbon. Ce qui veut dire que quand le vent vient du Nord Est, l’atmosphère de Paris est polluée par les poussières de charbon allemand. Et que du coup, madame Hidalgo nous fait circuler en circulation alternée à Paris et interdit les diesels, ce qui est vraiment se foutre du monde.

Conclusion

Je crains que dans le monde entier, la juxtaposition de population mal informées, de gens qui haïssent la science, de technocraties incompétentes, de politiques sans courage et de règlementations absurdes ne nous amène à une crise énergétique considérable qui n’aura rien à voir avec la réalité et tout à voir avec des opinions publiques devenues folles. Nous parlons ici d’un suicide, et non pas de la conséquence de contraintes inéluctables.

Un exemple : Aux USA, la région la plus consommatrice de gaz est la zone urbaine autour de Boston. La production la plus importante de gaz aux USA se passe au sud de Philadelphie, ce qui est la porte à côté. Les écologistes locaux refusent la construction d’un pipe-line entre les deux zones urbaines et le transport par bateau ne peut avoir lieu puisque pour relier deux ports américains, les bateaux et les équipages doivent être americains (loi datant de 1920), et qu’il n’y a pas de bateaux gaziers aux US, et encore moins avec un équipage américain.

Et c’est pour ça que les americains refusent que le gaz russe soit livré aux allemands, pour pouvoir leur vendre leur gaz, à eux, au prix fort, à l’autre bout du monde, ce qui risque de déclencher une récession en Europe…

Et après -ça, le lecteur va me dire que le capitalisme et le libéralisme ne marchent pas, que nous avons besoin de plus de protectionnisme et que l’Allemagne est bien gérée…

C’est là, en général, que j’ai un GMDS (grand moment de solitude).

CHARLES GAVE

 

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