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LA REMONTADA (Marc Fiorentino)

LA REMONTADA

Les taux d’intérêt remontent.

Lentement mais sûrement.

Dans tous les pays ou zones économiques.

Il était temps.

L’inflation dérape.

Même si une large partie n’est que temporaire, il y a peu de chances qu’elle retrouve avant quelques mois son niveau d’avant crise.

Mais prenons un peu de recul.

               

IL Y A TAUX ET TAUX

 

Il faut bien distinguer deux catégories de taux d’intérêt.

Les taux d’intérêt à court terme.

Ces taux sont fixés arbitrairement par les banques centrales.

Dans la plupart des pays développés, ils sont autour de zéro depuis des années.

Les États-Unis ont annoncé qu’ils allaient les remonter en mars.

La Banque d’Angleterre les a relevés à 0.5% hier.

 

ET LA BCE ?

 

Elle ne veut toujours pas les relever.

Pour Queen Christine, il faut rester vigilant mais il est urgent d’attendre.

Même si elle reconnaît qu’elle s’est trompée en qualifiant cette inflation de temporaire, elle pense que l’inflation va retomber dès que les goulets d’étranglement vont se résorber et que les prix de l’énergie et les prix alimentaires vont revenir à leurs niveaux habituels.

Mais elle reste en alerte et se dit prête à relever les taux (à court terme) si l’inflation dérapait encore plus.

Voilà pour les taux d’intérêt à court terme.

 

MAIS IL Y A AUSSI

 

Les taux d’intérêt à LONG TERME.

Ce sont, par exemple, les taux d’emprunt des États à 10 ans, le taux long terme de référence ou les taux d’emprunt des entreprises à 10 ou 20 ans.

En théorie, je dis bien en théorie, les taux d’intérêt à long terme sont fixés par le marché.

Par un équilibre entre l’offre et la demande.

Un équilibre entre les prêteurs et les emprunteurs.

 

EN THÉORIE ENCORE

 

Le taux d’intérêt à long terme d’un pays est fonction:

– de l’inflation

– de la croissance

– du niveau d’endettement du pays

– de la confiance des investisseurs étrangers dans la monnaie.

 

EN THÉORIE ENCORE

 

Un pays, comme la France, qui est endetté largement au-delà de 110% du PIB, dont la croissance est élevée et qui connaît une inflation de 4% et même de 2% si on se projette post-goulets d’étranglement, devrait avoir un taux d’intérêt à 10 ans au minimum de 4,5 ou 5%.

Au minimum.

 

MAIS ÇA C’EST LA THÉORIE

 

Deux éléments ont structurellement modifié les taux d’intérêt à long terme :

– Pour les pays de la zone euro, l’euro lui-même qui nous permet de profiter de la solidité des pays d’Europe du Nord et notamment de l’Allemagne et d’éviter les dérapages de nos taux d’intérêt à long terme.

– Et ce qui a changé aujourd’hui c’est que les taux d’intérêt à long terme ne sont plus fixés par le marché « librement » en fonction de l’offre et de la demande. Ils sont faussés, certains diraient même manipulés par les banques centrales.En effet, pour maintenir les taux d’intérêt à long terme artificiellement bas, elles prêtent elles-mêmes aux États ce qui, évidemment, modifie complètement la donne.

Voilà pourquoi un pays comme la France a pu emprunter pendant longtemps à des taux proche de zéro.

 

QU’EST-CE QUI CHANGE ?

 

Du fait du niveau d’inflation actuelle, les banques centrales sont obligées de réagir, avec retard, insuffisamment certes, mais elles doivent réagir quand même car l’inflation a un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages et que les ménages sont aussi des électeurs.

Elles traînent les pieds pour le faire.

Elles augmentent les taux d’intérêt COURT TERME mais on est loin des niveaux auxquels ces taux devraient être.

Et elles doivent laisser un peu filer les taux d’intérêt LONG TERME en prêtant moins d’argent aux États.

 

C’EST UN CHANGEMENT…

 

…perceptible.

Les taux d’intérêt à 10 ans allemands qui sont restés négatifs pendant des années sont autour de 0.15% ce qui est encore très faible.

Les taux d’intérêt à 10 ans français retrouvent des niveaux de 0.60%, on est loin des 4.5/5% auxquels ils devraient être mais on monte un peu.

 

CE QUI VA SE JOUER…

 

…dans les mois qui viennent est déterminant.

Soit les banques centrales ont eu raison d’agir lentement et avec retard parce que l’inflation était vraiment temporaire et que l’inflation ET la croissance reviennent à leurs niveaux faibles d’avant crise sanitaire.

Soit les banques centrales se plantent totalement, et l’inflation retombe certes un peu mais reste à des niveaux plus élevés qu’avant la crise du fait, par exemple de la hausse des salaires ou encore de la transition énergétique et de son impact sur le prix de l’énergie. Et là c’est la cata car les banques centrales ne pourront plus contenir la hausse des taux LONG TERME, une hausse qui aura notamment pour effet de rendre le service de leurs dettes phénoménales totalement insupportable pour des États déjà très déficitaires.

Verdict au deuxième semestre : suivez de près, c’est passionnant.

MARC FIORENTINO

“Ce n’est pas la lumière qui manque à notre regard, c’est notre regard qui manque de lumière.”

Gustave Thibon

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