Art de la guerre monétaire et économique

Matières Premières et Energie : La Chronique du LUPUS

Matières Premières et Energie : La Chronique du LUPUS

Quelques certitudes :

La crise logistique n’est pas finie et les taux de fret des conteneurs vont rester élevés encore plusieurs mois. Début janvier 2022, « 11,5 millions de conteneurs – pleins ou vides – étaient en attente dans les 13 plus importants ports de la planète », rapporte les économistes de Cyclope. La situation ne devrait pas se détendre avant 2023.

Deuxième Certitude : L’appétit de l’empire du Milieu : les niveaux d’importation de la Chine seront déterminants, pour les marchés agricoles en particulier.  L’indice FAO des prix alimentaires a terminé l’année 2021 en hausse de 23%. Les secteurs du sucre et des huiles végétales ont enregistré les plus fortes hausses. Par ailleurs, la flambée des prix des engrais induite par la hausse des prix du gaz (en plus de l’augmentation des prix des carburants) pourrait engendrer une ruée vers les récoltes nécessitant moins d’engrais.

Troisième certitude, la crise énergétique va elle aussi durer, au moins jusqu’à la fin de l’hiver, voire plus, car il faudra ensuite reconstituer des stocks aujourd’hui très bas. Le secteur devra aussi composer avec les besoins de la Chine en gaz naturel liquéfié : le pays est devenu en 2021 le premier importateur de GNL devant le Japon.

Le goulet d’étranglement majeur de l’économie est la crise énergétique à laquelle nous sommes actuellement confrontés. Celle-ci va perdurer à cause de plusieurs décennies de sous-investissement dans le domaine et à cause du manque de financement des combustibles fossiles qui restent la principale source d’énergie au sein de notre économie.

En 2021, les prix de l’énergie et de l’électricité ont enregistré des hausses sans précédent depuis les années 1970. Les prix de l’électricité en Europe ont enregistré une hausse dix fois supérieure à la moyenne de long terme. Cette flambée des prix est due en partie aux pénuries d’approvisionnement à l’étranger, et elle a été aggravée par une production de base trop faible, puisque l’Allemagne a fermé des centrales nucléaires et que les nouvelles sources alternatives d’énergie sont incapables de remplacer la production de base.

La transition verte aggrave la crise énergétique

En bref, nous avons créé un monstre dont la priorité politique (devenir éco-responsable) aggrave la crise énergétique.  Plus nous opérons sans un véritable plan assurant une transition sans heurt vers les énergies propres de demain, plus nos économies connaîtront des bouleversements chaotiques en raison d’une production de base inadaptée, lorsque la demande en énergie, particulièrement inélastique, excèdera la capacité de production.

Les conséquences directes des tensions Russie/Ukraine

  • Nord Stream 2 ne sera pas opérationnel avant cet été, au plus tôt. Le gazoduc géant qui relie la Russie à l’Allemagne par la Baltique devra encore attendre pour recevoir le feu vert allemand. Son avenir est étroitement lié à l’évolution de la situation géopolitique à l’Est. (Business AM)
  • De plus en plus de méthaniers se dirigent vers l’Europe. On en dénombre 70% de plus par rapport à l’année dernière. Des mouvements intimement liés aux craintes d’une fermeture du robinet à gaz russe. (Business AM)

EN VRAC

  • Le zéro net pour 2050 va coûter l’équivalent de la moitié des bénéfices mondiaux des entreprises. Soit 3.500 milliards de dollars. C’est ce qui ressort d’une étude de McKinsey. Côté emplois, on devrait être à +200 millions/-180 millions d’ici le milieu du siècle. (Business AM)
  • Le renouvelable indien devrait employer plus d’un million de personnes d’ici 2030. C’est-à-dire dix fois plus qu’actuellement. La plupart des nouveaux emplois seront générés par des projets d’énergie renouvelable à petite échelle. (Business Standard)
  • L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire: un tour de passe-passe statistique. Présentée comme un outil indispensable à l’indépendance énergétique, la filière nucléaire française importe l’intégralité de son uranium. (Le Monde)
  • La France fait partie des plus grandes puissances nucléaires du monde. En tout cas, c’était vrai en 2020. La preuve avec ce graphique ultra-efficace, signé The Visual Capitalist. Une image que l’on a décryptée chez nous également. (Business AM)

Pendant ce temps, l’Autorité de sûreté nucléaire ne rassure pas

En France toujours, l’ASN a alerté cette semaine sur la nécessité de retrouver des « marges » pour le système électrique, confronté à une série de problèmes. La construction de nouveaux réacteurs nucléaires nécessiterait un véritable « plan Marshall ». (Sud Ouest)

  • Et l’Estonie se met à rêver de sa première centrale nucléaire. L’Etat balte envisage de plus en plus sérieusement de construire ce qui deviendrait sa première centrale nucléaire depuis qu’elle a obtenu son indépendance. Elle voit là une solution pour faire face aux probables futures nouvelles flambées des prix de l’énergie. (Business AM)
  • L’industrie métallurgique européenne appelle à l’aide. Le secteur sera frappé par « une nouvelle vague de réductions d’effectifs et de fermetures » si des mesures ne sont pas prises pour lutter contre la hausse des prix de l’énergie. Cette mise en garde émane d’Eurometaux, un groupe représentant certains des plus grands producteurs d’Europe. (Business AM)
  • L’Écosse, nouvel eldorado de l’éolien en mer. Les autorités écossaises viennent d’attribuer 17 concessions pour près 850 millions d’euros. Les installations offshore auront une capacité combinée de 24,8 GW, soit 80% du parc éolien français. Ébouriffant. (La Croix)
  • L’UE a surpassé ses objectifs d’énergies renouvelables en 2020. Selon des données compilées par Eurostat, la part de l’énergie consommée à partir de sources renouvelables a atteint 22%. Mais les disparités sont énormes. La Suède est la meilleure élève, la Belgique et la France sont très loin. (Reuters)
  • « L’hydrogène vert sera moins cher que l’hydrogène gris dans les deux ans. » C’est la conclusion qui ressort d’une analyse de Rethink Energy. Une nouvelle encourageante, dans la mesure où l’hydrogène gris est issu d’énergies fossiles, tandis que le vert provient d’énergies renouvelables. (Recharge News)
  • De l’hydrogène vert dans des cavernes de sel. Produire de l’hydrogène vert c’est une chose, le stocker c’en est une autre. Texas Brine, le plus grand producteur de saumure des USA, s’associe à Mitsubishi pour transformer ses cavernes de sel en sites de stockage pour l’hydrogène vert, rapporte Forbes.
  •     En Suède, le gouvernement propose une aide de 6 milliards de couronnes suédoises (584 millions d’euros) pour compenser les 1,8 million de ménages les plus durement touchés par les prix élevés de l’électricité (Euractiv)
  •     L’Italie veut faire participer les producteurs d’énergie à l’effort collectif. L’idée ? S’attaquer à leurs « surprofits » pour venir en aide aux plus défavorisés. (Le Figaro)
  •     De l’autre côté de l’Atlantique, Joe Biden est sous pression. Les Américains s’attendent à ce qu’il agisse pour stopper l’infernale flambée des prix du pétrole, source de nombreux maux. Plusieurs options s’offrent à lui, mais aucune n’est une garantie de succès. (Reuters)
  • Autosuffisance énergétique: l’Europe ne pourra pas couvrir plus de 30% de ses besoins en lithium, en cobalt ou en nickel. Notre continent sera grandement dépendant de l’étranger, et surtout de la Chine. Ce qui pourrait poser problème pour l’électrification de son parc automobile. (Business AM)
  • La Chine, justement, a frappé fort. Elle a connecté son petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) au réseau électrique, ce qui en fait le premier pays au monde à être alimenté par une telle machine. Une technologie qui devrait être d’une grande aide dans le contexte de la transition énergétique. (Business AM)
  • Rayon transition, Bill Gates vient de mettre la main au portefeuille. Un fonds géré par une de ses entreprises a investi 15 milliards de dollars dans des technologies « propres »: kérosène vert, sidérurgie sans CO2 ou encore captation carbone. (Business AM)
  • Un grand projet de capture de CO2 prend forme. ArcelorMittal est en train d’installer ses premiers modules CCS sur son site de Dunkerque. Objectif: capter un million de tonnes de dioxyde de carbone dès 2025. (L’Usine Nouvelle)

LE LUPUS

« Comme le cavalier sur une monture qui s’emballe, nous lâchons les rênes devant l’infini, nous autres modernes, nous autres semi-barbares, et nous ne goûtons notre béatitude qu’au moment où notre péril est à son comble. » — Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal (1886)

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