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Les sanctions occidentales à l’encontre de la Russie pourraient avoir de nombreux résultats imprévisibles et désagréables (Mises Institute) / Scénario (Charles Gave)

Les sanctions occidentales à l’encontre de la Russie pourraient avoir de nombreux résultats imprévisibles et désagréables

FEDERAL RESERVE WAR

Les chocs d’offre mondiaux sont des événements historiquement rares. Il est d’autant plus extraordinaire d’avoir deux chocs de ce type en succession rapide – le second arrivant avant même que le premier ne se soit complètement estompé. C’est ce que le monde vit actuellement sous la forme d’une grande pandémie suivie d’une grande guerre économique entre l’Occident et la Russie. Le symptôme le plus visible de la rupture d’approvisionnement est la hausse vertigineuse des prix de l’énergie et d’une série d’autres produits de base.

Quel est l’effet des sanctions ?

Le déclenchement d’une guerre militaire longue et totale a généralement, sinon toujours, des conséquences en termes de flambée des prix. Mais qu’en est-il de la guerre économique menée au moyen de sanctions occidentales par des États qui ne sont pas simultanément engagés dans un conflit militaire direct ? Le laboratoire de l’histoire pour une telle guerre est petit. En effet, il n’existe aucune expérience à laquelle comparer utilement la guerre économique menée par l’Occident contre la Russie à l’heure actuelle. Il y a des raisons de penser que les auteurs de cette guerre subiront de graves dommages à long terme dus à l’inflation des prix. (Les conséquences de l’augmentation des prix pour le pays destinataire des sanctions est un sujet pour un autre jour).

Prenons un peu de recul pour examiner ce qui est nouveau dans la nature de cette guerre économique.

Premièrement, elle a commencé par une menace claire de la part des États-Unis et de leurs principaux alliés européens. Expliquée dans tous ses détails menaçants, bien qu’avec une certaine ambiguïté au départ, elle visait à dissuader une invasion russe en Ukraine. Elle a échoué dans ce premier objectif. La guerre économique et la guerre militaire sont maintenant dans une phase de « creusement ». Un instantané de l’opinion dominante actuellement sur le marché est que la campagne militaire de la Russie atteindra un « stade de cessez-le-feu permanent » bien avant la fin effective de la guerre économique.

Les sanctions sont très larges

Deuxièmement, la portée de cette guerre économique est illimitée. Le plan de campagne dans la phase actuelle de creusement est apparemment de « fermer » de grandes parties de la septième ou huitième plus grande économie du monde (à peu près la même taille que celle du Canada). Il n’y a pas de parallèle historique. Oui, au milieu et à la fin des années 1930, diverses sanctions ont été imposées à l’Italie, au Japon et à l’Allemagne par les puissances occidentales agissant séparément. Mais ces sanctions n’ont pas empêché les troupes polonaises de découvrir, lors de l’assaut allemand de septembre 1939, que la plupart des transports motorisés allemands avaient été fabriqués par GM et Ford ; et elles n’ont pas empêché la Banque d’Angleterre de livrer les avoirs tchèques en or à Londres à la Reichsbank (la banque centrale d’Allemagne, devenue le « protecteur » de Prague) à la fin du printemps 1939.

Une grande partie du monde reste neutre en termes d’échanges commerciaux

En examinant la portée de l’opération, nous devons toutefois reconnaître que dans la guerre économique de l’Occident contre la Russie, une grande partie du monde est neutre – y compris la Chine, l’Inde, l’Amérique latine et les nations du Moyen-Orient. Ainsi, ce qui apparaît initialement comme une coupure du commerce et de l’intermédiation financière pourrait rapidement se transformer en quelque chose qui ressemble davantage à des détournements géographiques à grande échelle. Les médias sont naturellement pleins de solutions de contournement que la Russie pourrait trouver, qu’il s’agisse de sociétés écrans dans le monde neutre, d’institutions financières sur place qui peuvent cacher leurs opérations aux régulateurs et aux procureurs américains ou qui sont intouchables par eux, ou de l’utilisation de l’or, de la cryptographie ou du yuan pour effectuer des paiements internationaux.

Il n’y a pas eu de déclaration d’objectifs de guerre économique – qu’il s’agisse d’un changement de régime à Moscou ou du retrait militaire russe d’Ukraine. Mais nous pouvons supposer qu’un accord d’armistice dans lequel la Russie reprendrait de larges couloirs du territoire ukrainien à l’est et au sud ne mettrait pas fin à la guerre économique.

Entre-temps, il convient de noter que la réorganisation par la Russie de ses relations commerciales et d’affaires internationales, au détriment de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale et au profit du monde neutre, représenterait un choc négatif considérable sur la demande en Europe (surtout en Allemagne et dans les pays d’Europe orientale). Cela s’ajoute aux effets négatifs du choc énergétique (que le monde neutre évite dans une certaine mesure, grâce aux fournitures d’énergie russes détournées vers lui à un prix bien inférieur à celui du marché occidental).

Impacts économiques négatifs directs des sanctions en Occident

Pour évaluer les conséquences sur la hausse des prix de la guerre économique qui s’intensifie et se transforme, il faut commencer par les efforts des gouvernements (et de leurs autorités monétaires) pour lutter contre l’impact économique négatif sur une grande partie des électeurs. La pression exercée sur les revenus réels par la hausse des prix de l’énergie et des autres produits de base, ainsi que la perte de revenus et d’emplois (comme en Europe) causée directement par la perte des activités d’exportation et d’autres activités économiques conjointes émanant de la Russie, affectent la prospérité générale. Et il est possible que la guerre économique devienne le catalyseur d’un certain ralentissement de l’inflation des actifs. Ce ralentissement peut ajouter aux difficultés économiques actuelles perçues. Par conséquent, les autorités monétaires occidentales pourraient bien renoncer à la « normalisation des politiques ».

On pourrait dire que l’influence récessive des événements décrits offrirait un certain répit pour retarder la normalisation. Mais lors du rebond économique qui suivra le choc, on peut imaginer que l’intermède de la récession fera que les autorités monétaires seront encore plus enclines à retarder et à avancer avec précaution sur le sujet de la normalisation. Le potentiel de réaction excessive des autorités face au ralentissement de la récession et à la déflation des actifs est énorme.

Le danger de la guerre économique en termes de croissance des prix va plus loin. La guerre économique renforce la nature étatiste de la monnaie occidentale.

Dans la poursuite des efforts visant à disloquer et même à désactiver les transactions financières des Russes, les gouvernements occidentaux et leurs armées de régulateurs s’immiscent encore davantage dans chaque aspect du processus de paiement et des transferts financiers. Le capitalisme de surveillance progresse encore. La justification apparente est de s’assurer que des opérations clandestines n’ont pas lieu avec des homologues russes interdits. L’intensification de ces intrusions va à l’encontre du droit à la vie privée et étouffe la concurrence, y compris l’innovation.

L’or et le bitcoin

Quiconque était optimiste avant la guerre quant à l’avènement d’une nouvelle ère de concurrence monétaire qui disciplinerait les inflationnistes monétaires peut y repenser. L’un des principaux catalyseurs plausibles de la concurrence, la diffusion de la technologie blockchain (par exemple, les institutions financières émettant leurs propres pièces numériques, en dollars ou en or), est maintenant bloqué par la guerre économique. Il est certain que les Russes qui veulent échapper aux sanctions en tireraient profit ; c’est pourquoi elle est interdite.

Une leçon de la guerre économique qui se poursuit, qui n’est certainement pas nouvelle et que Moscou connaissait bien avant le conflit, sera probablement très présente dans la conscience des investisseurs. En dehors du système bancaire international, les lingots et les pièces d’or, dont les ventes ou les achats contre des crypto-monnaies sont possibles pour effectuer des transactions, sont plus sûrs que les bons du Trésor américain.

On peut donc s’attendre à ce que la demande mondiale d’obligations du Trésor, jusqu’ici considérées comme le premier actif de réserve, devienne beaucoup moins robuste, du moins de la part des grands détenteurs actuels de réserves en dollars. La hausse des rendements des bons du Trésor pèserait sur les finances publiques américaines. Un coût croissant du service de la dette signifierait un climat politique encore plus favorable à ce que la Fed maintienne les coûts réels des emprunts à un niveau bas en stimulant l’inflation monétaire.

Traduction du Mises Institute par Aube Digitale

Je n’aime pas faire des prévisions tant il s’agit d’un exercice futile, le futur étant par nature inconnaissable. Mais de temps, je suis bien obligé de m’y livrer et dans ces cas-là, je donne à ma tentative de jouer les madame soleil un nom savant pour essayer de dissimuler mon forfait.

Et ce nom savant c’est  « scénario ».

Bâtir un scénario, c’est introduire des hypothèses un peu farfelues et essayer d’en déduire les conséquences qui en découlent. Il s’agit-là d’un exercice intéressant intellectuellement et qui peut parfois amener à des résultats…surprenants.

Et je viens d’avoir l’une de ces idées bizarres et du coup, je vais bâtir un scénario autour d’elle.

Le voici.

L’Europe se fournissait en énergie auprès de la Russie, comme chacun le sait aujourd’hui. Et cette énergie était payée en dollars .

Les Russes recevaient ces dollars et en changeaient une partie en euros pour acheter qui une Mercedes, qui une villa sur la côte d’azur, qui un yacht fabriqué dans un chantier naval Néerlandais ou Italien, qui un aéronef chez Dassault Aviation. La plus grosse partie cependant était versée au gouvernement Russe qui versait en compensation des roubles pour payer les salaires et les dividendes mais aussi une partie des dépenses de l’état et transférait les dollars excédentaires dans les réserves de change de la banque centrale ou dans le fonds souverain Russe, établi à cet effet, avec instructions de ne pas conserver les dollars mais de les échanger contre de l’or, des yen, des yuan et bien sur des euros, tant le gouvernement Russe ne s’attendait pas à ce que ses réserves de change en euro soient bloquées par la BCE.

Ce qui revient à dire qu’environ 50 % des achats de pétrole Russe (approximativement) étaient payés …en Euros, ce qui était bien pratique pour tout le monde.

Tous ces mécanismes se sont effondrés depuis les représailles prises par les européens causées par l’invasion de l’Ukraine par les troupes Russes.

En admettant que le Qatar ou l’Arabie Saoudite acceptent de vendre du pétrole ou du gaz à l’Europe, rien ne garantit que les contrats à long -terme signés avec la Russie quand le pétrole était à 40 dollars/baril trouveront leur équivalents et plus encore, rien ne prouve que ces pays transformeront une partie de leurs dollars en euros, surtout après le coup que la BCE vient de faire à la banque centrale de Russie.

Et donc, techniquement, l’Europe se retrouve devant une position « à découvert » gigantesque sur le pétrole et le gaz, ce que tout le monde a compris, mais aussi sur la monnaie américaine, ce que peu de gens ont vu.

Essayons de quantifier cette nouvelle position à découvert, en faisant l’hypothèse que l’Europe achetait à la Russie l’équivalent de 10 millions de barils par jour (gaz compris), soit à 100 $ par baril, un milliard de dollars par jour ou 365 milliards de dollars par an, ce qui est gigantesque. Cinquante pour cent représente près de 200 milliards de dollars à trouver sur le marché, à condition bien entendu que le pétrole ne passe pas à $200 /baril ou $ 300 barils dans les mois qui viennent.

Et le plus intéressant est que la zone Euro, compte tenu de la hausse récente du prix de l’énergie, est déjà en train de passer en comptes courants déficitaires, ce qui ne va rien arranger.

Bref un vrai cataclysme, qui semble indiquer que l’Euro va s’effondrer , relançant de ce fait les pressions inflationnistes et augmentant au fur et à mesure la note des importations pétrolières, dans un très beau cercle vicieux.

Question : Ai-je déjà vu dans ma carrière une telle situation ?

La réponse est : deux fois, l’une en 1982, quand l’Amérique Latine fait faillite et la deuxième en 1997-1998 quand une partie de l’Asie saute, en commençant par la Thaïlande, suivie par la Corée du Sud, l’Indonésie e

Que se passe-t-il ?  Les deux fois, le dollar passa au travers du toit.

C’est ce que montre le graphique suivant.

 

 

 

Depuis 1970, l’Euro est passé deux fois sous (1 dollar- 1.05 dollar) par euro, la première pour saluer la crise en Amérique Latine, la seconde à cause de la crise asiatique.

L’Euro, ou son équivalent recalculé avant 1998, s’effondre à chaque fois.

Commençons avec la crise Latino- Américaine.

La plupart des pays en Amérique Latine à l’époque ont des taux de change fixes avec le dollar US. De 1970 à 1980, le pétrole passe de 3 dollars le baril à 30 dollars le baril. Tous ces pays étant consommateurs de pétrole, passent en comptes courants déficitaires, tandis qu’en contrepartie, les pays du golf voient leurs surplus extérieurs exploser à la hausse.

Résultat ? Trop de dollars au Moyen-Orient, pas assez en Amérique Latine.

Et c’est là que les banques européennes inventent le fameux « recyclage des pétrodollars ». La Deutsch Bank, la Barclays, la BNP empruntent les dollars à ceux qui en ont trop, à 6 % par exemple, pour les prêter à ceux qui n’en ont pas assez,  à 8 % , en partant d’un principe très simple : les nations ne font pas faillite, ce qui est une imbécillité historique (voir Philippe Le Bel en France en 1350, Philippe II en Espagne au XVIème siècle, la France avec les assignats en 1797, la Russie en 1918 ou la République de Weimar dans les années 20).

En été 1982 , le Mexique annonce qu’il n’a plus assez de dollars pour servir sa dette en dollars et donc , laisse flotter sa monnaie et fait défaut sur sa dette. Ce qui laisse toutes les banques européennes « short » des dollars qu’elles avaient emprunté et obligées de les racheter sur le marché, et le dollar passe de 4 francs à 10 francs en quelques trimestres.

Tout cela se termine avec les accords du Plaza Athénée en février 1985, la Fed imprimant des dollars pour les prêter aux banques centrales européennes, qui les prête à leur tour à leur systèmes bancaires, consacrant ainsi leur soumission à la Fed.

Derrière la crise , trois joueurs, un emprunteur en dollar , un préteur en dollar, et le système bancaire européen faisant l’intermédiaire et prenant le risque du défaut en dollar sans même s’en rendre compte. Et du coup, le DM, le FF, se cassent la figure de 1982 à 1985, ce qui se voit dans le cours de l’euro théorique recalculé à partir des monnaies nationales.

Venons-en à la crise asiatique.

Changement de décor.

De 1985 à 1997, le dollar se casse la figure avec beaucoup d’entrain.

Pendant ce temps, l’Asie commence à décoller économiquement. Et comme la croissance y est très forte, les taux d’intérêts y sont élevés. Le plus simple est donc d’emprunter des dollars (qui ne peuvent que baisser…) pour acheter de l’immobilier ou des obligations d’état en Asie (qui ne peuvent que monter …). Ces opérations gonflent la masse monétaire de ces pays (inflation), ce qui fait baisser la compétitivité des économies, si bien qu’au bout de quelque temps , ces pays passent en comptes courants déficitaires ,tout en ayant à servir une dette en monnaie étrangère, que la banque centrale ne peut imprimer.

Le mécanisme se met en route, les réserves de change fondent, la monnaie est attaquée , les taux domestiques explosent à la hausse et le FMI est appelé à la rescousse, et les banques centrales locales passent sous le contrôle de la Fed.

Trois joueurs à nouveau : les emprunteurs en dollars, les prêteurs en monnaie locale, les banques locales, qui se trouvent porter le risque, et ce sont elles qui sautent comme des bouchons de 1997 à 2000.

Et le dollar monte par rapport à l’euro , mais un peu moins que la fois précédente, les banques européennes n’étant pas vraiment dans ce coup-là.

Et terminons avec la période actuelle, où l’Europe s’est monstrueusement mise à découvert sur l’énergie (en favorisant les moulins à vent et les miroirs magiques au lieu de miser sur le nucléaire ou la décarbonisation du charbon).

Mais au moins, avec la Russie, elle avait trouvé quelqu’un qui lui vendait l’énergie fossile dont elle avait besoin dans sa monnaie, l’Euro, et en lui faisant crédit, ce qui était doublement miraculeux.

Elle vient de décider de se passer de cette source de crédit gratuit, ce qui fait que le vieux continent est maintenant à la fois short le dollar et short l’énergie et que plus personne ne lui fera crédit compte tenu de la façon dont elle a traité son fournisseur précédent.

Le système de crédit européen peut-il se substituer à la Russie ? Absolument pas, car il a comme seul actif les obligations émises par des États en faillite et dont les obligations offrent des rendements négatifs dans une monnaie qui a vocation à s’écrouler et que personne n’acceptera en paiement.

Et qui plus est ;l’économie européenne va connaître une récession bientôt puisque le prix du pétrole est maintenant à un niveau par rapport au PIB qui a déclenché une récession à chaque fois dans le passé .

 

 

Dans le cas européen , les emprunteurs ont été des états, et non pas des particuliers, le préteur, la Russie et non pas un système bancaire et celui qui va porter le risque in fine, sera le système productif européen quand il devra payer le vrai cout de l’énergie, ce qu’il sera bien incapable de l’assumer.

Et donc, il va falloir rationner l’énergie en Europe et notre niveau de vie baissera à due concurrence du manque d’énergie. L’étape suivante sera bien entendu le ticket de rationnement et le contrôle des changes, comme au Venezuela, comme à Cuba. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Mais que le lecteur se rassure : il ne s’agit que d’un scénario, pas de la réalité.

Auteur: Charles Gave

« Le grand art, c’est de changer pendant la bataille. Malheur au général qui arrive au combat avec un système »

 Napoléon Bonaparte

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