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Sens dessus dessous (Ange Appino)

Sens dessus dessous

Bon oui, ouin ouin Zemmour va perdre. On garde ce constat pour un petit article méchant qui viendra vendredi, dernier numéro avant la fin du monde, c’est-à-dire de vos espoirs fascistes. Vous savez, vous êtes des cons. Je vous aime, mais vous êtes des cons. Et ça ne doit pas vous froisser outre mesure. Vous n’existez d’ailleurs pas, vous n’êtes qu’une de mes projections mentales, un moi potentiel jamais actualisé, à l’étroit entre le pédof’ maigrelet obsédé de physique quantique et le commando marine dégoulinant de pecs déjà rangé dans la femelle du pays occupé avant d’avoir activé son parachute. J’arrive à 666 caractères au terme de cette confession douteuse, signe divin.

 

Bref vous êtes cons à croire que l’élection du Z y aurait changé grand-chose. A la France, attention les grands mots. A la vie… là on culmine. L’Occident et sa fille modèle et facétieuse la France n’en sont plus là. Plus au niveau où cinq ans voire dix de Zemmour y changeraient quoi que ce soit de crucial. Alors évidemment, je vous entends déjà chouiner, Zemmour c’est mieux que rien. Chouineries exactes. Zemmour c’est mieux que rien, et il faut voter pour lui. C’est même déjà pas mal, et depuis de Gaulle aucun homme politique à part peut-être Villiers ne s’était souvenu avec une telle acuité de ce que la France avait une histoire qui précédait 1789. Mais le problème consiste évidemment en ce que Zemmour, qui comprend bien que cette histoire est chrétienne, n’en tire aucune conséquence pratique.

 

Il ne s’agit pas ici de défendre aveuglément la foi, mes collègues s’en chargeront bien assez. Non plus de professer une utilisation bassement politique du christianisme. Mais de rappeler l’évidence suivante, pour qui se penche trois minutes sur l’existence de l’Occident : le christianisme demeure notre seule boussole existentielle. Vous n’êtes pas sans savoir que l’homme serait libre. On le raconte. Enfin, on n’en sait rien mais tout se passe comme si. Donc, sa vie n’est qu’un vertige permanent, où chaque seconde implique un choix. Jusqu’ici on est en philo niveau terminale tout va bien. Voilà, seulement selon quels principes seront orientés ces choix que l’existence sans cesse réclame, qui sont l’existence humaine ? Or toute l’histoire de l’Occident depuis quatre cents ans, c’est, en voulant fonder en raison ces principes d’action, de les saper. Le danger le plus mortel que courre notre civilisation, et donc les petits êtres de chairs bien vivants qui l’habitent, est celui du nihilisme. Les possédés, Stavroguine, Piotr Stepanovitch, Netchaiev et compagnie, et écrit à la suite comme ça c’est sacrément effrayant. De ne plus posséder aucun principe en mesure de discriminer. Le danger de la paralysie donc, ce qui en bon français se nomme dépression. Oui, l’Occident est au bord de la dépression. Et la vieille Delsol aura beau dire que non, qu’il se transforme simplement, qu’un mec au cœur solidement accroché la baise un bon coup pour lui remettre le cerveau au milieu des oreilles. Car les valeurs en toc du droit-de-l’hommisme, qui dégénèrent aujourd’hui en wokisme pour le dire très vite, sont à la fois une dégradation du christianisme et son acte de décès, ainsi que celui de toute les valeurs. En posant la liberté abstraite comme valeur absolue, comme seule valeur, et par valeur on entend vous l’avez compris principe qui oriente l’action, notre monde commet une erreur philosophique grossière. Vous devez choisir grâce à la seule indication suivante : vous devez choisir. L’Occident court à sa ruine bien plus sûrement par le nihilisme que par quoi que ce soit d’autre, machinisme contre lequel on inventera d’abord toutes les folies, ça s’est appelé fascisme au siècle précédent, avant sa victoire finale qui ouvrira au grand sommeil dans la machine.

 

Alors évidemment ce n’est pas là un problème que l’on résout en cinq ans. Et on peut même se demander s’il engage le politique. Il engage bien plus que cela, mais le politique, en tant qu’il traite de la vie commune et que c’est elle aussi bien que la vie individuelle que le nihilisme européen menace, a pour mission de le traiter. Or malgré ses appels au christianisme, jamais Eric, pas moins que ses concurrents il est vrai, ne pose la question du sens, la seule qui comptera pour les longs millénaires que l’humanité, lubie récente de l’univers, a encore en face d’elle.

 

Par Ange Appino L’Incorrect

« Ne disputons à personne ses souffrances ; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne »

Il est fâcheux d’être atteint d’un mal dont la foule n’a pas l’intelligence.

Au reste, ce mal n’en est que plus vif : on ne l’affaiblit point en le confrontant avec d’autres maux, on n’est pas juge de la peine d’autrui ; ce qui afflige l’un fait la joie de l’autre ; les cœurs ont des secrets divers, incompréhensibles à d’autres cœurs.

Ne disputons à personnes ses souffrances ; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne.

François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (1848)

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