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La Russie contrôle un trésor : Voici comment l’Ukraine aura perdu ses richesses (Moon of Alabama)

La Russie contrôle un trésor

By brunobertezautresmondes 

brunobertez.com

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Les gisements miniers les plus riches d’Ukraine, d’une valeur d’au moins 12,4 trillions de dollars, sont désormais entre les mains de la Russie, écrit le Washington Post.

Nous parlons de 63% de tous les gisements de charbon, 11% de son pétrole, 20% de gaz, 42% de métaux et 33% d’éléments de terres rares.

Depuis février, les Russes ont saisi des gisements de titane, de zirconium, de lithium, de strontium, d’uranium et d’or.

Et c’est sans compter les terres agricoles.

« L’Ukraine a trouvé 117 des 120 métaux et minéraux les plus utilisés », écrit le journal américain. « Si le Kremlin réussit à annexer le territoire capturé – et les responsables américains pensent qu’il essaiera de le faire dans les mois à venir – alors Kyiv perdra à jamais l’accès à près des deux tiers de ses champs. »

Pourtant, le sort des Ukrainiens préoccupe peu le journal : il s’inquiète pour l’Europe. Il sera désormais plus difficile pour le continent de chercher des alternatives aux importations en provenance de Russie et de Chine.

« L’Ukraine perdra non seulement la plupart de son territoire et de ses ressources, mais sera également constamment vulnérable à une nouvelle attaque de la Russie », WP cite l’opinion de Jacob Kierkegaard, chercheur au Peterson Institute for International Economics à Washington. « Aucune entreprise privée sensée n’investira dans le reste de l’Ukraine si cela se transforme en un conflit gelé. »

Voici comment l’Ukraine aura perdu ses richesses


Par Moon of Alabama – Le 10 août 2022

Le 24 février, le jour où les troupes russes ont franchi les frontières de l’Ukraine, j’ai écrit sur l’état final potentiel de l’opération :

 

En regardant cette carte, je pense que l’état final le plus avantageux pour la Russie serait la création d’un nouveau pays indépendant, appelé Novorussiya, sur les terres situées à l’est du Dniepr et au sud le long de la côte, terres qui détiennent une population majoritairement russe et qui, en 1922, avaient été rattachées à l’Ukraine par Lénine. Cet État serait politiquement, culturellement et militairement aligné sur la Russie.

Cela éliminerait l’accès de l’Ukraine à la mer Noire et créerait un pont terrestre vers la Transnistrie, séparée de la Moldavie, qui est sous la protection de la Russie.

Le reste de l’Ukraine serait un État confiné, essentiellement agricole, désarmé et trop pauvre pour devenir rapidement une nouvelle menace pour la Russie. Sur le plan politique, elle serait dominée par les fascistes de Galicie, ce qui deviendra alors un problème majeur pour l’Union européenne.

Le 19 mars, j’ai réexaminé le sujet et ajouté Kryvyi Rih (Kriwoi Rog en russe), la partie jaune de la carte, à la liste :

La Novorossiya comprend en gros les zones roses et jaunes de la carte ci-dessus. Elle comprend également les précieuses mines de fer et les usines de Kryvyi Rih développées par les Soviétiques à l’ouest du Dniepr.

Je tiens tout particulièrement à souligner que j’ai parlé d’un « État essentiellement agricole, désarmé et trop pauvre pour constituer de sitôt une nouvelle menace pour la Russie« .

J’ai pu dire cela parce que presque toutes les ressources et industries de l’Ukraine se trouvent dans le sud et l’est. Si la Russie les prend ou crée un nouvel État nommé Novorossiya, le « reste de l’Ukraine » sera en grande partie désindustrialisé. Il convient également de noter que le sud et l’est englobent la plupart des fameuses zones de terre noire, qui consistent en une couche d’humus d’un demi-mètre de profondeur permettant d’obtenir de bons résultats agricoles sans utiliser beaucoup d’engrais.

Une grande partie des industries de l’acier et des machines lourdes dans le sud et l’est ont été négligées au cours des 30 dernières années sous la domination ukrainienne ou ont été détruites pendant les guerres qui font rage depuis 2014. Il faudra de très gros investissements pour les relancer, mais les bénéfices potentiels seront importants.

Près d’une demi-année après mon article, le Washington Post, avec l’aide de quelques Canadiens, rattrape son retard sur le sujet :

Dans la guerre d’Ukraine, une bataille pour les richesses minérales et énergétiques du pays

 

Après près de six mois de combats, la guerre bâclée de Moscou lui a apporté au moins un grand profit : un contrôle accru sur certaines des terres les plus riches en minéraux d’Europe. L’Ukraine abrite certaines des plus grandes réserves de titane et de minerai de fer du monde, des gisements de lithium inexploités, ainsi que d’énormes dépôts de charbon. Collectivement, ils valent des dizaines de milliers de milliards de dollars.

 

La part du lion de ces gisements de charbon, qui ont alimenté pendant des décennies l’industrie sidérurgique ukrainienne, est concentrée dans l’est du pays, où Moscou a fait le plus de percées. Selon une analyse réalisée pour le Washington Post par la société canadienne SecDev, spécialisée dans les risques géopolitiques, ces gisements sont passés aux mains des Russes, tout comme d’autres gisements énergétiques et minéraux de grande valeur, utilisés dans des domaines aussi variés que les pièces d’avion ou les smartphones. …

 

« Le pire scénario est que l’Ukraine perde des terres, n’ait plus une économie de matières premières forte et devienne davantage comme l’un des États baltes, une nation incapable de soutenir son économie industrielle« , a déclaré Stanislav Zinchenko, directeur général de GMK, un groupe de réflexion économique basé à Kiev. « C’est ce que veut la Russie. Nous affaiblir. » …

 

Pourtant, l’analyse de SecDev indique qu’au moins 12 400 miliards de dollars de gisements énergétiques, de métaux et de minéraux ukrainiens sont désormais sous contrôle russe. Ce chiffre représente près de la moitié de la valeur en dollars des 2 209 gisements examinés par l’entreprise. Outre 63 % des gisements de charbon du pays, Moscou s’est emparé de 11 % de ses gisements de pétrole, de 20 % de ses gisements de gaz naturel, de 42 % de ses métaux et de 33 % de ses gisements de terres rares et d’autres minéraux critiques, dont le lithium.

Je pense que la part de gaz naturel que détient déjà la Russie est plus élevée, car il existe plusieurs gisements de gaz sous-marins autour de la Crimée et au large de la côte orientale.

Si les forces russes prennent également Kryvyi Rih et Dnipro, elles contrôleront environ 75 à 80 % du PIB de l’Ukraine d’avant-guerre.

L’effort de guerre de la Russie est actuellement financé par l’« Occident », qui le paie par le biais des prix records de l’énergie créés par ses propres sanctions contre la Russie.

Comme le rapportait hier l’agence russe Interfax (traduction automatique) :

Le solde positif du compte courant de la balance des paiements de la Fédération de Russie de janvier à juillet 2022 s’est élevé à 166,6 milliards de dollars, soit 3,3 fois plus qu’au cours de la même période en 2021 (50,1 milliards de dollars). Ces informations figurent dans l’évaluation de la balance des paiements de la Fédération de Russie, publiée sur le site Internet de la Banque de Russie. …

 

Selon le scénario de base des prévisions de la Banque centrale pour 2022, mis à jour en juillet, avec un prix annuel moyen du pétrole de 80 dollars le baril, l’excédent de la balance courante devrait être de 243 milliards de dollars, le solde positif du commerce extérieur de biens et de services – 277 milliards de dollars, et le solde négatif des revenus primaires et secondaires – 33 milliards de dollars.

Si l’« Occident » veut vraiment priver la Russie d’argent, il doit immédiatement lever les sanctions et recommencer à importer du pétrole, du gaz et du charbon de Russie à des prix alors beaucoup plus bas.

La Russie ne manquera pas d’argent pour financer la reconstruction des grandes industries de Novorossiya. Une fois cela fait, ces régions seront manifestement capables de subvenir à leurs besoins et de garantir un niveau de vie élevé. Elles auront également assez d’argent pour se défendre militairement contre tout ce que le pauvre reste d’Ukraine sera capable de financer.

Fin mars, après des négociations entre la Russie et l’Ukraine en Turquie, un accord sur un cessez-le-feu et sur la fin de la guerre a presque été conclu. Joe Biden a alors chargé Boris Johnson de dire à Zelensky de poursuivre la guerre. Sinon, l’« Ouest » cesserait de le payer. Zelensky a fait ce qu’on lui a dit de faire et a cessé toute négociation avec la Russie.

Un accord avec la Russie à ce moment-là aurait permis à l’Ukraine de rester un seul État, avec seulement des pertes mineures dans le Donbass. Mais la décision de poursuivre cette guerre sans espoir a également mis fin à toutes les chances de l’Ukraine de conserver ses richesses.

Elle finira pauvre et impuissante tandis que ses voisins « occidentaux » s’en régaleront.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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