Art de la guerre monétaire et économique

Cheval de troie en Europe : Londres veut s’imposer comme le centre occidental du yuan

Cheval de troie en Europe : Londres veut s’imposer comme le centre occidental du yuan

Londres veut s’imposer comme le centre occidental du yuan Un accord avec Hongkong devrait permettre à la City d’effectuer la compensation du courtage en renminbi. La taille du marché demeure pour l’instant très limitée

Cheval de Troie at the Caeser's Palace

Londres veut devenir le spécialiste du courtage de devises chinoises, espérant mettre la main sur un commerce qui pourrait, à terme, devenir très important. En déplacement en Chine, le chancelier de l’Echiquier, George Osborne, a annoncé avec les autorités monétaires de Hongkong la création d’un forum destiné à créer les infrastructures nécessaires pour faire de la City un acteur incontournable pour le renminbi. «La (monnaie chinoise) est de plus en plus utilisée mais elle est essentiellement échangée en Chine et à Hongkong: nous voulons faire de Londres le centre occidental de courtage pour la monnaie chinoise», a-t-il expliqué à la BBC.

Le renminbi, qui a longtemps été entièrement bloqué à un taux de change fixe et qui ne pouvait pas être sorti de Chine, est très progressivement libéralisé depuis 2004. Et, depuis 2009, les autorités chinoises veulent en faire une monnaie internationale. Le succès commence à être au rendez-vous: 9% des échanges internationaux chinois étaient libellés en renminbi au premier semestre 2011, contre 0,7% un an plus tôt.

De même, les dépôts dans cette monnaie à Hongkong ont fait un bond de 64 milliards à 627 milliards de renminbi entre janvier 2010 et novembre 2011.

Néanmoins, quand elle quitte la Chine, cette monnaie reste une devise parallèle, intitulée CNH, dont la liquidité dépend entièrement de la Banque centrale chinoise. Seules les autorités monétaires de Hongkong disposent du droit d’en effectuer le règlement et la compensation. Des échanges de cette devise peuvent être effectués à Londres, mais leur compensation reste effectuée auprès des autorités monétaires de Hong­kong, dont les heures d’ouverture – bien que récemment étendues – restent limitées. «Toute la question est de savoir si un autre centre de règlement et compensation va être autorisé», explique David Bloom, stratégiste à HSBC et spécialise des devises. L’annonce de ce lundi semble indiquer que Londres est bien partie pour remporter cette bataille.

Selon David Bloom, la décision des autorités chinoises d’utiliser Londres est la deuxième étape d’une stratégie de long terme. «La première étape était que le commerce soit libellé en renminbi. C’est en partie chose faite. Maintenant, l’objectif est la financiarisation de cette devise.» C’est dans cette logique que les obligations dans cette monnaie se multiplient, et que les actions à Hong­kong sont également de plus en plus souvent en devise chinoise.

Néanmoins, la taille du marché demeure pour l’instant très limitée: l’équivalent de 5 milliards de dollars de CNH s’échange tous les jours, 250 fois moins que le marché du dollar. «L’annonce de ce lundi est avant tout un bon coup de publicité, qui arrange tout le monde: les Chinois qui indiquent qu’ils libéralisent et le gouvernement britannique qui montre qu’il promeut la City», note le spécialiste devises d’une grande banque américaine. Il ajoute cependant qu’à terme, si une vraie libéralisation de la devise chinoise se produit, Londres pourrait récolter les fruits de son travail actuel.

Par Eric Albert londres/ le temps janv12


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