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L’empire Romain et la sécurité sociale

L’empire Romain  et la sécurité sociale

Le concept d’Etat providence n’est pas nouveau. De même que ses dérives clientélistes.

A Rome existait, depuis l’an 123 avant Jésus Christ, un système, réservé aux seuls citoyens romains, et créé par celui qui aujourd’hui présenté comme le père de la sécurité sociale, Caius Graccus. Il consistait à fournir à un certain nombre de bénéficiaires, qui ne cessa d’augmenter, les distributions de blé gratuites, ou à prix très réduit.

L’empereur Auguste, conscient du caractère pernicieux de ce système, que Jules César lui-même avait vainement tenté de supprimer, écrivit: «J’ai pensé à supprimer pour toujours les distributions de blé parce que le peuple, comptant sur elles, abandonnait la culture de la terre: mais je ne mis pas mon projet à exécution, persuadé qu’elles seraient un jour rétablies par désir de la ferveur populaire».

Au sommet de sa puissance, Auguste lui-même n’osa pas supprimer l’Etat providence, parce que les bénéficiaires de ces aides étaient, avec l’armée et les autres membres de la fonction publique, les meilleurs appuis sur lesquels pouvait compter son régime. Au lieu de supprimer ce système d’assistance, qui ne profitait même pas à ceux qui en avaient le plus besoin, mais à ceux dont lui-même avait le plus besoin, Auguste ne cessa, au cours de son règne, d’augmenter le nombre des bénéficiaires, quitte à devoir, à cet effet, écraser l’Egypte d’impôts et confisquer le trésor des Ptolémée.

PLUS DE CLIENTELISME EN SUIVANT :

Au fil du temps, ce système de sécurité sociale fit de la quasi-totalité des habitants libres de Rome des assistés, et il incita même les propriétaires d’esclaves à les affranchir, pour qu’ils profitent de la manne impériale, tout en continuant bien sûr à prester pour leurs maîtres.  On est là au cour du système «clientéliste»: le pouvoir a besoin de l’appui d’une partie de la population et il paie cet appui au moyen des impôts payés par les autres. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la célèbre phrase de Tacite: «Coruptissima re publica, plurimae leges». Plus l’Etat est corrompu, plus on vote des lois, et, pour les appliquer, plus on vote des impôts. Cela ne veut pas dire que les dirigeants sont nécessairement corrompus, puisque Auguste, richissime, n’était pas corruptible, mais l’Etat, comme aujourd’hui, lui-même l’était, parce que ses décisions étaient vendues au profit de groupes qui en profitaient, et ce au détriment de la masse des contribuables.Rappelons à ce sujet qu’à Rome les impôts étaient payés par les peuples vaincus, et les prestations revenaient au peuple romain.

Ce système profita aux habitants de Rome, aux citoyens romains, et plus particulièrement aux membres de certains Ordres. Il fut étendu progressivement à d’autres prestations. Après le pain, il fallut l’huile, puis d’autres services, que nous appellerions aujourd’hui des «services publics», et qui, là aussi, étaient réputés être «gratuits». Or, aucun service n’est jamais gratuit: le coût de ceux qui sont qualifiés tels est simplement supporté par d’autres que leurs utilisateurs.

Sans le vouloir, la république, puis l’Empire romain fondèrent un système reposant sur ce principe bien connu des dirigeants du monde entier, et à toutes les époques: «Le chemin de la puissance passe par le service rendu».

L’Histoire a montré que lorsqu’un régime repose sur ce type de clientélisme et d’assistanat, il est toujours impossible d’y mettre fin: là où la puissance de César et d’Auguste n’a pas suffi, celle des empereurs qui ont suivi, comme celle, dans l’Occident d’aujourd’hui, de dirigeants, qui voudraient briser l’Etat providence, ne peut suffire non plus.

De tels systèmes ne s’effondrent que lorsqu’il n’est plus possible de trouver les ressources suffisantes pour acheter l’appui de la clientèle, électorale, militaire ou autre, qui représente les piliers du pouvoir. Celui-ci étant «fondé sur la force, il lui faut maintenir cette force dans un rapport raisonnable avec la masse dominée».

En d’autres termes, le pouvoir ne disparaît, comme ce fût le cas lors de la décadence de l’Empire romain, que lorsque ce qu’il est possible de prélever sur les dominés ne suffit plus à apaiser les demandes des «clients» assistés du pouvoir. (TA)

Thierry afschrift Université Libre de Bruxelles

Extrait du texte «Jusqu’où peut-on taxer les riches?», publié par l’Institut Constant de Rebecque. Texte intégral disponible sur www.institutconstant.ch

http://www.institutconstant.ch/paper.php?id=92


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7 réponses »

  1. Oui mais il y a une différence entre écraser d’impôts les peuples soumis et dominés comme l’Egypte pour favoriser une clientèle… et taxer les riches et ultra-riches pour redistribuer à ceux qui n’ont presque rien !!

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    • Le problème n’est pas qu’il y a des pauvres, mais qu’il n’y a pas assez de riches.
      La seule question que doit se poser le pauvre; que dois je faire pour m’en sortir ou espérer devenir riche un jour.
      Il faut avoir le courage de reconnaitre sa propre responsabilité dans son destin et de comprendre que nous avons ce que nous méritons.
      C’est pas toujours agréable à entendre.

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  2. Je me pose une question. Vous avez publier ce texte pour le dénoncer où parce qu’il correspond à votre analyse?

    Parce que bon, raconter l’Histoire dans le but de défendre un projet politique moderne, c’est un peu de la propagande de base, non?

    Pour des points aussi précis d’histoire je ferais davantage confiance en un historien qu’en un think tank libertarien.

    (Sans parler des anachronismes et différences de situations comme le pointe déjà Maya75)

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    • Tout d’abord je vous remercie de votre intéret et de votre question judicieuse….quand nous publions des articles, textes ici ou là autres d’auteurs que Bruno Bertez ou moi mème cela ne signifie pas que nous en partagions necessairement l’analyse ou le point de vue c’est que nous les trouvons intéressants compte tenu de l’angle de vue ou de l’originalité du contenu et succeptible dapporter un plus en termes d’opinions ou de regard….libre ensuite à chacun d’ètre ou ne pas ètre d’accord et d’apporter et si possible quelques arguments pour enrichir le débat….tout en préservant aussi le respect de l’autre surtout si il est d’opinion différente…..c’est pourquoi nous prenons soin de citer nos sources et invitons tout à chacun aussi daller voir ailleurs si l’herbe est vraiment plus verte afin de pouvoir se faire une opinion….

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  3. Oui comme dit coco c’est vraiment limite comme analyse… très orienté dans le sens du think tank libéral.
    L’Etat-Providence moderne c’est bien plus Bismarck et ses lois sociales, le droit syndical, la retraite, etc. que le « panem et circenses » (+ l’huile d’olives) des Romains….
    Les néo-libéraux revisitent là l’Histoire à leur sauce.

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    • Analyse limite ???
      Si vous dites ça, c’est parce que vous prenez le train en route…
      Peut être qu’il vous faut relire un article ici même qui reprenait les travaux de Fabry qui lui contrairement à vous, a fait tout un travail de recherche avant d’écrire un livre…
      Votre analyse à vous en revanche, n’est fondée que sur vos croyances attachées au communisme…
      Vos lois sociales comme vous dites… elles ont fini par conduire le pays à la faillite alors avant de cracher sur les thinks thanks libéraux, essayer de maîtriser la pensée libérale parce que la pensée communiste, dans les faits et non dans les théories, on voit où ça nous a mené…

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