Canada

Dollar, pétrole, hémisphère : la vraie guerre commence au Nord

Quand l’or noir sert à défendre la monnaie, discipliner les alliés et verrouiller l’Occident

Par THE WOLF

Il n’existe pas de morale en géopolitique.
Il n’existe que des rapports de force, des flux, et des systèmes monétaires à défendre.

Derrière le tumulte médiatique, les indignations humanitaires et les récits de narcotrafic ou de démocratie violée, une constante demeure :
la survie du dollar comme pivot du système financier mondial.

Et dans cette bataille silencieuse, le pétrole n’est pas une marchandise.
C’est une arme stratégique, une clé monétaire, un outil de discipline impériale.


I. Le péché originel : 1971–1974, naissance du pétrodollar

En 1971, Nixon met fin à l’étalon-or.
Le dollar devient une monnaie fiduciaire, adossée non plus à un métal, mais à la confiance — donc à la puissance.

Trois ans plus tard, Henry Kissinger scelle l’accord fondamental avec l’Arabie saoudite :

  • protection militaire américaine
  • contre vente exclusive du pétrole en dollars

Ce compromis devient rapidement un standard mondial.
Le pétrole, ressource vitale de l’économie industrielle, ne peut être acheté qu’en USD.

C’est la naissance du pétrodollar.

Conséquence immédiate :

  • tous les pays importateurs doivent détenir des réserves de dollars
  • la demande mondiale de USD devient structurelle
  • les États-Unis peuvent financer déficits, armée, technologie et consommation sans subir de contrainte classique

Le dollar cesse d’être une monnaie nationale.
Il devient l’infrastructure du monde.


II. Le Venezuela : anomalie stratégique majeure

Dans ce système, le Venezuela est une aberration géopolitique.

Avec 303 milliards de barils de réserves prouvées, il détient :

  • plus de pétrole que l’Arabie saoudite
  • près de 20 % des réserves mondiales

À partir de 2018, Caracas amorce un tournant clair :

  • acceptation de devises alternatives (CNY, EUR, RUB)
  • circuits de paiement hors SWIFT
  • rapprochement avec Chine, Russie, Iran
  • volonté affichée d’intégrer les BRICS

Le danger n’est pas immédiat.
Il est systémique.

Un Venezuela capable de vendre durablement son pétrole hors USD :

  • crée un précédent crédible
  • offre une masse critique suffisante
  • accélère les infrastructures alternatives (CIPS, mBridge, monnaies locales)

Ce n’est pas une rébellion marginale.
C’est une faille dans l’architecture monétaire mondiale.


III. Le précédent irakien et libyen : la leçon oubliée

L’histoire est têtue.

  • 2000 : Saddam Hussein vend son pétrole en euros
  • 2003 : invasion, changement de régime, retour au dollar
  • 2009 : Kadhafi propose un dinar africain adossé à l’or
  • 2011 : intervention OTAN, assassinat, disparition du projet

À chaque fois :

  • justification morale a posteriori
  • résultat monétaire immédiat

Le Venezuela, dans cette lecture, coche toutes les cases :

  • ressources massives
  • alignement avec puissances dédollarisantes
  • capacité de nuisance à long terme

IV. Narcotrafic, démocratie, terrorisme : des alibis fonctionnels

Les arguments officiels convainquent mal.

  • Le Venezuela joue un rôle marginal dans l’approvisionnement en drogues des États-Unis
  • Washington soutient sans complexe des régimes non démocratiques quand ses intérêts l’exigent
  • L’argument moral est sélectif, donc instrumental

Ce qui est réellement en jeu :


V. Le pétrole lourd : pression silencieuse sur le Canada

C’est ici que le tableau devient plus subtil — et plus inquiétant pour les alliés.

Les États-Unis importent :

  • 6,6 millions de barils/jour
  • dont 4 millions de pétrole lourd

Ce pétrole lourd provient essentiellement :

  • du Canada
  • du Mexique

Or :

  • le Venezuela produit lui aussi un pétrole lourd
  • environ 1 à 1,1 million de barils/jour
  • dont 0,6 à 0,7 million exportables

Si ces flux sont redirigés vers les États-Unis, Washington :

  • réduit sa dépendance au Canada
  • se dote d’un levier de négociation majeur
  • discipline un allié devenu trop aligné sur les normes mondialistes

Le message est clair :


VI. Défense hémisphérique : le retour de la doctrine Monroe durcie

L’opération s’inscrit dans une logique plus large :

  • sécurisation de l’hémisphère occidental
  • neutralisation des influences chinoises et russes
  • contrôle des routes énergétiques
  • stabilisation monétaire par la force des flux

Comme au Panama en 1989 :

  • narcotrafic en façade
  • contrôle stratégique en profondeur

La géopolitique ne change pas.
Elle s’actualise.


Conclusion : le pétrole comme arme monétaire totale

Derrière chaque baril se cache :

  • une monnaie
  • une alliance
  • une hiérarchie

Le Venezuela n’est pas seulement un État défaillant.
Il est un nœud systémique.

Et le Canada, malgré son image policée, découvre une vérité brutale :


Phrase de clôture – Blog à Lupus

Postface — La vérité nue de l’Empire

Il faut cesser de faire semblant.
La géopolitique n’est ni un tribunal moral, ni un séminaire de sciences sociales, ni un colloque humanitaire sponsorisé par Davos.

Elle est l’art brutal de la survie des puissances.

Le Venezuela n’a pas été ciblé parce qu’il serait « mauvais ».
Il l’a été parce qu’il était dangereux — non militairement, mais monétairement.
Parce qu’il menaçait un ordre invisible que les peuples ne voient pas, mais que les empires défendent jusqu’à la dernière goutte de sang… des autres.

Le dollar n’est pas une monnaie.
C’est une architecture de domination.
Le pétrole n’est pas une énergie.
C’est un serment d’allégeance.

Et l’hémisphère occidental n’est pas une zone géographique :
c’est une chasse gardée, sanctuarisée par la force, verrouillée par les flux, nettoyée de toute tentation d’émancipation monétaire.

Les Européens, eux, regardent ailleurs.
Ils parlent climat, normes, inclusion, morale universelle.
Pendant ce temps, l’Histoire revient, armée, monétaire, cynique — et ne leur demandera pas leur avis.

Ceux qui crient au scandale découvrent trop tard une loi immuable :

Le Venezuela est un avertissement.
Le Canada un rappel à l’ordre.
L’Europe une variable d’ajustement.

Et le monde entre dans une ère où la neutralité n’existe plus,
la souveraineté se paie en énergie,
et où le dollar, avant de tomber, mordra encore.

C’est cela, le réel.
Tout le reste n’est que littérature de déclin.

Bande-son recommandée : John Lennon – “Gimme Some Truth”.
Quand la morale sert d’écran de fumée, il reste la vérité nue, abrasive, politique.

Pourquoi ce morceau :

  • Dénonciation frontale du mensonge politique : Lennon vise explicitement les élites, les manipulations, la langue de bois — exactement le cœur de mon analyse sur la géopolitique du pétrole et la rhétorique morale qui masque les rapports de force.
  • Tonalité sèche, presque pamphlétaire : pas de lyrisme inutile, pas de mystique new age — une exigence de vérité brute, compatible avec l’angle Blog à Lupus.
  • Symbolique forte : Lennon, souvent récupéré par le camp mondialiste, ici réarmé comme figure de la vérité contre l’Empire des faux-semblants.
  • Rythme tendu, nerveux : accompagne bien un texte d’analyse stratégique, sans le diluer dans l’émotion.
Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant

€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00

Ou saisissez un montant personnalisé :


Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

En savoir plus sur Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

5 réponses »

  1. 💣 PÉTROLE, DOLLAR, HÉMISPHÈRE : LA VÉRITÉ IMPÉRIALE QUE L’ON VOUS CACHE

    On vous parle de démocratie.
    On vous vend des droits de l’homme.
    On agite le narcotrafic, la morale, la vertu.

    Mais derrière le rideau, il n’y a qu’une seule réalité :
    👉 le pétrole comme arme,
    👉 le dollar comme chaîne,
    👉 l’hémisphère occidental comme forteresse.

    Le Venezuela n’est pas tombé pour ce qu’il est,
    mais pour ce qu’il menaçait :
    le cœur du système pétrodollar, pilier invisible de la puissance américaine depuis 1974.

    Dans ce nouvel article du Blog à Lupus, je démonte pièce par pièce :

    • pourquoi le pétrole reste l’ultime levier géopolitique,
    • comment la dédollarisation est traitée comme un acte de guerre,
    • en quoi la pression sur Caracas vise aussi Ottawa,
    • et pourquoi les Européens, une fois encore, regardent l’Histoire passer sans la comprendre.

    👉 La géopolitique n’est pas morale. Elle est monétaire.
    👉 Le dollar ne négocie pas. Il sanctionne.
    👉 L’Empire ne s’excuse jamais.

    À lire pour comprendre le monde tel qu’il est,
    pas tel que Davos voudrait qu’on l’imagine.

    Aimé par 1 personne

  2. Chevron se distingue nettement parmi les grandes compagnies pétrolières américaines, grâce à sa position unique au Venezuela. L’entreprise produit déjà un quart de la production pétrolière du pays en vertu d’une exemption de sanctions américaines et exporte du pétrole brut, ce qui lui confère un avantage opérationnel et réglementaire inégalé par les autres grandes compagnies pétrolières.

    Conformément à la doctrine Don-Roe, Chevron a affrété une flotte de pétroliers qui devraient arriver au Venezuela plus tard ce mois-ci, renforçant ainsi son rôle d’acteur dominant, pour l’instant, et de voie d’acheminement essentielle du pétrole brut vénézuélien vers les raffineries américaines situées le long du golfe d’Amérique.

    Principaux points saillants du rapport de Bloomberg qui a révélé en premier lieu que les 11 pétroliers de Chevron se dirigeaient vers le Venezuela :

    Le nombre de navires affrétés par Chevron est le plus élevé depuis octobre et est en hausse par rapport aux neuf de décembre, avec des arrivées prévues dans les ports de José et de Bajo Grande.

    Sur les 11 navires de Chevron, un a déjà chargé du pétrole brut et deux sont actuellement à quai ; le pétrole est destiné à des raffineries américaines, notamment Valero Energy, Phillips 66 et Marathon Petroleum.

    Chevron opère sous licence du Trésor américain et reste la seule entreprise occidentale autorisée à produire et à exporter du pétrole brut vénézuélien malgré les sanctions américaines.

    Chevron a affrété une flotte de navires qui fait route vers le Venezuela, en tant que seul exportateur officiel depuis la chute de Maduro. Chevron qui préparerait par ailleurs, allié à Quantum Energy, une offre de 22 milliards de dollars pour les actifs internationaux de Lukoil, selon le FT.

    Les cours du pétrole brut Brent ont chuté après qu’un message publié sur Truth Social par le président Trump a indiqué que des responsables vénézuéliens allaient transférer « 30 à 50 millions de barils de pétrole de haute qualité, soumis à des sanctions » aux États-Unis.

    « Ce pétrole sera vendu à son prix de marché, et cet argent sera contrôlé par moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, afin de garantir qu’il profite aux peuples du Venezuela et des États-Unis », a déclaré Trump.

    Il a ajouté : « J’ai demandé au secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, de mettre ce plan à exécution immédiatement. Le pétrole sera transporté par des navires de stockage et acheminé directement vers les quais de déchargement aux États-Unis . »

    Contrairement à l’Iran, l’infrastructure pétrolière vénézuélienne a effectivement souffert d’années de sous-investissement. Comme nous l’avons évoqué lors de notre réunion d’experts sur le Venezuela en 2022, une augmentation de la production d’environ 0,5 Mb/j pourrait être réalisée relativement rapidement, mais le retour à 2,5 Mb/j pourrait prendre jusqu’à 10 ans. Cela exigerait des investissements majeurs et, pour que les entreprises puissent les réaliser, une stabilité politique est indispensable, or celle-ci demeure incertaine à ce stade. Les précédents de changements de régime menés ou soutenus par les États-Unis dans les pays producteurs de pétrole montrent à quel point cela peut être complexe (voir figure 2). L’Irak est parvenu à augmenter sa production, mais il convient de noter que c’était dans un contexte de croissance de la demande de pétrole différent ; un Brent à 60 $ ne permet pas d’investissements de croissance significatifs et le paysage et le modèle économique des producteurs américains sont très différents. Parallèlement, la Libye n’a pas encore retrouvé ses niveaux de production d’avant 2011…

    Selon Bloomberg , le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis pourraient subventionner les compagnies pétrolières américaines pour aider à reconstruire le secteur énergétique vénézuélien, arguant que ce plan renforcerait la reprise du Venezuela et protégerait les intérêts économiques américains après la destitution de Nicolás Maduro .

    Dans une interview accordée lundi à NBC News, Trump a déclaré que les entreprises américaines pourraient avoir des opérations étendues dans le pays « opérationnelles » en moins de 18 mois – un calendrier qui contredit fortement les estimations des experts selon lesquelles la reconstruction pourrait prendre une décennie et coûter plus de 100 milliards de dollars.

    « Je pense que nous pouvons le faire en moins de temps, mais cela coûtera très cher », a déclaré Trump. « Il faudra dépenser des sommes colossales, ce sont les compagnies pétrolières qui les dépenseront, et elles seront ensuite remboursées par nous ou par les recettes fiscales. »

    Trump a refusé de dire s’il avait parlé avec des dirigeants d’Exxon Mobil, de Chevron ou de ConocoPhillips, ajoutant seulement : « Je parle à tout le monde. »

    Selon Bloomberg , Trump a déclaré qu’une augmentation de la production vénézuélienne contribuerait à faire baisser les prix mondiaux du pétrole. « Avoir un Venezuela producteur de pétrole est une bonne chose pour les États-Unis, car cela permet de maintenir le prix du pétrole à un niveau bas », a-t-il affirmé.

    Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, devrait rencontrer cette semaine des dirigeants du secteur pétrolier lors de la conférence Goldman Sachs sur l’énergie, les technologies propres et les services publics à Miami, où seront présents de hauts responsables des principales entreprises.

    Le Venezuela a aussi les plus fortes réserves au monde de métaux rares et ces réserves commençaient à être développées par les industriels Chinois pour être ensuite commercialisées par la Chine et donc renforcer le monopole de la Chine sur les terres rares, ce qui était totalement inacceptable pour les Etats-Unis

    Pour aggraver leur cas, les dirigeants Vénézuéliens avaient autorisé la création sur leur territoire d’une usine de drones Iraniens à longue portée (1500 km), ce qui mettait Miami et la Floride en risque.

    J’aime

  3. Un argument majeur de l’administration Trump en faveur d’une intervention militaire au Venezuela s’affaiblit aujourd’hui, le ministère de la Justice ayant renoncé à l’idée que le président Nicolas Maduro, actuellement en détention, était à la tête d’un cartel de la drogue organisé appelé Cartel de los Soles.  Le ministère affirme désormais que l’expression « Cartel de los Soles » décrit simplement une « culture de la corruption » alimentée par le trafic de drogue.

    Il ne s’agit pas d’une question de sémantique : le Trésor et le Département d’État ont tous deux officiellement désigné ce groupe inexistant comme organisation terroriste . Ce dernier développement semble confirmer, au moins en partie, les doutes exprimés par les observateurs extérieurs et accréditer les démentis du gouvernement vénézuélien. En novembre, le ministre des Affaires étrangères du pays a déclaré  « rejeter catégoriquement cette nouvelle et ridicule invention » par laquelle le secrétaire d’État Marco Rubio aurait « désigné le Cartel de los Soles, un groupe inexistant, comme organisation terroriste »

    Malgré le revirement du ministère de la Justice, Rubio employait encore la même rhétorique dimanche, qualifiant le « Cartel do los Soles » d’« organisation criminelle » et Maduro de « chef de ce cartel ». 

    Un élément crucial manquait à l’acte d’accusation modifié : si la cocaïne y est mentionnée 67 fois, le fentanyl,  une drogue pourtant maintes fois invoquée par l’administration et ses alliés pro-vénézuéliens pour justifier la destruction des prétendus bateaux vénézuéliens transportant de la drogue et, plus largement, la volonté de changement de régime, n’y est pas fait mention. Or, les critiques n’ont cessé de souligner que le Venezuela n’a jamais été un important producteur ni un important pays de transit de fentanyl,  un fait que  même la DEA reconnaît . 

    Après le raid au Venezuela, le vice-président JD Vance a tenté de contrer les moqueries concernant les motivations prétendument liées à la drogue de l’administration – moqueries qui proviennent en grande partie d’une frange non interventionniste croissante de la droite américaine. « La cocaïne, principale drogue exportée du Venezuela, est une source de profits pour tous les cartels d’Amérique latine. Si l’on coupe les vivres à la cocaïne (ou même si on les réduit), on affaiblit considérablement les cartels. Et puis, la cocaïne, c’est mal ! » 

    J’aime

Laisser un commentaire