Quand les grandes puissances assument enfin la vérité de la géopolitique
Il aura fallu une « opération militaire spéciale » américaine au Venezuela pour que tombe enfin le dernier voile.
Celui de l’illusion morale.
Celui du « droit international » invoqué à géométrie variable.
Celui de l’« ordre fondé sur des règles » qui n’a jamais été qu’un langage de substitution au rapport de force.
Ce que Washington vient de faire à Caracas — capture d’un chef d’État, remplacement par une figure de transition, reprise du contrôle stratégique des ressources et des alliances — est exactement ce que Moscou revendique depuis 2022 en Ukraine.
La différence ?
👉 Les États-Unis l’assument désormais ouvertement.
👉 L’Europe continue de faire semblant de ne pas comprendre.

I — L’équivalence que personne ne veut voir
Posons la question frontalement, sans détour :
Peut-on comparer l’opération américaine au Venezuela à l’opération russe en Ukraine ?
Oui.
Et c’est précisément ce que l’establishment occidental refusait jusqu’ici d’admettre.
Dans les deux cas :
- une grande puissance estime que son environnement immédiat devient hostile ;
- elle considère que des puissances rivales exploitent cet espace (Russie/Chine/Iran d’un côté, OTAN de l’autre) ;
- elle agit militairement ou coercitivement pour restaurer sa sphère d’influence ;
- elle justifie son action par des arguments sécuritaires, moraux, ou juridiques, variables selon le public.
Ce que l’UE aurait condamné sans appel si la Russie avait capturé Zelensky, elle l’accepte — en silence ou avec gêne — lorsque Maduro est arrêté par les États-Unis.
La seule différence réelle n’est pas juridique.
Elle est impériale.
II — La fin de la mascarade morale
Pendant trente ans, Washington s’est abrité derrière :
- la démocratie,
- les droits de l’homme,
- le droit international,
- l’« ordre fondé sur des règles ».
Mais cette grammaire est désormais épuisée.
L’administration Trump 2.0 ne cherche même plus à prétendre :
- elle parle de sphère d’influence,
- de doctrine Monroe réactualisée,
- de sécurité hémisphérique,
- de ressources stratégiques,
- de désengagement des rivaux systémiques.
C’est brutal.
C’est choquant pour les Européens.
Mais c’est honnête.
Comme l’écrivait Carl Schmitt :
« Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. »
Washington vient de décider.
Et il ne s’en cache plus.
III — Venezuela : un pivot géopolitique, pas un prétexte moral
Les arguments avancés depuis des mois — narcotrafic, terrorisme, fentanyl — se sont effondrés les uns après les autres.
Les propres données de la DEA le confirment :
- le fentanyl vient de Chine, d’Inde et du Mexique ;
- le Venezuela n’est ni un hub majeur, ni un producteur clé ;
- le fameux « Cartel de los Soles » est désormais reconnu comme une culture de corruption, non une organisation structurée.
👉 La drogue n’était pas la cause.
👉 Elle n’était qu’un narratif.
Les vraies raisons sont ailleurs :
- les plus grandes réserves de pétrole au monde ;
- des gisements majeurs de terres rares ;
- un ancrage croissant dans l’orbite Chine–Russie–Iran ;
- une capacité de nuisance monétaire et stratégique face au dollar ;
- l’installation d’infrastructures militaires iraniennes, notamment des drones longue portée.
Pour Washington, le seuil de tolérance a été franchi.
IV — La sphère d’influence : retour au réel
Ce que révèle l’opération vénézuélienne, c’est la normalisation d’un principe longtemps nié :
👉 Les grandes puissances ont des zones vitales.
👉 Elles les défendent.
👉 Et elles neutralisent l’influence adverse.
Les États-Unis parlent désormais de leur « arrière-cour ».
La Russie parle de son « étranger proche ».
La Chine parle de « réunification » et de « routes stratégiques ».
La différence ?
👉 Les États-Unis n’essaient plus de déguiser cela en mission morale universelle.
C’est une rupture historique.
V — Hégémonie malveillante ou hégémonie assumée ?
Un article de d’Andrew Korybko pose une question centrale :
Les États-Unis vont-ils répéter les erreurs de leur hégémonie malveillante passée ?
C’est le vrai enjeu.
- Une hégémonie brutale génère toujours des résistances.
- Une hégémonie stabilisatrice, assumée mais contenue, peut durer.
La Russie, depuis 2008, teste ce modèle dans son voisinage.
Les États-Unis semblent désormais vouloir l’adapter à leur propre aire stratégique.
Le Venezuela devient alors :
- un exemple,
- un signal,
- un avertissement.
VI — Le choc systémique pour l’Europe
Ce tournant est un séisme idéologique pour l’Europe.
Car si :
- la Russie agit comme une puissance,
- la Chine agit comme une puissance,
- les États-Unis assument enfin d’agir comme une puissance,
👉 alors l’Europe apparaît pour ce qu’elle est devenue :
- un espace juridique sans souveraineté,
- un marché sans puissance,
- une morale sans force.
L’opération vénézuélienne signe la mort définitive de l’illusion européiste selon laquelle le monde serait régi par le droit et non par la force.
VII — La vérité nue de la géopolitique
Ce que cette séquence révèle, au fond, est simple :
- les grandes puissances poursuivent leurs intérêts ;
- la légitimité est toujours auto-déclarée ;
- le droit suit toujours la puissance ;
- la morale est un langage secondaire.
Trump 2.0 ne cherche plus à plaire.
Il cherche à durer.
Et c’est précisément cela qui dérange.

Postface — La fin de l’enfance géopolitique
L’opération américaine au Venezuela n’est ni un scandale, ni une aberration.
C’est un retour au réel.
Elle marque la fin d’une époque où l’on feignait de croire que :
- les empires avaient disparu,
- la force était obsolète,
- le monde était gouverné par des normes abstraites.
Nous entrons dans un âge où :
- la puissance se nomme,
- la souveraineté s’impose,
- les sphères d’influence se redessinent.
Ce monde est plus dangereux.
Mais il est moins hypocrite.
Et pour la première fois depuis longtemps, l’Empire ne ment plus sur sa nature.
Phrase manifeste
Quand les grandes puissances cessent de mentir, le monde redevient tragique — mais intelligible.

**INFOGRAPHIE — VENEZUELA, UKRAINE :
LA GÉOPOLITIQUE À NU (FIN DE L’HYPOCRISIE)**
1. PRINCIPE FONDATEUR
Les grandes puissances ne défendent pas des valeurs.
Elles défendent des zones vitales.
- Sécurité
- Ressources
- Influence
- Continuité impériale
Le reste n’est que narration.
2. DEUX OPÉRATIONS, UNE LOGIQUE
| États-Unis – Venezuela | Russie – Ukraine |
|---|---|
| « Opération spéciale » | « Opération spéciale » |
| Capture d’un dirigeant | Tentative de neutralisation du pouvoir |
| Transition imposée | Reconfiguration politique |
| Sphère d’influence américaine | Sphère d’influence russe |
| Doctrine Monroe | Étranger proche |
➡️ Même grammaire stratégique, discours différents.
3. LE MYTHE DES JUSTIFICATIONS MORALES
Narratifs invoqués :
- Droits de l’homme
- Démocratie
- Lutte contre la drogue / le terrorisme
- Ordre international
Réalité observée :
- Sélectivité
- Opportunisme
- Instrumentalisation
- Abandon dès que la puissance décide
4. POURQUOI LE VENEZUELA ? (LES VRAIES RAISONS)
Ressources
- 1ères réserves mondiales de pétrole
- Réserves stratégiques de terres rares
Alignements
- Chine
- Russie
- Iran
- BRICS / dédollarisation
Seuil de tolérance franchi
- Drones iraniens longue portée
- Infrastructure militaire étrangère
- Menace indirecte sur le dollar et l’hémisphère
5. LE FLOP DES “ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE 2.0”
| Argument | Réalité (DEA, Statista) |
|---|---|
| Fentanyl vénézuélien | Faux |
| Hub cocaïne majeur | Marginal (~8%) |
| Cartel structuré | Abandonné juridiquement |
➡️ Narratif abandonné, opération maintenue.
6. CE QUE WASHINGTON ASSUME DÉSORMAIS
- Fin de l’« ordre fondé sur des règles »
- Retour explicite à la sphère d’influence
- Hyperréalisme stratégique
- Priorité à la puissance, pas à la pédagogie morale
7. IMPACT SYSTÉMIQUE
Pour Cuba
- Asphyxie énergétique
- Soumission probable
Pour la Chine
- Signal dissuasif BRICS
- Risque sur les routes énergétiques
Pour la Russie
- Perte d’équipements
- Précédent dangereux
8. LE GRAND PERDANT : L’EUROPE
- Aucun levier réel
- Discours moral sans force
- Dépendance stratégique
- Incohérence totale face au réel
➡️ Marché sans empire. Normes sans puissance.
9. NOUVELLE RÈGLE DU JEU
La légitimité n’est plus déclarée par le droit,
mais par la capacité à imposer un ordre.
10. CONCLUSION
Le Venezuela n’est pas une exception.
C’est un précédent.
- L’âge post-historique est terminé
- Les empires reviennent
- La géopolitique redevient tragique
- Le masque moral tombe
FORMULE DE CLÔTURE
« Quand la puissance cesse de mentir,
le monde redevient dangereux — mais lisible. »

SIMPLE MINDS REAL TO REAL
Pourquoi Real to Real fonctionne parfaitement
- Retour du réel : le titre dit exactement ce que l’article démontre — la fin des récits anesthésiants et le choc avec la réalité brute du pouvoir.
- Post-punk froid, industriel, sans lyrisme facile : une musique de transition historique, à l’image du basculement géopolitique décrit.
- Énergie nerveuse, presque mécanique : elle accompagne le moment où l’Empire cesse de parler morale et recommence à parler souveraineté.
- Simple Minds période fondatrice : avant la pop, avant le consensus — comme le monde d’avant l’illusion post-historique.
Fonction éditoriale
Real to Real agit comme :
- une mise en tension intellectuelle,
- un contrepoint sonore à la chute des fictions,
- une signature sonore de fin d’innocence géopolitique.

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Venezuela, Ukraine : la géopolitique à nu.
Pendant des décennies, on nous a vendu une fable :
celle d’un monde régi par le droit, la morale et des « règles communes ».
L’opération américaine au Venezuela vient de déchirer le décor.
Capture d’un chef d’État, transition imposée, ressources sécurisées, alliances redessinées :
ce que l’Occident condamnait hier chez Moscou, Washington l’assume aujourd’hui sans fard.
Ce n’est ni la démocratie, ni la drogue, ni le terrorisme qui expliquent cette opération.
C’est la sphère d’influence, la sécurité hémisphérique, le pétrole, les terres rares,
et le refus de voir une zone vitale passer sous contrôle chinois, russe ou iranien.
L’hypocrisie morale s’effondre.
La géopolitique redevient tragique, brutale, lisible.
👉 Un article long, documenté et sans anesthésie intellectuelle.
👉 Pour comprendre ce que signifie le retour assumé des empires.
👉 Et pourquoi l’Europe, encore une fois, regarde l’histoire passer sans y participer.
Lire sur le Blog à Lupus.
#Venezuela #Géopolitique #Empire #TS2F #SphèreDInfluence #FinDesIllusions #RéalismePolitique
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Ce que révèle l’épisode vénézuélien n’est pas un scandale de plus, mais une mutation.
Pendant trop longtemps, nous avons confondu le langage avec le réel, la norme avec la force, la morale proclamée avec la souveraineté effective. L’histoire, elle, n’a jamais cessé d’obéir à une loi simple : les puissances organisent leurs zones vitales, puis justifient après coup.
Le monde « fondé sur des règles » n’était pas faux ; il était conditionnel. Il fonctionnait tant que la puissance dominante acceptait d’en porter le masque. Quand le masque tombe, ce n’est pas le chaos qui surgit, mais la lisibilité tragique des rapports de force.
Nous entrons dans une ère où les mots redeviennent dangereux parce qu’ils cessent d’être décoratifs. Une ère où l’on ne juge plus les actes à l’aune des proclamations, mais à celle des conséquences. Une ère où la souveraineté n’est plus un droit abstrait, mais une capacité concrète.
Ce retour du réel n’est ni moral ni immoral. Il est politique.
Et le politique, quand il revient, n’avertit jamais.
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Le président américain Trump a publié le message suivant : « Je viens d’apprendre que le Venezuela n’achètera que des produits américains grâce aux fonds provenant de notre nouvel accord pétrolier. Ces achats comprendront notamment des produits agricoles américains, des médicaments, des dispositifs médicaux et des équipements américains destinés à améliorer le réseau électrique et les infrastructures énergétiques du Venezuela. En d’autres termes, le Venezuela s’engage à faire affaire avec les États-Unis d’Amérique comme principal partenaire – un choix judicieux et une excellente nouvelle pour le peuple vénézuélien et pour les États-Unis. »
La Maison Blanche a déclaré, au sujet de la Russie et de la Chine, que le président Trump entretenait de bonnes relations personnelles avec elle et qu’il entendait les maintenir. Elle a également indiqué, concernant le Groenland, que le président Trump et son équipe de sécurité nationale examinaient activement la question et discutaient des modalités d’un éventuel achat.
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