Il est des événements qui ne valent pas seulement par ce qu’ils produisent, mais par ce qu’ils révèlent.
La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis appartient à cette catégorie rare : celle des actes qui, en quelques heures, font s’effondrer des décennies de discours, de normes proclamées et de fictions juridiques.
L’onde de choc ne s’est pas limitée à l’Amérique latine. Elle a traversé la planète, atteint Pékin, Téhéran, Bruxelles — et surtout Moscou, où experts stratégiques, blogueurs militaires et idéologues eurasistes ont compris avant beaucoup d’Occidentaux ce qui venait de se produire : la fin officielle de la mascarade juridique internationale.

I. La capture de Maduro : un acte impérial, pas une exception
Les États-Unis n’ont pas « agi » au Venezuela.
Ils ont exercé.
Exercé quoi ?
Le droit fondamental que toutes les grandes puissances se réservent lorsque leur survie stratégique est en jeu : le droit de réaffirmer leur sphère d’influence.
Le discours moral a servi de paravent — narcotrafic, corruption, terrorisme — mais l’essentiel est ailleurs. Washington n’a même plus cherché à se réfugier derrière l’« ordre international fondé sur des règles ». Il a assumé, presque brutalement, ce que les États-Unis avaient toujours fait, mais en le dissimulant mieux : imposer leur volonté dans leur arrière-cour.
Le Venezuela n’est pas un État lointain. Il est situé au cœur de la doctrine Monroe, au croisement du pétrole, des métaux rares, des routes maritimes et de la sécurité hémisphérique.
À partir de ce moment, toute tentative de Caracas de basculer durablement dans l’orbite sino-russo-iranienne devenait intolérable pour Washington.
II. Le séisme vu de Russie : quand l’hypocrisie occidentale éclate
Ce sont paradoxalement les Russes qui ont le mieux compris la portée de l’événement.
Alexandre Douguine, figure centrale du camp eurasiste, l’a formulé sans détour :
« La capture de Maduro démontre que le droit international n’existe plus. Seule la loi de la force s’applique. »
Pour Moscou, le parallèle est évident.
Si Washington peut capturer un chef d’État jugé « illégitime » dans sa sphère d’influence, alors toute condamnation occidentale d’une action russe similaire devient purement rhétorique.
Les blogueurs militaires russes ont été encore plus explicites. Certains ont dénoncé la lenteur de Moscou en Ukraine, la prudence excessive, l’absence de frappe décisive contre le sommet du pouvoir ukrainien. Le Venezuela devient, dans leur lecture, un miroir cruel :
— rapidité,
— efficacité,
— absence de justification juridique complexe,
— résultat immédiat.
La conclusion russe est limpide : les États-Unis ont montré ce qu’ils feraient sans se mentir à eux-mêmes.
III. Opération spéciale américaine, opération spéciale russe : le même monde réel
La comparaison devient alors inévitable.
Les États-Unis parlent de « sécurité hémisphérique ».
La Russie parle de « sécurité stratégique ».
Les mots diffèrent, la logique est identique.
Dans les deux cas :
- un voisin est accusé d’abriter des forces hostiles,
- l’ordre juridique est invoqué puis contourné,
- la puissance agit d’abord, explique ensuite.
L’Union européenne aurait condamné avec fureur une éventuelle capture de Zelensky par la Russie. Elle accepte, sans broncher, celle de Maduro par Washington. Non parce que l’un serait « légitime » et l’autre non, mais parce que la légitimité n’est plus qu’un instrument narratif.
La vérité nue, désormais assumée, est celle-ci :
les grandes puissances ne défendent pas le droit, elles défendent leur zone vitale.
IV. Forteresse Amérique : la dimension maritime oubliée
L’arraisonnement d’un pétrolier battant pavillon russe dans l’Atlantique marque un tournant supplémentaire.
Ce n’est plus seulement la terre ou l’air qui sont concernés : la mer devient l’outil central de la souveraineté impériale américaine.
En imposant un blocus extraterritorial sur le pétrole vénézuélien, Washington réactive une logique de contrôle total :
- des flux énergétiques,
- des routes maritimes,
- des marchés régionaux.
La « Forteresse Amérique » n’est pas un slogan. C’est une architecture stratégique complète, pensée pour permettre aux États-Unis de survivre même dans un monde fragmenté, hostile ou multipolaire.
Cette stratégie implique un coût immense :
— le risque d’incidents avec la Russie,
— la fin du respect formel du droit international,
— l’abandon définitif de l’illusion universaliste.
Washington accepte ce coût. Parce que l’alternative serait pire : le déclassement stratégique.
V. Les conséquences globales : Cuba, Chine, Russie sous pression
Le Venezuela n’est qu’un nœud.
Pour Cuba, la perte du pétrole subventionné signifie une asphyxie accélérée.
Pour la Chine, c’est un avertissement clair : ses investissements dans les Amériques ne sont tolérés que tant qu’ils ne remettent pas en cause l’ordre monétaire et énergétique américain.
Pour la Russie, c’est une démonstration brutale : hors de sa zone militaire directe, elle ne peut pas contester la projection américaine.
Le message est limpide :
« Nous laissons faire ailleurs, mais ici, c’est chez nous. »
VI. La fin du théâtre moral
Ce qui rend cette séquence historique, ce n’est pas la violence — elle a toujours existé — mais la disparition du masque.
Les États-Unis ne parlent plus de démocratie universelle.
Ils parlent de sphère d’influence.
Ils ne promettent plus un ordre fondé sur des règles.
Ils imposent leurs règles.
C’est brutal, dangereux, instable — mais honnête, au sens géopolitique du terme.
Conclusion : l’âge impérial sans fard
La capture de Maduro n’est pas un accident.
C’est un acte fondateur.
Elle marque l’entrée officielle dans un monde où :
- le droit est subordonné à la puissance,
- la morale est un outil narratif,
- la souveraineté est défendue par la force, non par des traités.
Les Russes l’ont compris.
Les Chinois en tirent déjà les leçons.
L’Europe, elle, continue de parler.
L’ère des illusions est terminée.
L’ère des Empires est revenue.

FISCHER Z Remember Russia
Remember Russia fonctionne comme une contre-bande sonore géopolitique : froide, tendue, presque documentaire.
Ce n’est ni un hymne, ni une provocation gratuite, mais un chant de lucidité post-impériale, exactement dans l’esprit de la séquence que l’on décrit ici
Pourquoi ce morceau :
- Climat : new wave sombre, anxiogène, mécanique — idéal pour accompagner l’idée de Forteresse Amérique et de retour des sphères d’influence.
- Sous-texte : la Russie n’est pas un ennemi fantasmé mais un acteur structurel, une constante stratégique que l’Occident feint de redécouvrir.
- Ironie historique : écrit pendant la Guerre froide, le titre résonne aujourd’hui comme une prophétie recyclée, preuve que l’Histoire ne progresse pas, elle revient.
En bande-son de l’article, Remember Russia agit comme un rappel glaçant :
les empires peuvent changer de discours, ils ne changent jamais de logique.

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Catégories :DOCTRINE DON-ROE, Droit, Etats-Unis, Géopolitique Friction, Russie, Vénézuela













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VENEZUELA : LE MOMENT OÙ LE DROIT S’EFFACE, OÙ LES EMPIRES PARLENT
La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis n’est pas un épisode latino-américain de plus.
C’est un séisme géopolitique mondial.
Ce qui se joue dépasse Caracas :
👉 fin assumée de la fiction du droit international,
👉 retour frontal des sphères d’influence,
👉 acceptation explicite de la loi de la force comme principe d’ordre,
👉 choc stratégique jusque dans les cercles russes, où blogueurs militaires et penseurs eurasistes dénoncent désormais l’échec de Moscou à avoir agi de la même manière à Kiev.
Quand Douguine lui-même parle d’un « défi critique et urgent pour la Russie », ce n’est pas une réaction émotionnelle :
c’est le signe que l’acte américain a déplacé la ligne de réalité.
Les États-Unis ne parlent plus de règles.
Ils parlent de blocus, de souveraineté hémisphérique, de Forteresse Amérique.
Et le monde entier — alliés comme adversaires — en tire déjà les conséquences.
Dans cet article, Le Blog à Lupus dissèque ce moment charnière :
📌 Ce n’est pas un plaidoyer.
C’est une radiographie du réel.
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