Théâtre monétaire et discipline impériale à l’âge du retour de la puissance
Il faut se débarrasser une bonne fois pour toutes de la fable rassurante :
celle d’un conflit entre un président brutal, une banque centrale vertueuse et un capitalisme qui fonctionnerait encore selon les règles d’un manuel de sciences économiques des années 1990.
Ce que nous vivons n’est pas une querelle institutionnelle.
C’est une mise en scène impériale, réglée au millimètre.
La Réserve fédérale américaine n’est plus une banque centrale au sens classique.
Elle est devenue l’organe métaphysique du dollar, le sanctuaire où se fabrique la croyance sans laquelle l’Empire américain ne tiendrait pas une semaine.
Et dans cette liturgie moderne, trois figures occupent la scène :
- Jerome Powell, le gardien du Temple
- Donald Trump, la force brute assumée
- Scott Bessent, l’architecte silencieux
Ils ne se combattent pas.
Ils jouent leurs rôles.

I — La Fed n’est pas indépendante : elle est sacrée
L’indépendance de la Fed n’est pas un fait.
C’est une nécessité narrative.
Quand Powell proclame que la Réserve fédérale est indépendante :
- il ne parle pas au Congrès,
- il ne parle pas aux électeurs,
- il ne parle même pas à Trump.
Il parle :
- aux détenteurs de bons du Trésor,
- aux banques centrales asiatiques,
- aux fonds souverains du Golfe,
- aux marchés obligataires mondiaux.
Ce discours n’est pas juridique.
Il est théologique.
Dans un monde où la dette américaine dépasse toute rationalité classique,
la seule chose qui empêche l’effondrement est la croyance que quelqu’un tient encore le volant.
Powell est cet homme.
Non parce qu’il décide librement.
Mais parce qu’il incarne la continuité.
II — Trump, la “brute” nécessaire
Trump n’attaque pas la Fed par ignorance.
Il l’attaque par fonction.
Le rôle de Trump est de :
- choquer,
- brutaliser,
- casser les illusions libérales,
- assumer la logique de puissance.
En attaquant verbalement Powell, Trump produit :
- du bruit politique,
- de la polarisation,
- une apparence de conflit.
Mais ce conflit est fonctionnel.
Pendant que Trump incarne la souveraineté brute :
- frontières,
- sanctions,
- blocus,
- force militaire,
Powell incarne la stabilité abstraite :
- taux,
- crédibilité,
- continuité,
- discipline monétaire.
C’est le vieux schéma impérial :
le glaive et le temple.
III — La fausse convocation, le vrai message
Les menaces judiciaires, les convocations, les procès symboliques autour de Powell ?
Du théâtre.
Mais du théâtre utile.
Pourquoi ?
Parce que cela permet à Powell de :
- surjouer son indépendance,
- se poser en rempart institutionnel,
- rassurer les créanciers étrangers.
Et surtout :
de prouver que même attaqué, il tient.
La crédibilité d’une banque centrale ne se mesure pas à son autonomie réelle,
mais à sa capacité à résister symboliquement.
IV — Scott Bessent, le cerveau discret
Pendant que Trump parle et que Powell rassure,
Scott Bessent travaille.
Bessent comprend une chose essentielle :
- le dollar n’est plus une monnaie neutre,
- c’est une arme géopolitique.
Sa mission n’est pas la croissance.
C’est la survivabilité impériale.
Cela signifie :
- accepter des taux élevés,
- provoquer des réallocations de capitaux,
- forcer les alliés à rester dans le dollar,
- rendre la sortie de l’USD coûteuse, douloureuse, risquée.
Bessent n’est pas un idéologue.
C’est un stratège de crise.
V — Pourquoi cette “querelle” est indispensable
Sans Trump :
- la Fed apparaîtrait comme un organe technocratique mondialiste,
- la colère populaire exploserait hors contrôle.
Sans Powell :
- le dollar deviendrait une monnaie politique,
- les taux longs s’envoleraient,
- la dette deviendrait ingérable.
Sans Bessent :
- la coordination Trésor–Fed–Empire se disloquerait.
Le système fonctionne par tension, pas par harmonie.
VI — La vérité que personne ne veut dire
La Fed ne sert plus l’économie américaine.
Elle sert la survie du système dollar.
Et ce système est désormais :
- militaire,
- énergétique,
- monétaire,
- coercitif.
Nous ne sommes plus dans l’économie.
Nous sommes dans l’économie de guerre froide permanente.
Conclusion — Version Lupus
Trump n’est pas fou.
Powell n’est pas libre.
Bessent n’est pas neutre.
Ils sont les trois visages d’un même moment historique :
celui où l’Empire cesse de se justifier et commence à se discipliner.
La Fed ne tombera pas.
Elle se durcit.
Et le dollar ne mourra pas dans un krach.
Il se défendra, jusqu’au bout,
par la croyance,
par la contrainte,
par la force.
Ce n’est plus une question d’économie.
C’est une question de pouvoir.
Et le pouvoir, lui, n’est jamais indépendant.

INFOGRAPHIE–FED, DOLLAR & THÉÂTRE IMPÉRIAL
Qui joue quoi ? Pourquoi ? Pour quel objectif final ?
1 — LE SYSTÈME
Nom réel : Système dollar impérial
Fonction : Maintenir la puissance américaine malgré la dette, la dédollarisation partielle et la fragmentation du monde
Moyens :
- Taux d’intérêt
- Sanctions
- Énergie
- Force militaire
- Narration institutionnelle
2 — LES TROIS ACTEURS CLÉS
🛡️ Jerome Powell — Le Gardien du Temple
- Rôle réel : protéger la crédibilité du dollar
- Arme principale : le discours d’« indépendance »
- Public cible : marchés, banques centrales étrangères, fonds souverains
- Vérité : il ne décide pas librement, il stabilise la croyance
Powell ne gouverne pas l’économie.
Il empêche la panique.
🔨 Donald Trump — La Brute Souveraine
- Rôle réel : assumer la conflictualité
- Arme principale : la confrontation publique
- Fonction systémique :
- absorber la colère populaire
- casser le mythe du consensus libéral
- légitimer la coercition impériale
Trump dit ce que l’Empire fait.
Les autres font ce que Trump rend acceptable.
🧠 Scott Bessent — L’Architecte Silencieux
- Rôle réel : organiser la survie du dollar
- Arme principale : stratégie financière de long terme
- Objectifs :
- rendre la sortie du dollar coûteuse
- discipliner alliés et adversaires
- accepter le ralentissement économique comme prix de la domination
Bessent ne cherche pas la prospérité.
Il cherche la tenue du système.
3 — LA FAUSSE QUERELLE POWELL / TRUMP
Ce que l’on voit :
- attaques verbales
- convocations
- menaces politiques
- mise en scène judiciaire
Ce que cela produit :
- Powell apparaît indépendant
- Trump apparaît anti-système
- Le dollar apparaît crédible
👉 Résultat : le système est renforcé
4 — LA FED AUJOURD’HUI (RÉALITÉ)
| Mythe | Réalité |
|---|---|
| Banque centrale neutre | Organe de pouvoir |
| Politique monétaire | Stratégie impériale |
| Lutte contre l’inflation | Discipline des flux |
| Indépendance | Rôle sacralisé |
5 — POURQUOI ON NE PEUT PAS “REVENIR EN ARRIÈRE”
- Dette irréversible
- Concurrence Chine / BRICS
- Guerre énergétique
- Militarisation des échanges
- IA = besoin de stabilité monétaire forte
👉 Même un changement de Congrès ne change rien à la trajectoire
6 — LA CONCLUSION STRATÉGIQUE
- La Fed ne tombera pas
- Le dollar ne sera pas abandonné
- La conflictualité va augmenter
- Le discours va se durcir
- La coercition remplacera la persuasion
FORMULE FINALE
Quand l’économie ne suffit plus, l’Empire prend le relais.
Quand le marché vacille, le dollar devient une arme.

Conclusion radicale
Ce n’est plus une querelle entre un président et un banquier central.
C’est l’aveu d’un monde arrivé au bout de ses fictions.
Le dollar ne protège plus la prospérité : il protège la survie.
La FED ne stabilise plus l’économie : elle sanctuarise l’Empire.
Trump ne conteste pas le système : il lui enlève son masque.
Quand la dette devient trop lourde, on ne réforme plus : on impose.
Quand la monnaie vacille, on ne négocie plus : on contraint.
Quand le marché échoue, le pouvoir reprend la main.
Il n’y aura pas de retour à l’équilibre.
Pas de compromis.
Pas de normalité retrouvée.
L’Empire ne corrige plus ses erreurs.
Il les transforme en doctrine.

🎵 Fontaines D.C. – A Hero’s Death
Fontaines D.C. – A Hero’s Death (et plus largement l’esthétique A Hero’s Death / Skinty Fia) fonctionne comme un contrepoint contemporain idéal à l’article :
- Désenchantement lucide, pas nostalgique
- Réalité nue, sans mythologie de substitution
- Violence sourde, intérieure, politique mais non sloganisée
- Fin des illusions libérales, sans refuge idéologique
Là où Dylan ou Lennon parlaient encore au nom d’un monde réparable, Fontaines D.C. parle depuis un monde déjà fissuré, exactement comme ton texte sur la FED, Powell et l’Empire monétaire.
👉 Fontaines D.C., ce n’est pas la révolte.
👉 Ce n’est même pas la colère.
👉 C’est le constat après la chute.
THÉÂTRE MONÉTAIRE
La querelle n’est qu’un décor.
L’indépendance, un rôle.
Le dollar, la vraie pièce.

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FED, DOLLAR, TRUMP, POWELL : LE GRAND THÉÂTRE IMPÉRIAL
On nous raconte une querelle.
On nous vend un affrontement.
Trump contre Powell. La brute contre le technocrate. Le populiste contre l’indépendant.
C’est un mensonge utile.
La FED n’est pas indépendante : elle est sacralisée.
Trump ne détruit pas le système : il le rend politiquement assumable.
Bessent ne cherche pas la croissance : il organise la survie du dollar.
Pendant que l’opinion regarde le théâtre, l’Empire verrouille :
– sa monnaie
– son énergie
– ses flux
– sa coercition
La dette interdit le retour en arrière.
La dédollarisation impose la brutalité.
La géopolitique remplace l’économie.
Ce n’est plus une politique monétaire.
C’est une liturgie de puissance.
👉 Article complet sur le Blog à Lupus.
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