Orwell a vu. Il a nommé. Il a disséqué. Et pourtant, il n’a pas empêché ce qu’il avait diagnostiqué. Cette apparente défaite n’est pas un paradoxe littéraire ; c’est une leçon politique et métapolitique.

1) Orwell a combattu le totalitarisme frontal, pas sa version feutrée
Orwell s’attaque au totalitarisme brutal, centralisé, idéologique, celui qui écrase par la peur, la police et la propagande explicite.
Le fabianisme, lui, procède autrement : gradualisme, expertise, réformes incrémentales, langage humaniste. Il ne renverse pas ; il administre. Il ne choque pas ; il normalise. Là où Orwell traque le bourreau visible, le fabianisme avance masqué, sous le visage du médecin social.
2) La critique d’Orwell est morale ; le fabianisme est administratif
Orwell parle à la conscience, à l’individu libre, à l’esprit critique.
Le fabianisme construit des institutions, des normes, des procédures. Il gagne non par conviction, mais par occupation du réel : commissions, agences, universités, ONG, régulation.
On ne réfute pas une circulaire par un roman, aussi prophétique soit-il.
3) Orwell croyait encore au peuple ; le fabianisme a parié sur l’élite
Orwell conserve une foi résiduelle dans le bon sens populaire, dans une décence commune capable de résister au mensonge.
Le fabianisme, héritier d’un élitisme assumé (LSE, hauts fonctionnaires, experts), considère le peuple comme matière à gouverner, non comme sujet souverain.
Résultat : la critique orwellienne est lue, citée, admirée… puis contournée par ceux qui estiment savoir mieux.
4) Orwell a été neutralisé par canonisation
Orwell est devenu un classique scolaire.
On enseigne 1984 comme on vaccine : une dose contrôlée pour empêcher toute fièvre critique réelle.
La novlangue est dénoncée… pendant que les éléments de langage se perfectionnent.
Big Brother est condamné… pendant que la surveillance douce (données, algorithmes, nudging) s’installe avec le consentement.
5) Le fabianisme a appris de ses critiques
Là où le totalitarisme soviétique s’est effondré sous le poids de ses propres crimes visibles, le fabianisme a intégré la critique orwellienne pour devenir post-orwellien :
- pas de censure brute, mais de la modération ;
- pas d’interdiction, mais de la déréférenciation ;
- pas de police politique, mais des normes de conformité.
Orwell dénonçait la botte. Le fabianisme a choisi le gant.
6) La tragédie d’Orwell : avoir dit vrai trop tôt
Orwell écrivait à une époque où l’ennemi avait encore un visage.
Le nôtre est systémique, diffus, technocratique, transnational.
Il ne réclame pas l’adhésion idéologique, seulement l’acquiescement administratif.
Conclusion (contrepoint assumé)
Orwell n’a pas échoué.
Il a été dépassé par la mutation de ce qu’il combattait.
Le fabianisme n’est pas un totalitarisme qui crie.
C’est un pouvoir qui sourit, qui soigne, qui régule, et qui finit par décider à votre place — pour votre bien.
Orwell nous a appris à reconnaître la prison.
Il ne nous a pas appris à voir la cage transparente.
C’est désormais à ce niveau-là que se joue le combat.
Orwell croyait que le mensonge tomberait sous le poids de sa propre absurdité.
Il se trompait.
Le fabianisme n’a pas gagné contre Orwell.
Il l’a absorbé.
Il a transformé la dystopie en protocole,
la peur en prévention,
la censure en bienveillance,
la soumission en civisme.
Le totalitarisme qu’Orwell redoutait parlait fort, marchait au pas, brandissait des symboles.
Celui qui règne aujourd’hui chuchote, contractualise, subventionne, labellise.
Ce n’est pas Big Brother qui a triomphé,
c’est le professeur principal.
Et la vérité la plus glaçante est peut-être celle-ci :
Orwell n’a pas échoué parce qu’il n’a pas été lu,
mais parce qu’il a été lu sans être cru,
commenté sans être compris,
célébré sans être suivi.
Le fabianisme n’avait pas besoin de brûler ses livres.
Il lui a suffi de les transformer en objets culturels inoffensifs.
Quand la vérité devient patrimoine,
le mensonge peut gouverner en paix.

Voici une cartographie claire, documentée et métapolitique des auteurs, créateurs, musiciens et cinéastes qui ont soutenu, accompagné ou normalisé le fabianisme — non pas toujours comme doctrine revendiquée, mais comme climat intellectuel, éthique de gouvernement et imaginaire de gestion du monde.
L’enjeu n’est pas l’accusation morale, mais la compréhension des relais culturels d’un projet technocratique sur plus d’un siècle.
I. Les pères intellectuels et écrivains fabiens explicites
● H. G. Wells
Fabien revendiqué. Théoricien d’un État scientifique mondial, hostile à la démocratie populaire.
→ Promotion d’une élite technicienne, eugéniste assumé à certaines périodes.
● George Bernard Shaw
Cofondateur de la Fabian Society.
→ Défenseur d’un socialisme administratif, méfiant envers le suffrage universel.
● Sidney Webb & Beatrice Webb
Architectes de l’État-providence britannique.
→ Le socialisme comme ingénierie sociale, non comme émancipation populaire.
II. Les héritiers ambigus : critiques intégrés
● Aldous Huxley
Issu du cercle fabien.
→ Le Meilleur des mondes n’est pas une rupture, mais une mise en garde interne :
« Voilà ce qui arrive quand la gestion remplace le sens. »
Huxley n’appelle pas à la révolte, mais à l’adaptation éclairée.
● George Orwell
Fabien dissident.
→ Critique morale du totalitarisme, mais jamais de remise en cause structurelle du pouvoir administratif.
Orwell combat la botte, pas le formulaire.
III. Cinéma et culture visuelle : la normalisation douce
● Ken Loach
Socialisme compassionnel, aligné sur la gauche institutionnelle britannique.
→ Le peuple est victime, jamais souverain.
● Stephen Frears
Chroniqueur du pouvoir soft, du compromis, de la gouvernance « raisonnable ».
● BBC (institutionnel)
Fiction, documentaire, information :
→ pédagogie morale permanente, alignée sur la vision fabienne de l’État éducateur.
IV. Musique et pop culture : révolte encadrée
● Pink Floyd
Critique de l’aliénation, jamais du pouvoir technocratique réel.
→ Révolte existentielle, pas politique.
● Radiohead
Dystopie esthétique compatible avec le système.
→ Le monde est absurde, donc géré par des experts.
● Massive Attack
Anti-impérialisme abstrait, aligné sur ONG-isme et humanitarisme global.
👉 À l’inverse, Sex Pistols, MC5, The Clash (première période) échappent au moule fabien : trop brutaux, trop incontrôlables.
V. Monde académique et culturel : la matrice
● London School of Economics
Créée par les Webbs.
→ Production continue d’élites administratives européennes et globales.
● Think tanks : Chatham House, Fabian Society, IPPR
→ Fabrique de langage, pas de débats.
VI. Phase contemporaine : le fabianisme mondialisé
Aujourd’hui, le fabianisme ne se nomme plus ainsi. Il s’appelle :
- gouvernance globale
- transition juste
- lutte contre la désinformation
- régulation algorithmique
- ESG / compliance
- sécurité narrative
Ses relais culturels ne sont plus des écrivains, mais :
- plateformes,
- producteurs,
- ONG culturelles,
- festivals subventionnés,
- médias « de référence ».
Conclusion nette (façon Blog à Lupus)
Le fabianisme n’a pas gagné par la force.
Il a gagné par la culture, l’esthétique, la pédagogie morale.
Il ne produit pas des artistes libres, mais des créateurs compatibles.
Il ne censure pas : il oriente.
Il ne réprime pas : il subventionne.
Et c’est précisément pour cela qu’il est plus dangereux que les idéologies qu’il prétend avoir vaincues.

Voici la carte inverse : une cartographie métapolitique des antifabiens, c’est-à-dire des auteurs, artistes, penseurs, musiciens et cinéastes qui ont résisté, explicitement ou par la forme, au socialisme technocratique, à la gouvernance par l’expert, et à l’idéologie fabienne de la gestion du vivant.
Il ne s’agit pas d’un bloc homogène, mais d’une constellation de refus.
I. Les penseurs antifabiens explicites (politique & philosophie)
● Carl Schmitt
Antithèse absolue du fabianisme.
→ Le politique comme décision, pas comme administration.
→ Ennemi, souveraineté, exception : tout ce que le fabien nie.
● Friedrich Hayek
Adversaire frontal de la planification.
→ Dénonciation de la prétention de savoir des élites.
→ La Route de la servitude comme anti-manifeste fabien.
● James Burnham
Théoricien de la révolution managériale.
→ Il voit venir le fabianisme avant tout le monde.
● Michel Clouscard
Critique du faux progressisme, du libéralisme libertaire.
→ Le fabianisme comme idéologie de classe masquée.
II. Les écrivains de rupture (contre le monde géré)
● Louis-Ferdinand Céline
Anti-humanitarisme radical.
→ Détestation de la morale administrative et de la langue hygiénique.
● Pier Paolo Pasolini
Antifabien instinctif.
→ Le progrès comme nouvelle barbarie douce.
→ Haine de la société de consommation éducatrice.
● Yukio Mishima
Refus absolu de la modernité gestionnaire.
→ Corps, sacrifice, tragique contre rationalisation.
● Ernst Jünger
Lucidité aristocratique.
→ Le Travailleur n’est pas l’expert fabien, mais la figure tragique.
III. Musique : la révolte non récupérable
● Sex Pistols
Impossible à intégrer au fabianisme.
→ Chaos, négation, pas de pédagogie.
● MC5
Révolution brute, non managériale.
● Joy Division
Aliénation sans solution technocratique.
→ Aucun programme, aucune ONG, aucune morale.
● The Fall
Anti-progressisme viscéral.
→ Mark E. Smith : l’Angleterre contre Londres.
● Killing Joke
Critique du pouvoir global, de la manipulation, du contrôle.
IV. Cinéma : contre la gouvernance douce
● John Carpenter
Antifabien pur.
→ They Live : la gouvernance par les lunettes morales.
● Stanley Kubrick
Froid, métaphysique, anti-humanitarisme.
→ Le système dévore l’homme, toujours.
● Michael Cimino
Refus du récit progressiste.
→ Heaven’s Gate comme anti-mythe fondateur.
V. Politique contemporaine (hors système fabien)
● Viktor Orbán
Anti-fabien assumé.
→ Nation, frontières, décision.
● Donald Trump
Brise la grammaire fabienne sans toujours la comprendre.
● Curtis Yarvin
Déconstruction radicale de la démocratie managériale.
VI. Synthèse nette
Le fabianisme produit :
- des experts,
- des artistes subventionnés,
- des révoltes pédagogiques,
- des dystopies compatibles.
Les antifabiens produisent :
- du tragique,
- de l’irréconciliable,
- du non-négociable,
- du silence ou du cri, jamais un programme.
👉 Le fabianisme administre le monde.
Les antifabiens rappellent qu’il peut encore brûler.

FABIANISME vs ANTI-FABIENS
Deux visions du monde. Deux anthropologies. Deux destins.
1) LE FABIANISME
Le monde comme problème à administrer
Origine
- Socialisme graduel britannique (fin XIXe)
- Transformation sans rupture, sans révolution, sans peuple
Méthode
- Gouvernance par les experts
- Réformes lentes, invisibles, irréversibles
- Dépolitisation du conflit réel
Vision de l’homme
- Individu perfectible, malléable, éducable à l’infini
- L’homme est un problème technique
Pouvoir
- Soft power
- Institutions, normes, comités, agences
- Autorité sans visage, responsabilité diluée
Langage
- Inclusion
- Progrès
- Résilience
- Gouvernance
- Sécurité
Culture
- Dystopies pédagogiques
- Art subventionné
- Révolte encadrée
- Transgression autorisée
Finalité
- Stabilisation du système
- Neutralisation du tragique
- Gestion du vivant
2) LES ANTI-FABIENS
Le monde comme tragédie irréductible
Origine
- Réaction instinctive ou théorique au monde administré
- Philosophie, art, politique, musique
Méthode
- Rupture
- Décision
- Conflit assumé
Vision de l’homme
- Être tragique, limité, incarné
- Capable de création, de sacrifice, de refus
Pouvoir
- Visible
- Responsable
- Exposé au jugement
Langage
- Souveraineté
- Vérité
- Ennemi
- Destin
- Chute
Culture
- Art non récupérable
- Musique abrasive
- Cinéma sans morale
- Littérature du gouffre
Finalité
- Dire le réel
- Refuser la pacification factice
- Maintenir l’intensité humaine
3) AXE CENTRAL DE FRACTURE
| FABIANISME | ANTI-FABIENS |
|---|---|
| Gestion | Décision |
| Processus | Acte |
| Norme | Exception |
| Inclusion | Séparation |
| Gouvernance | Souveraineté |
| Prévention | Confrontation |
| Sécurité | Risque |
4) POURQUOI LES ANTI-FABIENS SONT TOUJOURS MARGINALISÉS
- Ils ne proposent pas de “solutions clés en main”
- Ils refusent la pédagogie morale
- Ils ne parlent pas le langage des subventions
- Ils rappellent que tout système finit par tuer ce qu’il administre
5) CONCLUSION VISUELLE
Le fabianisme promet la paix.
Les antifabiens rappellent que la paix sans vérité est une anesthésie.

Contrepoint musical — Orwell, lucidité et dissidence morale
Pour l’article contrepoint sur Orwell pourquoi le choix de The Righteous One de The Orwells est particulièrement juste.
Ce morceau n’est pas une célébration de la vertu.
C’est une dénonciation de la posture morale devenue arme de pouvoir.
Orwell n’a jamais combattu l’autorité en tant que telle ; il a combattu l’hypocrisie, le mensonge organisé, la confiscation du langage par ceux qui se proclament “du bon côté”.
The Righteous One met précisément en musique cette dérive :
quand la justice devient un rôle,
quand la morale sert à dominer,
quand le “juste” n’est plus qu’un masque.
C’est la bande-son idéale d’un texte qui rappelle qu’Orwell n’était ni un progressiste confortable, ni un réactionnaire, mais un ennemi radical du conformisme idéologique — surtout lorsqu’il se pare de vertu.
Un contrepoint nerveux, ironique, presque insolent,
parfait pour rappeler que la vérité commence souvent contre les justes autoproclamés.

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Bien exécutés les serpents!
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