Pourquoi l’Europe s’excuse pendant que la Chine avance

L’Europe vit sous un régime de culpabilité asymétrique.
Elle a sacralisé une horreur — à juste titre — et relativisé toutes les autres, parfois plus massives, parce qu’elles ne cadraient pas avec le récit autorisé. Cette asymétrie n’est pas un détail moral : c’est une clé géopolitique. Elle explique la paralysie européenne, l’audace chinoise et la complaisance occidentale.

I. L’« indépassable » et le refoulé : deux mémoires, deux destins
À la suite de Maurice G. Dantec, l’« indépassable » d’Auschwitz-Birkenau** n’est pas seulement un crime historique ; c’est une rupture ontologique. L’Europe découvre que sa rationalité peut devenir machine à broyer le vivant.
Conséquence : une interdiction morale durable de la verticalité, de la force, de la souveraineté assumée — surtout en Allemagne, dont la culpabilité structure la politique.
En miroir, le communisme — responsable de 80 à 100 millions de morts — n’a jamais connu son équivalent symbolique. Pas de Nuremberg universel. Pas d’« indépassable » partagé. Pas d’interdit civilisationnel. Le crime communiste reste fonctionnel, dilué, excusable par l’intention.
1) Les chiffres que l’on n’aime pas regarder
Les estimations sérieuses attribuent environ 80 à 100 millions de morts aux régimes communistes au XXᵉ siècle :
- URSS (famines, purges, Goulag),
- Chine maoïste (Grand Bond en avant, Révolution culturelle),
- Cambodge,
- Corée du Nord,
- Europe de l’Est,
- Vietnam, etc.
C’est quantitativement supérieur à la machine de mort nazie.
Mais surtout, c’est qualitativement différent :
non pas une aberration courte et concentrée, mais une violence structurelle, étalée, répétée, intégrée au fonctionnement normal du système.
Et pourtant, il n’existe :
- ni Nuremberg du communisme,
- ni culpabilité civilisationnelle globale,
- ni interdit symbolique comparable.
II. Pourquoi le communisme échappe à la condamnation totale
Le nazisme est ontologiquement criminel : il tue parce qu’il est.
Le communisme est fonctionnellement meurtrier : il tue au nom d’un avenir promis. Cette différence est décisive.
Le communisme s’auto-amnistie par le langage : ce n’était pas le vrai communisme. Il transforme la violence en phase transitoire. Ainsi, la mort devient un coût et non une fin. Résultat : une idéologie capable de tuer longtemps, partout, sans jamais s’interdire.
1) Pourquoi le communisme échappe à l’« indépassable » ?
Parce que le communisme s’est toujours présenté comme :
- une idéologie du Bien,
- une promesse d’émancipation,
- une violence transitoire, prétendument nécessaire.
Là où le nazisme est ontologiquement criminel,
le communisme est fonctionnellement meurtrier — et c’est précisément ce qui le rend plus difficile à condamner moralement.
Il tue :
- au nom de l’Histoire,
- au nom du Peuple,
- au nom de l’Avenir.
Donc il peut toujours dire : ce n’était pas le vrai communisme.
III. La Chine : continuité d’État, absence de repentir, autorité assumée
La Chine contemporaine — héritière directe du maoïsme — n’a jamais connu son « 1945 ».
Aucune défaite fondatrice. Aucun procès civilisationnel. Aucune contrition. Le Parti communiste chinois conserve la continuité de l’État, l’autorité comme norme et la mémoire verrouillée.
Ici réside l’avantage stratégique majeur : l’absence de honte.
Là où l’Europe hésite par peur de se répéter, la Chine décide par continuité. Elle n’argumente pas sa légitimité : elle l’exerce.
1) Le cas chinois : puissance sans culpabilité
C’est ici que ta remarque devient décisive.
La Chine contemporaine — héritière directe du maoïsme — n’a :
- jamais reconnu ses crimes à l’échelle civilisationnelle,
- jamais déconstruit son récit fondateur,
- jamais renoncé à l’autoritarisme comme mode normal de gouvernement.
Le Parti communiste chinois n’a pas vécu son “moment 1945”.
Il n’a pas été défait, jugé, rééduqué, culpabilisé.
Résultat :
- une continuité totale de l’État,
- une absence complète de honte historique,
- une autorité assumée, décomplexée, stratégique.
Là où l’Europe est paralysée par sa mémoire,
la Chine est renforcée par son absence de repentir.
IV. L’hypocrisie occidentale : morale interne, courbettes externes
L’Occident — et l’Europe en particulier — condamne sans relâche son passé nazi (nécessaire), oublie le communisme (confortable) et s’accommode d’un régime autoritaire communiste toujours en place (utile).
C’est la morale à géométrie variable : exigence infinie envers soi, pragmatisme indulgent envers l’autre.
Cette dissonance n’est pas seulement morale : elle désarme. Elle transforme la culpabilité en politique étrangère et l’économie en alibi.
1) L’hypocrisie occidentale : condamner le passé, flatter le présent
L’Occident — et surtout l’Europe — vit donc une contradiction grotesque :
- posture morale absolue sur le nazisme (nécessaire),
- amnésie soigneusement entretenue sur le communisme,
- complaisance économique et diplomatique envers un régime autoritaire communiste toujours en place.
On fait des courbettes à Pékin au nom :
- du commerce,
- de la stabilité,
- du pragmatisme.
Mais ce “pragmatisme” est en réalité un renoncement moral asymétrique :
on exige la contrition éternelle de soi,
on accepte l’arrogance historique de l’autre.
V. Culpabilité contre puissance : le différentiel décisif
Dans le monde qui revient aux blocs :
- les civilisations culpabilisées hésitent,
- les civilisations sans repentir avancent.
L’Europe confond la leçon de l’Histoire avec l’auto-interdiction.
La Chine confond la continuité avec la légitimité. Et dans l’intervalle, la puissance choisit toujours ceux qui décident.
1) Conséquence stratégique : culpabilité contre puissance
Ce déséquilibre produit un effet redoutable :
- l’Europe se retient d’exercer l’autorité par peur de son passé,
- la Chine exerce la sienne sans scrupule, sans doute, sans complexe.
Ce n’est pas que la Chine soit plus cruelle.
C’est qu’elle n’est pas inhibée.
Et dans un monde qui revient brutalement aux rapports de force,
la culpabilité permanente est un handicap stratégique majeur.
VI. Le piège européen : refuser l’autorité, appeler la contrainte
À force de refuser toute verticalité par peur du passé, l’Europe appelle une autorité sans récit : administrative, procédurale, algorithmique.
Un autoritarisme sans grandeur, sans culture, sans horizon — mais réel.
L’Histoire punit les indécis : refuser de trancher, c’est déléguer la décision au réel.
VII. Leçons comparées : Rome, Weimar, URSS
- Rome tardive : l’administration survit à l’Empire ; l’esprit meurt, la forme reste.
- Weimar : la morale et la procédure paralysent pendant que la rue se radicalise.
- URSS : la gestion vide l’État ; la chute est rapide quand la croyance s’éteint.
Partout, le même schéma : les gestionnaires arrivent en dernier. Les minorités organisées héritent.
1) Rome tardive : quand les administrateurs survivent aux dépens de l’Empire
À la fin de Rome, le pouvoir n’est plus tenu par des conquérants mais par des administrateurs :
- fiscalité hypertrophiée,
- bureaucratie pléthorique,
- déconnexion totale du réel militaire et social.
Les élites romaines :
- moralisaient le déclin,
- importaient des forces extérieures pour tenir l’Empire,
- déléguaient la violence légitime.
Résultat :
les structures subsistent, mais l’esprit impérial disparaît.
Quand la rupture arrive, il n’y a plus personne pour défendre l’ordre.
2) Weimar : la morale au pouvoir pendant que la rue se radicalise
Weimar est le laboratoire moderne par excellence.
Le centre républicain :
- croit au compromis,
- sacralise la procédure,
- nie la radicalisation réelle.
Pendant ce temps :
- l’extrême gauche et l’extrême droite investissent la rue,
- les milices s’organisent,
- la violence devient politique.
Les sociaux-démocrates ne programment pas le chaos.
Ils l’autorisent par paralysie.
Le résultat est connu :
le pouvoir ne revient pas aux gestionnaires,
mais à ceux qui ont accepté la brutalité du réel.
3) URSS : quand l’idéologie de gestion ouvre la voie à l’effondrement
L’URSS ne tombe pas sous un assaut extérieur.
Elle se vide de l’intérieur.
La nomenklatura :
- ne croit plus au système,
- gère la pénurie,
- maintient la façade.
Pendant ce temps :
- les idéologues radicaux,
- les nationalismes périphériques,
- les réseaux alternatifs,
préparent la sortie.
Quand l’État cesse d’imposer une direction claire,
il devient une coquille administrative.
La chute est rapide, totale, irréversible.
VIII. Ce que l’Europe doit comprendre (sans nostalgie ni déni)
Auschwitz interdit l’innocence.
Il n’interdit pas la forme, l’enracinement, la décision.
Le communisme a montré qu’une idéologie peut tuer sans se l’interdire. La Chine prouve qu’un État peut durer sans se repentir.
L’Europe n’a pas à imiter. Elle doit comprendre :
on ne combat pas la puissance par la honte, ni l’autorité par la procédure seule.
Conclusion lupienne
Le nazisme a produit une horreur indépassable.
Le communisme a produit une horreur répétable — et répétée.
L’un a été jugé, condamné, refoulé.
L’autre a été excusé, relativisé, recyclé.
Aujourd’hui, l’Europe se méfie de toute autorité par peur d’hier,
tandis que la Chine avance, sûre d’elle, parce qu’elle n’a jamais douté de sa légitimité historique.
Ce n’est pas une leçon morale.
C’est un constat brutal :
Dans le monde qui vient, les civilisations culpabilisées hésitent.
Celles qui ne se repentent jamais gouvernent.
Et l’Histoire, comme toujours, ne tranche pas en fonction de la vertu proclamée,
mais de la capacité à durer et à décider.
Conclusion lupienne Bis : l’Histoire n’arbitre pas la vertu, elle juge la durée
Le XXᵉ siècle a produit deux horreurs.
L’une a été jugée et sacralisée.
L’autre a été relativisée et recyclée.
Aujourd’hui, l’Europe s’excuse.
La Chine avance.
Et l’Histoire — indifférente aux bonnes intentions — tranche en faveur de ceux qui durent.
La culpabilité peut éclairer.
Elle ne gouverne pas.

Manifeste — Culpabilité, pouvoir, durée (12 phrases)
- L’Europe a sacralisé une horreur et relativisé toutes les autres, transformant la mémoire en interdiction d’agir.
- Le nazisme a été jugé, le communisme a été excusé, et cette asymétrie a désarmé la politique.
- La culpabilité éclaire le passé, mais elle ne gouverne pas le présent.
- Là où l’Occident s’excuse, la Chine décide — sans repentir, sans pause, sans doute.
- Une idéologie qui tue au nom de l’Avenir se recycle toujours ; une idéologie qui tue par essence s’interdit à jamais.
- Refuser la verticalité par peur d’hier appelle une contrainte sans sens demain.
- Quand le centre moralise, les minorités organisées héritent du réel.
- Rome a administré sa fin, Weimar a temporisé sa chute, l’URSS a géré son vide.
- Les gestionnaires arrivent toujours trop tard.
- L’autorité de survie n’est pas choisie : elle est imposée par l’effondrement.
- La puissance ne demande pas pardon, elle dure.
- L’Histoire ne juge pas la vertu proclamée, elle tranche selon la capacité à décider et à durer.

Postface — Le crime oublié
Il n’y a pas d’avenir politique possible sur une mémoire truquée.
On peut sacraliser l’horreur sans relativiser les autres ; on peut nommer le crime sans transformer la culpabilité en dogme paralysant. Ne pas le faire, c’est accepter que l’Histoire soit gouvernée par l’oubli utile.
Le XXᵉ siècle n’a pas seulement engendré l’indicible ; il a produit une violence systémique capable de se répéter parce qu’elle se disait vertueuse. Là réside la différence décisive : ce qui se proclame “au nom du Bien” se croit toujours réversible, excusable, perfectible — donc recommençable.
Aujourd’hui, l’Europe s’interdit d’agir par crainte de se trahir. D’autres agissent sans scrupule parce qu’ils n’ont jamais douté. Ce déséquilibre n’est ni moral ni sentimental : il est stratégique. La honte permanente n’est pas une politique étrangère ; l’amnésie organisée n’est pas une sagesse.
Rappeler le crime oublié n’est pas minimiser l’autre. C’est refuser la hiérarchie commode qui transforme la mémoire en arme et la justice en posture. La lucidité commence quand on cesse de négocier avec les chiffres et les mots.
L’Histoire ne demande ni excuses ni indulgences. Elle demande des décisions.
Et elle juge — toujours — ceux qui confondent mémoire et renoncement.

Accompagnement musical — FAD GADGET : Collapsing New People
Pour accompagner cette postface et clore le cycle « Le crime oublié », le choix de Collapsing New People de Fad Gadget est d’une justesse glaçante.
Ce morceau n’illustre pas l’effondrement : il le met en marche.
Il parle d’une humanité reconfigurée par l’idéologie, d’un monde où les individus deviennent des produits politiques, malléables, remplaçables, réécrits.
C’est la bande-son parfaite d’une époque qui :
- oublie certains crimes pour en recycler les méthodes,
- remplace la mémoire par le récit,
- substitue la culpabilité à la lucidité,
- et fabrique des “peuples nouveaux” sans passé pour mieux les gouverner.
Collapsing New People n’accompagne pas un deuil.
Il accompagne une mutation — celle qui survient quand la vérité historique cède la place à l’ingénierie morale.
Une conclusion froide, industrielle, sans pathos.
Exactement à la hauteur du propos.

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Catégories :Allemagne, Chinamerica, Collapsologie, Eugénisme, Europe, Fascisme 2.0, Marxisme Culturel













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On a sacralisé une horreur — à juste titre.
On en a oublié une autre, plus massive, plus longue, plus répétée — par confort idéologique.
Le XXᵉ siècle n’a pas produit un crime absolu, mais deux machines de mort.
L’une a été jugée, condamnée, sacralisée.
L’autre a été excusée, relativisée, recyclée.
80 à 100 millions de morts au nom du communisme.
Pas de Nuremberg universel.
Pas d’« indépassable ».
Pas d’interdit civilisationnel.
Aujourd’hui encore, l’Occident se flagelle pour hier,
tout en faisant des courbettes à un régime communiste autoritaire qui n’a jamais douté, jamais reconnu, jamais renoncé.
La Chine n’a pas de culpabilité.
L’Europe n’a plus d’autorité.
Ce n’est pas une querelle mémorielle.
C’est une clé de lecture du monde présent :
la culpabilité permanente paralyse,
l’absence de repentir organise la puissance.
Article complet sur Le Blog à Lupus.
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