Canada

Europe orwellienne et Canada fissuré : La guerre comme morale, la paix comme scandale

La guerre comme morale, la paix comme scandale

Ce triptyque ne commente pas l’actualité : il désigne un basculement.
Trois textes, un même fil rouge : l’Europe occidentale a choisi la guerre comme posture morale, refuse la paix comme acte politique, et découvre trop tard sa dépendance stratégique.

En Ukraine, elle mène une guerre par procuration sans nerfs — sans industrie suffisante, sans énergie bon marché, sans consentement populaire durable — en espérant que l’ombre américaine compensera indéfiniment ses carences.
Face au Conseil de la Paix, elle se retire, non par prudence, mais par incapacité à assumer une architecture décisionnelle qui exige des résultats et non des incantations.
Au Canada enfin, allié modèle devenu orwellien, la rhétorique morale masque mal une fracture interne, une dépendance militaire totale et une relation qui se tend dangereusement avec Washington.

Pris ensemble, ces trois panneaux racontent la même histoire : la fin de l’Occident normatif.
Un monde où la morale servait de substitut à la puissance, où l’indécision se parait de vertu, où la guerre était prolongée au nom de la paix.

L’époque qui s’ouvre est plus rude — mais plus claire.
Elle ne récompense plus les discours.
Elle classe.

Ce triptyque propose une lecture sans fard de ce classement en cours — et de ceux qui, faute d’avoir voulu voir le réel, sortent désormais du champ historique.

La sale guerre européenne en Ukraine

Guerre par procuration, dépendance américaine et fuite en avant conscriptionnelle

Il faut cesser les fictions. La guerre d’Ukraine n’est pas le duel romantique d’une nation agressée contre un voisin brutal. C’est une guerre par procuration, menée par des élites européennes adossées à la puissance américaine, sans base industrielle propre, sans autonomie énergétique, et sans consentement populaire durable. Une guerre sale non par ses soldats — qui paient le prix — mais par ses raisons profondes.


I. Qui combat réellement ?

Sur le terrain, l’Ukraine encaisse.
Dans les airs, l’espace et le renseignement, les États-Unis tiennent la clé.

Satellites, ISR, ciblage, logistique, systèmes d’armes, maintenance, formation : sans l’ombre portée de Washington, Kiev aurait été submergée. En vérité, la Russie ne combat pas tant l’Ukraine que l’OTAN en Ukraine, et l’OTAN n’opère que parce qu’elle est américaine.

Cette réalité est connue des chancelleries. Elle est délibérément maquillée pour entretenir l’illusion d’une Europe stratégique.


II. Le mensonge sur la Russie

Pour justifier la prolongation, les dirigeants européens ont minoré les gains russes et ignoré la guerre d’usure. Or l’usure est précisément la méthode : artillerie, profondeur, drones, attrition. Elle a saigné l’armée ukrainienne.

D’où l’autre mensonge : promettre une “victoire” à horizon indéfini, pendant que l’on prépare l’opinion à la conscription.


III. La conscription comme cache-misère

Quand l’industrie manque, on mobilise les corps.
Quand l’énergie fait défaut, on invoque la morale.

La propagande pro-conscription s’est banalisée en UE et au Royaume-Uni. On “explique” aux citoyens qu’il faudra donner de sa personne. Le cas finlandais est brandi en modèle — avec l’argument avancé par Alexander Stubb : une société prête à mobiliser massivement.

Mais l’argument est fragile. La Finlande dépend elle aussi des systèmes, du personnel et du renseignement américains. Et l’hypothèse implicite — que d’autres nations européennes suivront — ne tient pas.


IV. L’Europe sans nerfs

Une guerre longue exige trois nerfs : industrie, énergie, consentement.
L’Europe a scié les trois.

  • Industrie : délocalisée, fragmentée, sous-dimensionnée pour une guerre de plusieurs années.
  • Énergie : sabordée au nom du climat, renchérie par les sanctions.
  • Consentement : inexistant. Les citoyens ne veulent pas mourir pour des gouvernements qui les ont méprisés et parfois remplacés symboliquement.

Résultat : le recrutement est difficile, souvent impossible. L’Ukraine elle-même en offre la preuve tragique : conscription forcée, vidéos d’arrestations, désertions massives. Des millions d’hommes ont fui, conscients de l’attrition par drones et de la probabilité de mourir “pour rien”.


V. La protection américaine comme anesthésiant

Depuis des décennies, l’Europe vit à l’abri. Les budgets sociaux prospèrent parce que la dissuasion est américaine. L’OTAN repose, dans les faits, sur les dépenses de Washington. Cette dépendance a produit une irresponsabilité stratégique.

Pire : au moment même où l’Europe exige davantage de protection, elle réprime la liberté d’expression et criminalise des opinions — au point d’entrer en collision idéologique avec l’administration américaine actuelle. Alliés militaires, adversaires normatifs : l’équation est instable.


VI. Forcer Washington par l’escalade ?

Pourquoi pousser au déploiement de troupes ? Un espoir inavoué circule : contraindre les États-Unis à engager des forces terrestres. C’est le pari le plus dangereux. Il expose l’OTAN à la rupture et l’Europe à la réalité nue de sa dépendance.

L’autre levier — l’Arctique et le Groenland — révèle la logique : si Washington verrouille les points vitaux, l’alliance se reconfigure sans vote ni sommets.


VII. Le peuple, variable oubliée

Les sondages montrent une fatigue massive et un désir croissant de règlement rapide. La guerre est devenue impopulaire parce qu’elle est opaque, longue et sans horizon. Continuer contre la volonté des peuples, c’est transformer la “défense des valeurs” en gouvernance par contrainte.


Conclusion — La vérité brutale

Cette guerre est “sale” parce qu’elle substitue la morale au réel, la conscription à l’industrie, l’indignation à la stratégie. L’Europe mène une guerre qu’elle ne peut pas soutenir seule, espérant que l’Amérique restera indéfiniment le garant ultime.

Mais l’époque change. Et quand la puissance exige des comptes, les récits s’effondrent.

Tant que cette vérité sera niée, la guerre continuera — par procuration, au prix DE LA VIE des autres.

Le Conseil de la Paix : le scandale européen

Pourquoi l’Europe occidentale et le Canada refusent d’entrer dans le réel

Le Conseil de la Paix comme révélateur géopolitique (et l’absence européenne qui parle d’elle-même)

La liste des signataires et participants à la cérémonie de Davos agit comme un révélateur chimique. Elle ne décrit pas une “coalition morale”, mais une coalition opératoire : des États non occidentaux, souverainistes, transactionnels, rompus au réel — et prêts à agir là où d’autres commentent.

Que l’on en juge par la composition :
— des puissances régionales (Azerbaïdjan, Turquie, Arabie saoudite, Kazakhstan),
— des États charnières (Indonésie, Pakistan, Qatar, Jordanie),
— des nations à agenda clair (Argentine, Hongrie),
— des acteurs d’équilibre (Émirats arabes unis, Mongolie, Ouzbékistan).

Tous ont accepté une chose simple : entrer dans un dispositif présidé par Donald Trump, qui décide, invite, révoque, valide — bref, assume.

En face, une absence criante : Canada, France, Allemagne, Italie. Non pas marginalisés par erreur, mais absents par choix — et donc par positionnement idéologique.


Pourquoi l’Europe et le Canada n’y sont pas

Parce que ce Conseil n’est pas un forum de normes.
Parce qu’il n’est pas une scène de vertu.
Parce qu’il ne promet pas la paix par l’incantation, mais par la chaîne de décision.

Pour l’Europe occidentale et le Canada, la paix n’est acceptable que si elle est procédurale, diluée dans des règles, neutralisée par des comités, reportée par des sommets. Or ici, la paix est traitée comme une opération : calendrier, financement, responsabilités, résultats.

C’est précisément ce qui heurte la psyché institutionnelle européenne — orwellienne au sens strict : la guerre, c’est la paix ; l’indécision, c’est la vertu ; l’impuissance, c’est le droit.


Le paradoxe européen mis à nu

Les mêmes capitales qui prolongent une guerre par procuration en Ukraine, qui préparent l’opinion à la conscription, qui militarisent le discours au nom des valeurs, refusent un Conseil explicitement dédié à la reconstruction et à la sortie de crise à Gaza.

Pourquoi ? Parce qu’un Conseil de la Paix qui fonctionne ruinerait le monopole moral des appareils. Il montrerait que l’on peut trancher sans grand-messe, agir sans sermon, payer sans prêcher.

Un Conseil de la Guerre aurait peut-être mieux convenu à leurs réflexes. Mais la paix — la vraie, coûteuse, transactionnelle — exige une chose que l’Europe n’a plus : la capacité d’assumer des décisions impopulaires.


Ce que dit la liste (et ce qu’elle condamne)

Cette liste dit que le centre de gravité a glissé.
Elle dit que l’Occident normatif n’est plus indispensable.
Elle dit que l’ère des coalitions volontaires et efficaces a commencé.

Et elle condamne, par contraste, ceux qui préfèrent ne pas être là plutôt que d’entrer dans une architecture où l’on répond des résultats.


Conclusion — La paix sans morale, ou la morale sans paix

L’absence européenne et canadienne n’est pas une posture éthique. C’est un aveu d’inadaptation. Dans un monde qui redevient impérial, la paix n’est plus un slogan : c’est un acte de gouvernement.

Ceux qui n’y prennent pas part aujourd’hui continueront demain à expliquer pourquoi la guerre dure.
Les autres reconstruiront.

Et l’Histoire, comme toujours, comptera les faits — pas les discours.

Canada : l’orwellisme Carney

“La guerre c’est la paix” — faux allié, dépendance militaire et fissure intérieure

Le faux allié qui se met à craindre l’Empire… et à se fissurer de l’intérieur

Le Canada a basculé dans une posture parfaitement orwellienne : se présenter comme bastion de paix et d’ordre, tout en préparant l’idée du conflit — y compris contre son protecteur historique.

La preuve ? Trois faits, trois lames, une même direction.


I. Quand Ottawa modélise une “invasion américaine”, ce n’est plus un fantasme : c’est un symptôme

Selon des informations reprises par plusieurs médias, des planificateurs militaires canadiens ont construit un modèle conceptuel d’une invasion américaine depuis le sud — scénario présenté comme “hypothétique”, mais décrit comme un exercice inédit depuis très longtemps.

On notera l’essentiel : modèle, pas plan. Donc ce n’est pas encore une directive opérationnelle.
Mais politiquement, c’est énorme : quand une armée commence à conceptualiser l’assaut de son principal allié, elle admet déjà que l’alliance est devenue conditionnelle.

Dans le monde Trump, le Canada découvre une vérité brutale :
la protection américaine n’est pas un droit naturel, c’est un contrat.


II. L’Alberta : la fissure intérieure qui devient géopolitique

Au même moment, l’Alberta voit un fort afflux pour une pétition visant à déclencher un référendum sur l’indépendance, avec des seuils de signatures précis pour enclencher le processus.

C’est ici que la scène devient explosive :

  • si Ottawa se durcit contre Washington,
  • si des tarifs et contre-tarifs s’installent,
  • si l’économie canadienne ralentit sous choc,

alors l’Alberta peut devenir un levier de fragmentation.

Dans la nouvelle grammaire impériale américaine, l’unité du Canada n’est pas sacrée : c’est une variable. Et les variables, on les optimise.


III. Carney humilié : retrait de l’invitation au “Board of Peace”

Dernier signal : Trump a retiré l’invitation de Mark Carney à rejoindre le “Board of Peace”, selon Reuters et d’autres sources.

On peut discuter le prétexte. On ne peut pas discuter l’effet :

  • Carney avait indiqué une acceptation “en principe” (sous conditions),
  • puis a critiqué la coercition par tarifs et l’évolution de l’ordre global,
  • et Washington a répondu par l’arme la plus simple : exclusion.

La logique est impitoyable : le Board of Peace n’est pas une assemblée morale, c’est un club d’accès.
Tu parles comme un “middle power” ? Tu finis traité comme un middle power : dehors.


IV. Le cœur du problème : Ottawa veut la protection US sans la hiérarchie US

Carney incarne une posture parfaitement contradictoire :

  • réclamer l’abri stratégique américain,
  • tout en revendiquant une autonomie narrative,
  • tout en flirtant avec des deals alternatifs,
  • tout en conservant une rhétorique “Davos-compatible”.

Dans le monde qui s’ouvre, cela ne passe plus.

Les États-Unis exigent :

  • alignement opérationnel,
  • contribution,
  • discipline.

Ottawa répond :

  • morale,
  • indignation feutrée,
  • “principes”.

Résultat : choc.


V. Conclusion lupienne : le Canada découvre la géographie, et la géographie ne négocie pas

Le Canada croyait être un allié naturel.
Il découvre qu’il est un pays-frontière :
entre l’Empire et ses propres illusions.

Quand une armée modélise l’invasion du protecteur,
quand une province stratégique s’agite séparatisme,
et quand l’Empire retire l’invitation au club d’accès,
ce n’est pas une crise passagère.

C’est la fin d’une époque.

Et c’est précisément ce genre de contradiction qui, en géopolitique, précède toujours la rupture.

POSTFACE : Vers une Chute définitive ?

L’époque s’est raconté une fable : qu’il suffisait de parler de paix pour la faire advenir, et de moraliser la guerre pour la rendre acceptable. Elle découvre l’inverse. Quand la morale remplace la stratégie, la guerre s’éternise ; quand la paix exige des décisions, elle devient scandaleuse.

L’Europe a choisi la posture plutôt que la capacité, le Canada l’ambiguïté plutôt que l’alignement. Tous deux ont cru que l’abri américain était éternel, que la géographie pouvait être niée, que le réel finirait par obéir aux discours. Le réel ne négocie pas. Il classe.

Ce triptyque ne condamne pas des nations ; il constate une dérive : faire de la guerre une vertu pour éviter d’assumer la paix, prolonger l’ombre au nom de la lumière, et appeler cela des valeurs. L’Histoire, elle, n’entend qu’une chose : qui décide, qui produit, qui tient.

À la fin, il ne restera pas les slogans, ni les indignations.
Il restera la géographie, l’énergie, l’industrie — et le courage de choisir.
Ceux qui l’auront compris resteront dans le champ.
Les autres continueront à commenter leur sortie.

Radio Birdman – Hand of Law s’intègre idéalement comme contrepoint sonore et symbolique à la Postface.

Hand of Law n’illustre pas. Il assigne.
Une musique sèche, tendue, sans romantisme — celle d’un monde où le droit n’est plus un récit, mais une main : qui saisit, tranche, impose.

C’est exactement la logique qui traverse ce triptyque :
quand la morale devient posture,
quand la guerre s’éternise faute de décision,
quand la paix exige enfin une main ferme.

Ni élégie, ni consolation.
Un diagnostic d’époque.

Quand la morale s’épuise et que les discours tournent à vide, il ne reste plus que la Hand of Law — non pour promettre, mais pour décider.

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant

€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00
€5,00
€15,00
€100,00

Ou saisissez un montant personnalisé :


Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

← Retour

Merci pour votre réponse. ✨

Attention
Attention
Attention
Attention !


En savoir plus sur Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Catégories :Canada, Etats-Unis, Europe, Ukraine

Tagué:,

2 réponses »

  1. Europe orwellienne et Canada fissuré.
    La guerre comme morale, la paix comme scandale.

    Ce triptyque ne moralise pas l’actualité : il l’ordonne.
    Trois textes, une même logique : l’Europe occidentale et le Canada ont fait de la guerre prolongée une posture vertueuse et de la paix réelle un problème politique.

    En Ukraine, l’Europe mène une guerre par procuration sans nerfs — sans industrie suffisante, sans énergie bon marché, sans consentement populaire — en s’abritant derrière la puissance américaine.
    Face au Conseil de la Paix, elle s’absente : non par prudence, mais par incapacité à assumer une architecture décisionnelle fondée sur des résultats.
    Au Canada, l’orwellisme Carney révèle la contradiction ultime : dépendance militaire totale à Washington, posture morale contre Washington, fracture interne grandissante.

    Ce triptyque décrit la fin de l’Occident normatif :
    quand la morale remplace la stratégie,
    quand l’indignation sert de levier,
    quand la guerre devient l’horizon par défaut.

    👉 À lire sur Le Blog à Lupus.
    Sans fard. Sans anesthésie.

    #Ukraine #Europe #Canada #GuerreParProcuration #ConseilDeLaPaix #Geopolitique #BlogALupus

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire