Etat Profond

EYES WIDE SHUT : LE PROTOCOLE DU POUVOIR (AVANT EPSTEIN)

Il y a des œuvres qui ne racontent pas une histoire.
Elles décrivent une structure.

Eyes Wide Shut (1999) n’a jamais été un film sur le sexe.
C’est un film sur le pouvoir : son langage, ses codes, sa grammaire.

Et c’est précisément pour cela qu’après Epstein, le film revient comme une brûlure.

Non parce qu’il « annonce » Epstein, mais parce qu’il montre le même mécanisme :
un monde où la sexualité n’est plus une pulsion, mais une procédure.
Un monde où l’orgie n’est pas une fête, mais une cérémonie de contrôle.
Un monde où l’accès aux cercles ne se fait pas par le mérite, mais par la dette, la compromission, la peur.

Kubrick filme une vérité simple :
le pouvoir moderne ne règne plus seulement par la loi,
il règne par l’intimidation invisible.

KUBRICK N’A PAS “PRÉDIT” EPSTEIN. IL A FILMÉ LA MATRICE.

Il y a des œuvres qui ne “révèlent” rien — et pourtant elles expliquent tout.

Eyes Wide Shut (1999) n’est pas un documentaire crypté sur Jeffrey Epstein.
Ce n’est pas non plus une “prophétie”.
C’est plus inquiétant : c’est une grammaire.

Kubrick ne nous dit pas : “voici Epstein”.
Il nous dit : “voici le monde qui rend Epstein possible”.

Un monde où l’élite ne se contente plus d’exercer le pouvoir :
elle le met en scène.

Un monde où la sexualité n’est pas un vice privé mais une monnaie d’accès, un outil de contrôle, un langage de domination.

Un monde où l’argent n’achète pas seulement des choses :
il achète des êtres, des silences, des amnésies, des carrières, des journaux, des juges, des ONG, des fondations, des moralistes.

Dans le film, tout est là :
les portes, les codes, les masques, les hiérarchies, les rituels, les domestiques invisibles, les corps interchangeables, les “soirées” qui sont des tribunaux clandestins.

Et surtout : le héros est un bourgeois naïf.
Pas un révolutionnaire.
Pas un enquêteur.
Un homme “normal”, parfaitement intégré… qui découvre que le monde réel est un étage au-dessus.

La clé du film n’est pas l’orgie.
La clé, c’est l’après.

Quand le héros revient à sa vie, il comprend qu’il n’a pas vu “un scandale”.
Il a frôlé un système.

Et c’est exactement ce que l’affaire Epstein a fait apparaître :
non pas un monstre isolé, mais une infrastructure.

Epstein n’est pas le secret.
Il est la serrure.


Le point essentiel : le masque n’est pas érotique, il est politique

Dans Eyes Wide Shut, le masque n’est pas une fantaisie.
Il est un dispositif.

Le masque signifie :

  • tu peux être vu sans voir,
  • tu peux être identifié sans identifier,
  • tu peux être puni sans savoir par qui.

C’est exactement ce que l’affaire Epstein suggère à son niveau le plus profond :
un système où l’on ne tient pas les gens par une idéologie,
mais par une capture.

Capture sexuelle.
Capture financière.
Capture réputationnelle.

Le sexe devient une monnaie de guerre.


Le film n’est pas une prophétie. C’est un manuel.

Le film dit :
ce n’est pas l’acte qui compte, c’est le cadre.

Le pouvoir ne se cache pas dans l’orgie.
Il se cache dans la sélection.

Qui est invité ?
Qui n’est pas invité ?
Qui observe ?
Qui filme ?
Qui possède les images ?
Qui possède le silence ?

Kubrick filme ce que l’affaire Epstein a matérialisé :
la société en cercles, avec une frontière invisible entre le monde des humains ordinaires et le monde des intouchables.


Alors : Epstein a-t-il “coûté la vie” à Kubrick ?

C’est là que l’époque devient toxique.

Kubrick est mort peu après avoir livré son montage final.
Cela suffit pour que le cerveau contemporain — conditionné par le soupçon permanent — fabrique une narration :
« il savait, donc on l’a éliminé ».

Mais une hypothèse n’est pas une preuve.

Et si l’on veut être sérieux, il faut dire ceci :

  • Kubrick n’avait pas besoin d’être “tué” :
    son film a été absorbé, neutralisé, reclassé.
    On a fait ce que le système fait toujours :
    on a transformé une œuvre politique en objet esthétique.

Le pouvoir préfère mille fois qu’on parle de « complot Kubrick »
plutôt qu’on parle du vrai sujet :
l’impunité structurelle des élites.


Ce que le film dit vraiment : l’élite ne cache pas son monde, elle le rend invraisemblable

La force du film, c’est de montrer que le pouvoir n’a pas besoin de se cacher.
Il lui suffit de se rendre psychologiquement inacceptable.

Il suffit que le citoyen moyen se dise :
« non, c’est trop gros ».
« ça n’existe pas ».
« c’est du cinéma ».

Epstein a été l’accident historique où le cinéma a cessé d’être un cinéma.


Conclusion

Eyes Wide Shut n’a pas annoncé Epstein.
Il a annoncé le monde où Epstein est possible.

Et ce monde-là n’a pas disparu.

Il s’est simplement mis à caviarder.


The Adverts — “Gary Gilmore’s Eyes”
La chanson parfaite pour ce billet : le regard greffé, l’œil emprunté, la vision volée — comme métaphore du monde Epstein : voir, mais à travers les yeux des autres. Voir, mais sous contrôle.

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3 réponses »

  1. EYES WIDE SHUT : LE PROTOCOLE DU POUVOIR (AVANT EPSTEIN)

    Kubrick n’a pas “prévu” Epstein.
    Il a filmé le mécanisme qui rend Epstein possible.

    Le masque n’est pas érotique.
    Il est politique.

    Dans Eyes Wide Shut, tout est dit : le pouvoir en cercles la sélection la dette l’impunité et la peur comme police invisible.

    On veut nous enfermer dans une question stérile :
    “Kubrick a-t-il été assassiné ?”

    La question utile est ailleurs :
    Pourquoi ce monde est-il structurellement intouchable ?
    Et pourquoi, après Epstein, il reste encore autant de portes fermées ? 

    Morceau d’accompagnement : The Adverts – Gary Gilmore’s Eyes

    #Epstein #Kubrick #EyesWideShut #Elite #Impunité #Pouvoir #Réseaux #Justice #Ombres

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  2. Noter que la scène des hommes masqués en cercle a été filmé dans le château des Rothschild Le chateau apparait dés les premiers plans

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