Semaine close au 21 février 2026
TL;DR (semaine close samedi 21 février 2026)
- Le régime de marché n’a pas “choisi” : indices en hausse, mais volatilité structurellement haute et dispersion extrême → l’époque “tout monte ensemble” est finie, remplacée par des enchères permanentes (Mega-cap vs SaaS, winners vs losers IA, etc.).
- Choc politico-juridique majeur : la Cour suprême US a jugé illégaux les tarifs “globaux” pris sous IEEPA → incertitude sur remboursements + “plan B” immédiat de Trump via un tarif mondial temporaire de 10% (Section 122, 150 jours) + enquêtes type 301/232.
- Matières premières en mode sirène d’alarme : or ≈ 5 000 $ (safe haven + risque Moyen-Orient + Fed divisée), pétrole en tension (prime géopolitique Iran).
- Cybersecurity : l’angle mort — le marché a “pricé” brutalement l’idée que l’IA déplace la valeur du logiciel de sécurité (Anthropic lance Claude Code Security → sell-off cyber).
- Private credit / data centers : la secousse Blue Owl + le narratif “financement plus dur” + contamination “AI infra” (CoreWeave) reviennent hanter la semaine.

1) Le décor : “la réalité n’est plus un flux, c’est un tribunal”
Cette semaine, le marché n’a pas seulement digéré des chiffres : il a digéré un arrêt. Pas une note de bas de page — une requalification de la souveraineté économique.
Quand la Cour suprême rappelle que le tarif n’est pas un jouet d’exécutif mais une prérogative de Congrès, elle ne tranche pas “un détail technique”. Elle repolarise le monde :
- Le droit redevient un acteur de prix,
- La politique commerciale devient un champ de mines procédural,
- Et l’investisseur découvre ce qu’il refuse de regarder : l’incertitude n’est pas un bug, c’est le système.
Derrière, Trump répond comme un opérateur de marché : tu me coupes une ligne de liquidité ? j’en ouvre une autre. Tarif mondial 10% en mode “temporaire” (Section 122) + menaces d’options 232/301. Résultat : le risque tarifaire ne disparaît pas, il change de tuyauterie.
Philosophiquement : on ne vit plus dans “l’économie”, mais dans l’architecture de l’autorité. Le prix devient la traduction instantanée d’un rapport de force entre institutions, lobbys, et calendrier électoral.
2) Macro : la stagflation comme “bruit de fond” et la Fed comme chorale dissonante
Traduit dans le texte, tout est là : PIB décevant, PCE plus chaud, PMI qui tousse, conso molle — un cocktail où la croissance n’est plus un confort et l’inflation n’est plus un souvenir.
Et au milieu : une Fed divisée. Non pas “hésitante”, mais fracturée :
- d’un côté, le réflexe hawkish (crainte de relâcher trop tôt),
- de l’autre, la conscience que le ralentissement est réel… mais pas propre.
Ce qui compte en marché : cette division fabrique une volatilité de régime, parce qu’elle rend les trajectoires de taux non-linéaires : un chiffre te fait basculer, un headline te fait rebascule.
3) Actions : hausse d’indice, mais marché de “triage”
Tu donnes les clôtures : SPX +0,71% à 6 911 / NDX +0,87% à 25 013. Ça monte… mais ce n’est pas une fête. C’est une salle d’attente.
a) Dispersion : la nouvelle loi physique
On est dans un marché où :
- la Mega-cap se traite comme un actif monétaire (liquidité, refuge relatif, “qualité”),
- tandis que le software/SaaS se traite comme un actif de conviction… donc on le jette dès que l’horizon se brouille.
Ce n’est pas “tech vs value”. C’est liquidité vs narration.
b) Retail (investisseurs individuels) : pas de ferveur, juste de la réaction
Les flux retail décrits (participation faible, achats opportunistes sur certaines valeurs, apathie globale) racontent un truc simple : le public n’achète plus un futur, il achète des ticks. Quand le récit est illisible, le retail devient contrarien intraday, pas investisseur.
4) Cybersecurity : la claque conceptuelle (et pas seulement boursière)
L’événement “Claude Code Security” a servi de déclencheur psychologique : la cyber a été traitée comme si une partie de son moat pouvait être “commoditisée” par l’IA : scanner du code, trouver des failles, proposer des patches. Anthropic vend l’idée : l’IA va analyser une part massive du code mondial.
Ce que le marché a réellement pricé :
- Pas “un outil de plus”.
- Mais la possibilité que le centre de gravité de la cyber glisse : moins de “produits”, plus de capacité IA intégrée au workflow dev.
Version Lupus : la cyber s’est fait rappeler qu’elle vit sur une promesse : “nous voyons ce que vous ne voyez pas”. Et l’IA vient dire : moi aussi — et plus vite. Le marché a paniqué, comme toujours, en confondant déplacement de valeur et destruction de valeur.
5) Matières premières : le prix comme bulletin de guerre
a) Or : le thermomètre du régime
Il est évoqué que l’or puisse dépassé rapidement 5 000 $ — et oui, plusieurs sources parlent d’un spot autour de ce niveau ces jours-ci.
Lecture :
- Safe haven géopolitique,
- Méfiance macro (stagflation),
- Méfiance institutionnelle (tarifs, élections, “qui décide ?”).
L’or n’est pas “bullish”, il est accusateur : il dit que la confiance dans la trajectoire politique/monétaire est devenue fragile.
b) Pétrole : prime Iran et risque “événement”
La semaine réactive la grammaire classique : dès que l’Iran revient au centre (menace de frappe limitée, forces qui se rassemblent), le pétrole se met à porter une prime. (Même quand le marché actions veut croire à une stabilisation.)
6) Private credit / CoreWeave : le retour du “risque caché”
Le passage Blue Owl est important parce qu’il révèle ce que le bull market adore cacher : le financement est le vrai moteur.
Reuters rapporte la nervosité autour de Blue Owl (asset sale, changements, questions de transparence, pression sur le private lending), et le marché a aussi tourné autour d’un narratif “financement de data center plus dur” lié à CoreWeave.
Lecture Lupus : le système n’aime pas l’insolvabilité, mais il déteste encore plus l’ombre. Dès qu’un pan “AI infra” donne l’impression de tenir sur du refinancement, ça déclenche l’instinct de meute vers la porte de sortie.
☢️ Encadré explosif — CoreWeave : quand l’IA découvre le prix du capital
Pendant deux ans, le récit était simple :
“L’IA est une ruée vers l’or.”
On a oublié un détail :
Dans une ruée vers l’or, ce ne sont pas les pépites qui manquent en premier.
C’est le financement.
Les difficultés de financement autour de CoreWeave ne sont pas une anecdote. Elles sont un symptôme.
Le modèle était clair :
- Louer massivement des GPU,
- Monter des data centers à coups de milliards,
- Financer en dette privée,
- Capitaliser sur la demande insatiable d’IA.
Tant que la liquidité coule, le château tient.
Mais quand le crédit devient sélectif, la question surgit brutalement :
L’IA est-elle un business structurel… ou un levier sous perfusion ?
Le problème n’est pas la technologie.
Le problème, c’est la structure du bilan.
Un data center n’est pas une application SaaS.
C’est du béton, du cuivre, de l’électricité, des contrats long terme et des échéances bancaires.
Quand un prêteur hésite, ce n’est pas un détail technique.
C’est un signal : le capital commence à regarder le risque autrement.
🔥 Le cœur du malaise
- Dépendance au capex massif
L’IA n’est pas un produit léger. Elle exige des infrastructures colossales.
Chaque accélération de la demande implique une accélération du financement. - Private credit sous tension
Si les fonds spécialisés se crispent, tout l’écosystème tremble.
Le crédit privé était la béquille invisible du boom IA. - Effet domino psychologique
Le marché ne fait pas dans la nuance.
Une rumeur de financement fragile devient immédiatement : “Modèle insoutenable.”
⚔️ Lecture Lupus
CoreWeave incarne le paradoxe du cycle actuel :
- L’IA est stratégique.
- L’IA est géopolitique.
- L’IA est souveraine.
Mais elle reste soumise à une loi immuable :
La technologie peut accélérer le monde.
Le capital décide à quelle vitesse.
Ce que révèle cet épisode, ce n’est pas une faillite.
C’est la fin de l’illusion selon laquelle la demande IA suffirait à neutraliser le risque financier.
Dans un monde de taux réels positifs et de tensions géopolitiques,
le financement n’est plus automatique.
Il devient politique.
Il devient sélectif.
Il devient stratégique.
🧨 Conclusion
Le marché a cru que l’IA était “Too Big To Fail”.
Il découvre qu’elle est surtout “Too Expensive To Ignore”.
Quand la liquidité se raréfie,
même les champions de la révolution numérique doivent passer à la caisse.
Et dans cette nouvelle phase,
ce ne sera pas l’algorithme le plus brillant qui gagnera.
Ce sera le bilan le plus solide.
7) Volatilité : la mécanique McElligott (la bête en cage)
L’idée essentielle : la volatilité est le mécanisme de basculement de l’exposition. Dans un marché moderne, ce n’est pas “le prix” qui commande l’exposition : c’est le régime de vol.
Traduction opérationnelle (sans poudre aux yeux) :
- si l’indice bouge “pas assez”, la vol peut se réinitialiser à la baisse,
- ce qui force des réallocations mécaniques (risk parity, vol control, dealers),
- mais l’asymétrie et la dispersion créent un piège : tu peux avoir un indice “stable” et des actions qui se font exécuter.
Encadré stratégique — McElligott : la bête en cage
Il faut comprendre une chose fondamentale :
dans les marchés modernes, le prix ne pilote plus l’exposition.
C’est la volatilité qui la pilote.
Charlie McElligott l’explique depuis des mois :
la volatilité est devenue le mécanisme de basculement automatique du système.
Et aujourd’hui, la bête est en cage.
I. La mécanique invisible
Dans l’ancien monde, on achetait ou on vendait en fonction des perspectives économiques.
Dans le nouveau monde, une grande partie des flux est mécanique :
- Fonds à volatilité ciblée
- Risk parity
- CTA
- Vol control
- Dealers en gamma
Quand la volatilité monte →
réduction automatique d’exposition.
Quand la volatilité baisse →
réaugmentation mécanique du levier.
Ce n’est plus une opinion.
C’est un algorithme.
II. Le piège de la fausse stabilité
Regarde la semaine :
Indices stables.
Mouvements quotidiens limités.
±30 à 40 points de base.
C’est exactement ce qu’il faut pour que la volatilité se réinitialise à la baisse.
Et quand la vol baisse :
- Les couvertures s’écrasent (calls VIX qui se dégonflent)
- Les modèles doivent racheter du risque
- Les desks ajustent leurs deltas
- Le système auto-alimente la hausse
C’est le cercle vertueux… jusqu’à ce qu’il casse.
III. Pourquoi “la bête en cage” ?
Parce que le VIX reste structurellement élevé.
Parce que l’asymétrie options reste extrême.
Parce que la dispersion est massive.
La volatilité est comprimée… mais sous pression.
Elle ne disparaît pas.
Elle est contenue.
Comme un fauve derrière une grille :
- Tant que le marché bouge peu → elle se calme.
- Si un choc externe surgit (tarifs, Iran, NVDIA, private credit) → elle explose.
Et quand elle explose, la mécanique s’inverse brutalement :
Vol en hausse → réduction d’exposition → baisse du spot → encore plus de vol.
IV. Le cœur du danger
La stabilisation actuelle est fragile parce qu’elle dépend de deux conditions :
- L’indice ne doit pas trop bouger.
- La corrélation doit rester faible (dispersion compensatoire).
Mais nous sommes dans un régime conflictuel :
- Incertitude tarifaire
- Tensions géopolitiques
- Fed divisée
- Risque crédit privé
- Concentration extrême sur quelques mégacaps
La bête est calme… mais elle respire vite.
V. Lecture Lupus
Ce que McElligott révèle n’est pas un détail technique.
C’est une mutation anthropologique du marché.
La volatilité n’est plus un symptôme.
Elle est devenue l’organe régulateur du système.
Elle décide :
- Qui peut porter du levier
- Qui doit réduire
- Qui survit
- Qui saute
Le marché ne monte pas parce qu’il est confiant.
Il monte parce que la vol permet mécaniquement qu’il monte.
Mais si la vol se réveille,
ce n’est pas un repli.
C’est un changement de régime.
☢️ Conclusion corrosive
La bête n’est pas morte.
Elle est enfermée dans une cage algorithmique.
Et dans un monde où la politique, la guerre et le droit entrent dans la fonction de prix,
il suffit d’un choc pour que la cage saute.
Ce jour-là,
ce ne sera pas la macro qui parlera en premier.
Ce sera la volatilité.
8) La semaine “Blog à Lupus” : cohérence d’un même récit
Nous avons publiés (ou travaillés) entre autre chose cette semaine sur :
- Macron / liberté d’expression (neutralisation, liturgie de la censure),
- Epstein (cartographie du pouvoir, économie de la dissidence),
- Ranch Zorro (les annexes du système : lieux, réseaux, angles morts),
- Europe au bord de la fracture (guerre civilisationnelle, frontières, nihilisme).
Le marché de cette semaine est la version financière du même thème : les structures se durcissent.
- La censure : c’est la gouvernance de l’information.
- Les tarifs : c’est la gouvernance des flux.
- L’or : c’est la gouvernance de la confiance (quand elle fuit).
- La cyber qui décroche : c’est la gouvernance du contrôle (qui doit se réinventer).
- Le private credit : c’est la gouvernance de la liquidité (et de ses mensonges).
Tout converge vers une seule phrase : on ne vit plus dans le “marché”, on vit dans le bras de fer entre systèmes de contrôle.
9) Semaine prochaine : le catalyseur NVDIA et la météo des tuyaux
NVDIA et ses résultats la semaine prochaine est un aimant à régime. Parce que ce n’est plus “un résultat” : c’est un vote sur :
- la solidité de la demande IA,
- la capex story,
- et la hiérarchie winners/losers que la dispersion rend impitoyable.
Ajoute à ça l’aftershock des tarifs (remboursements ? nouvelles bases juridiques ?), et on a un contexte où un headline peut suffire à retourner une séance.
Conclusion Lupus
Le marché monte, oui — mais comme un somnambule sur un toit.
L’or à ~5 000 $ n’est pas un “trade”, c’est un réquisitoire.
La Cour suprême n’a pas “calmé” le risque tarifaire : elle l’a reformulé en incertitude procédurale, donc en volatilité politique.
Et la cyber a pris une droite parce que l’IA a commencé à parler sa langue : le bug, la faille, le correctif.
Ce n’est pas une semaine de marché.
C’est une semaine de système.

Encadré #1 — Tarifs : quand l’État joue au trader et que le droit tire le frein à main
Ils ont voulu transformer la géopolitique en table de mixage, et l’économie en synthétiseur d’ordres exécutifs. Un tweet, une conférence de presse, un “Emergency”, et hop : le monde paie, les importateurs encaissent, les consommateurs se font tondre en silence.
Sauf que cette semaine, la Cour suprême a rappelé un truc obscène à notre époque : le pouvoir n’est pas censé être un bouton “ON/OFF” tenu par un seul homme. L’IEEPA n’est pas une baguette magique pour mettre des droits de douane comme on met un filtre Instagram.
Et là, tout le cirque apparaît :
- Qui rembourse ? Personne ne sait. Importateurs, grossistes, distributeurs : tout le monde attend le verdict d’une machine judiciaire qui tourne à la vitesse d’un mammouth arthritique.
- Qui paie ? En pratique : l’entreprise, puis le client, puis le salarié (via marges / salaires / prix). Mais officiellement : “ce sont les autres”.
- Qui décide ? Voilà le vrai poison. Le marché croyait acheter un “risque tarifaire”. Il découvre qu’il a acheté un risque institutionnel : le tarif devient un bras de fer entre exécutif, justice, Congrès… et calendrier électoral.
Trump répond comme un dealer de volatilité : vous me coupez une route, j’en prends cinq autres. Section 122, 232, 301, 338 — la boîte à outils du protectionnisme en mode MacGyver. Résultat : le marché n’a pas “moins de tarifs”. Il a plus d’incertitude.
Morale (version Lupus) :
Le protectionnisme n’est pas seulement une taxe. C’est une liturgie. On sacrifie la clarté sur l’autel du geste politique, on appelle ça “stratégie”, et quand ça casse, on accuse le destin.
Le vrai tarif, c’est celui qu’on paye en plus : l’opacité.
Encadré #2 — Cyber : l’illusion du moat quand l’IA devient auditeur universel
La cybersécurité s’est construite sur une promesse quasi religieuse :
“Nous voyons ce que vous ne voyez pas.”
Et puis l’IA arrive, pose son sac sur la table, et dit calmement :
“Moi aussi. Et je lis tout. Tout le code. Tout le temps.”
Avec “Claude Code Security”, Anthropic n’a pas seulement lancé une feature : il a lancé une attaque métaphysique contre le storytelling de la cyber. Parce que si l’IA peut scanner, détecter, suggérer des correctifs — alors la cyber n’est plus un sanctuaire. Elle devient un module, un service intégré dans la chaîne de dev, une couche de QA dopée aux GPU.
Le marché a paniqué comme un village médiéval voyant débarquer l’imprimerie :
- CRWD, PANW, ZS & co, traités comme si leurs douves venaient d’être comblées en une nuit.
- Les analystes, soudain muets, découvrent qu’un “moat” peut être relocalisé : pas détruit, mais déplacé vers ceux qui contrôlent le modèle, les données, et l’intégration.
Et pourtant, la vraie ironie est là :
L’IA ne tue pas la cyber. Elle déplace le front.
Parce qu’une IA qui scanne du code, c’est aussi une IA qui peut :
- générer des exploits,
- automatiser le phishing,
- industrialiser la recherche de failles,
- et surtout : accélérer la course attaque/défense jusqu’au point où l’humain devient le maillon lent.
Donc on a un secteur qui chute parce qu’on le croit “remplacé”, alors qu’en réalité il devient encore plus nécessaire, mais sous une forme plus impitoyable :
moins de dashboards marketing, plus de runtime, plus d’architecture, plus de souveraineté des chaînes logicielles.
Morale (version Lupus) :
La cyber n’a pas perdu parce qu’elle est inutile.
Elle a perdu parce qu’elle a cru qu’elle était indispensable par statut, et non par performance.
Dans le monde qui vient, il n’y a plus de château fort : il n’y a que des systèmes qui tiennent… et des systèmes qui craquent.
Complément philosophique — Le marché comme théâtre d’autorité
Ce que nous avons vu cette semaine n’est pas un simple épisode boursier.
C’est une révélation de structure.
Le marché ne réagit plus d’abord aux chiffres.
Il réagit à la hiérarchie des pouvoirs.
Quand une Cour suprême invalide un levier tarifaire, ce n’est pas un détail juridique : c’est un rappel que l’économie moderne repose sur une fiction fondamentale — celle d’un ordre stable. Or cette stabilité dépend moins des flux que des instances qui décident des flux.
Nous vivons un moment où :
- Le politique se comporte comme un trader,
- Le droit agit comme un régulateur de volatilité,
- Les banques centrales jouent les amortisseurs moraux,
- Et les investisseurs oscillent entre calcul rationnel et réflexe tribal.
Le marché devient un théâtre d’autorité.
I. La fin de l’illusion technocratique
Pendant trente ans, on a vendu une histoire :
“L’économie est un système auto-régulé, technique, optimisable.”
Ce récit s’effondre.
Les droits de douane ne sont pas techniques.
Les frappes potentielles au Moyen-Orient ne sont pas techniques.
Les débats sur la liberté d’expression, la censure ou la souveraineté numérique ne sont pas techniques.
Ils sont ontologiques.
Ils posent la question centrale :
Qui décide du réel ?
Le marché n’est plus un espace neutre d’allocation du capital.
Il devient l’arène où s’affrontent des visions du monde incompatibles.
II. L’or et le pétrole : symboles plus que matières
L’or à des niveaux extrêmes n’est pas seulement un actif.
C’est un vote de défiance.
Le pétrole sous tension n’est pas seulement une commodité.
C’est la matérialisation d’un monde fracturé.
Quand les métaux flambent alors que les indices montent, cela signifie une chose simple :
La croissance peut encore tenir, mais la confiance dans la trajectoire se fissure.
L’or n’achète pas du rendement.
Il achète du temps.
III. Cyber et IA : la métaphysique du contrôle
La chute des valeurs cyber face à l’intégration de l’IA n’est pas un simple arbitrage sectoriel.
C’est la démonstration que le contrôle change de nature.
Hier : protéger les murs.
Aujourd’hui : maîtriser l’algorithme.
Demain : contrôler la chaîne cognitive.
Celui qui contrôle l’outil d’analyse contrôle le diagnostic.
Celui qui contrôle le diagnostic contrôle la décision.
Celui qui contrôle la décision contrôle le flux.
La cybersécurité n’est plus un rempart.
Elle devient une couche d’intelligence stratégique.
Et celui qui sous-estime ce déplacement confond innovation et substitution.
IV. La volatilité comme révélation morale
On croit que la volatilité est un phénomène technique.
En réalité, elle est un symptôme moral.
Elle traduit la perte d’un consensus implicite sur :
- La direction de la politique monétaire,
- La cohérence de la politique commerciale,
- La stabilité géopolitique,
- La fiabilité des récits dominants.
Quand tout devient sujet à réinterprétation permanente, la volatilité cesse d’être accidentelle :
elle devient structurelle.
V. Lupus : le fil rouge de la semaine
Entre :
- L’Europe au bord de la fracture,
- Les encadrés sur la neutralisation,
- La cartographie des cercles de pouvoir autour d’Epstein,
- La question des droits de douane et de la souveraineté,
il y a une continuité.
Le thème n’est pas la crise.
Le thème est la recomposition.
Nous entrons dans une ère où les systèmes ne se dissolvent pas — ils se durcissent.
Les États reprennent la main.
Les institutions se réaffirment.
Les blocs se reconfigurent.
Les marchés apprennent à vivre avec une conflictualité permanente.
Conclusion — Le monde des échiquiers
Brzezinski parlait d’échiquier géopolitique.
Aujourd’hui, l’échiquier est devenu multi-dimensionnel :
- Juridique,
- Monétaire,
- Énergétique,
- Technologique,
- Informationnel.
Le marché n’est plus un simple baromètre.
Il est l’instrument qui mesure la tension entre ces dimensions.
La semaine close au 21 février ne fut pas une semaine de hausse ou de baisse.
Ce fut une semaine où l’on a compris que le système n’est plus stable —
il est dynamiquement conflictuel.
Et dans un monde dynamiquement conflictuel,
ce n’est pas la croissance qui compte en premier.
C’est la structure du pouvoir.

The Only Ones – The Beast
C’est parfaitement cohérent avec l’encadré “McElligott : la bête en cage”.
Pourquoi ?
Parce que The Beast n’est pas une chanson de violence spectaculaire.
C’est une chanson de tension contenue.
Une menace qui ne rugit pas — elle attend.
Une énergie comprimée, presque maladive.
Un malaise qui circule sous la surface.
Exactement comme la volatilité actuelle.
🔥 Lecture Lupus du choix musical
- La bête = la volatilité systémique
- La cage = la compression algorithmique
- Le silence apparent = la stabilité artificielle des indices
- L’explosion potentielle = le choc politique / géopolitique / crédit
Ce morceau ajoute une dimension organique au rapport :
On ne parle plus seulement de modèles, de gamma et de deltas.
On parle d’un système nerveux sous tension.
“La bête est en cage.
Elle respire lentement.
Mais elle respire.”
— The Only Ones, The Beast
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RAPPORT DE MARCHE STRATEGIQUE ET PHILOSOPHIQUE Semaine close 21 février 2026 — Le marché n’est plus un marché. C’est un bras de fer institutionnel.
La Cour suprême invalide les tarifs IEEPA.
Trump réplique par un tarif mondial de 10 %.
L’or flirte avec les 5 000 $.
Le pétrole price l’Iran.
La cybersécurité décroche face à l’IA.
Et pourtant… les indices montent.
Voilà le paradoxe.
Nous ne vivons plus dans un régime de croissance linéaire.
Nous vivons dans un régime de conflictualité permanente :
• Le droit contre l’exécutif
• La souveraineté contre la mondialisation
• L’IA contre les anciens moat technologiques
• L’or contre la confiance monétaire
• La volatilité contre l’illusion de stabilité
La dispersion explose.
Les Mega-Cap servent de refuge.
Le software se fait exécuter.
Le retail hésite.
La Fed est divisée.
Ce n’est pas un marché euphorique.
C’est un marché en tension structurelle.
Le monde ne se dérègle pas.
Il se reconfigure.
Et dans un monde qui se reconfigure, ce n’est pas la croissance qui décide.
C’est la hiérarchie du pouvoir.
Rapport complet disponible sur le Blog à Lupus.
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