Behaviorisme et Finance Comportementale

Finances Comportementales : Nos portefeuilles boursiers reflets de nos angoisses

Depuis une trentaine d’années, la finance comportementale s’affaire à scruter certaines zones obscures de la psyché financière.

Par exemple, la neuro-économie, une des disciplines de la finance comportementale, étudie les liens entre économie et neurologie.

Cette discipline constate que  » chez plusieurs investisseurs, une chute importante des cours boursiers vient chatouiller la zone de danger mortel dans le cerveau reptilien de défense « , souligne William-André Nadeau, président et gestionnaire de portefeuille chez Orientation Finance, à Québec, dont les méthodes s’inspirent beaucoup de la finance comportementale.

OLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

 Courbes lisses

Les premiers modèles formels de comportement financier, formulés dans les années 1940, notamment le paradigme d’utilité anticipée de Savage, von Neumann et d’autres chercheurs, étaient essentiellement rationnels et mathématiques. Les courbes qu’on y affichait étaient lisses, logiques et… rationnelles.  » Toutefois, dès les années 1950, on a commencé à constater des anomalies dans ces modèles « , note David Newton, chargé de cours et spécialiste de la finance comportementale à l’Université Concordia. Ces anomalies ont continué à s’accumuler jusqu’à ce que Kahneman et Tversky, à la fin des années 1970, avancent l’idée de l’aversion aux pertes.

David Newton illustre cette proposition de la façon suivante. Prenons un portefeuille de 100 000 $, sur lequel l’investisseur perd une première fois 10 000 $. Une deuxième perte de 10 000 $, cette fois à partir d’un capital de 90 000 $, aura-t-elle le même impact ? Pour un modèle mathématique, il n’y a pas de différence notable entre ces deux pertes, tout au plus quelques dixièmes de points de pourcentage. Par contre, un investisseur humain y verra une très grande différence et une deuxième perte de 10 000 $ est passablement plus douloureuse que la première. C’est ce qui explique des réactions défensives qui peuvent vite sembler excessives.

Cela mène à la formulation d’une constante de base de la finance comportementale : l’investisseur tend à sentir davantage la douleur d’une perte que le plaisir d’un gain. Autre constante, indique Jan Mahrt-Smith, professeur agrégé de finance à la Rotman School of Management, de l’Université de Toronto : les investisseurs tendent à focaliser davantage sur leurs pertes et sur leurs gains que sur la taille de leur fortune personnelle.

Évidemment, une telle focalisation risque d’entraîner des réactions disproportionnées de défense ou d’agressivité.

Quand on perd, on craint de plus en plus de perdre ; quand on gagne, on en veut de plus en plus. Reena Atanasiadis, également spécialiste et praticienne de la finance behaviorale à l’Université Concordia, souligne d’autres conséquences inappropriées qui découlent de la première constante. L’aversion aux pertes mène les gens à tenir trop longtemps à des titres qui ont perdu en valeur. Combinée avec l’âpreté au gain, l’aversion aux pertes fait que les gens font trop de transactions et ne diversifient pas suffisamment.  » Le fait qu’une stratégie a été payante une ou deux fois ne signifie pas qu’elle le sera tout le temps « , fait remarquer la chargée de cours.

Image et réalité

Notre façon de construire notre représentation de la réalité explique ces déviations et ces aberrations de l’investisseur, dit William-André Nadeau.  » Le cerveau humain est d’abord et avant tout programmé pour la vision à court terme. L’émotion nous convainc que les événements des trois derniers mois sont la réalité. Cette programmation à court terme entrave le jugement face à la réalité, dont une image plus juste se forme sur le long terme.  » En bref, le court terme est sous le dictat des émotions, par contre, souligne William-André Nadeau, le marché s’avère toujours rationnel sur le long terme.

Tout le défi consiste donc à adapter sa vision du marché sur le long terme et à apprendre à rester dans les limites du raisonnable. William-André Nadeau nous en donne un exemple éloquent.  » En 2000, un simple calcul de base des ratios cours-bénéfice sur une période de 50 ans et de la valeur au livre nous aurait appris que l’indice Nasdaq n’aurait jamais dû dépasser le niveau de 1000. Mais l’engouement collectif a tout emporté.  »

Évidemment, l’absence d’outils d’analyse et d’information explique en grande partie la plus grande émotivité des investisseurs individuels.  » La recherche tend à montrer que les gestionnaires professionnels de portefeuille sont un peu plus rationnels, note Reena Atanasiadis. Pourtant, leurs gains ne sont pas tellement supérieurs.  »

Concrètement, que peut nous apprendre la finance comportementale ? Tout d’abord, une lecture sans complaisance des soubresauts du marché peut aider à différencier ce qui relève de l’émotivité superficielle et ce qui dépend de dynamiques plus fondamentales du marché. Ensuite, chez le petit investisseur, les notions de base sont assimilées, mais trop rarement pratiquées : a) diversifier son portefeuille ; b) minimiser les transactions ; c) ne pas s’accrocher à des titres sur lesquels on a trop perdu.

Source F&I DEC09

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