Behaviorisme et Finance Comportementale

Royaume Uni : God save the Queen et ses rejetons…..

God save the Queen et ses rejetons….. 

Qui est le vrai coupable des émeutes londoniennes?

A Brixton, le 11 août, on débat ferme dans la rue. Qui est responsable des émeutes qui ont ravagé la capitale britannique pendant une semaine? Visiblement minoritaire, un homme déclare: «Ma vie à moi a commencé dans un camp de réfugiés. Quand je suis arrivé ici, je me suis débrouillé tout seul. Ils n’ont aucune excuse!» «Il s’agit d’un problème de génération, de système éducatif spécifique à l’Angleterre, que vous n’avez pas connu dans votre camp!» rétorque un jeune Noir. Plus tard, alors que la discussion s’échauffe et que le petit groupe devient une foule, une femme blanche d’âge moyen s’écrie: «Mais ils s’en prennent à la société, qui ne leur a rien fait. Pourquoi pas à Westminster?»

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La stupeur et le désarroi des Anglais transparaissent bien sur cette vidéo amateur après la flambée de violence (www.youtube.com/watch?hl=fr&v=jqA9-QGhvZs). A qui la faute? Actes gratuits qui trahissent un déclin moral de la jeunesse ou émeutes du désespoir, révélateurs d’une sombre réalité sociale? Chacun y va de son explication, de ses remèdes. Dans la presse britannique, les commentateurs croisent le fer.

Comme le remarque justement la journaliste Anne Applebaum dans le magazine Slate (11 août www.slate.com ), gauche et droite égrènent chacune leur lot d’explications politiques. Le Daily Telegraph dénonce «une police faible, des pères absents, la dépendance à l’aide sociale, le multiculturalisme et la tolérance envers les gangs à l’école». A cela le quotidien conservateur exige une réponse ferme dans son éditorial du 14 août: une police plus efficace (avec un budget plus maigre!), une justice expéditive, la tolérance zéro… Les «criminels doivent craindre la justice»! Retour, donc, au bon vieux temps du terrible wapentake décrit par Victor Hugo.

A gauche, poursuit Appelbaum, le Guardian s’en prend à «la brutalité de la police, l’exclusion sociale, les coupes dans les allocations.» Tout aussi difficile d’adhérer sans réserve à cette explication car, poursuit l’auteur, les «émeutiers ne portent pas de pancartes». C’est même «cette absence de politique qui les définit le mieux. Les Egyptiens voulaient la démocratie sur la place Tahrir, les anarchistes à Athènes exigeaient plus de dépenses du gouvernement… et les encapuchonnés de Londres voulaient eux des écrans plats 46 pouces HD.» Une noble cause? Ça se discute.

Certains universitaires de gauche français ne s’en émeuvent pas et leur accordent le bon Dieu sans confession. «A Londres comme à Clichy-sous-Bois, écrit le sociologue Michel Fize dans Le Monde du 17 août, cette jeunesse, qui se sent abandonnée, méprisée, s’en prend désormais aux symboles de cette richesse capitaliste à laquelle elle sait qu’elle ne peut accéder. Alors, bien sûr, elle «pille» ces objets de consommation qui lui font tant envie.» L’intellectuelle altermondialiste Naomi Klein va encore plus loin dans The Nation (17 août). Pour elle, les pillards, ce sont les dirigeants et les banquiers. Qui de plus œuvrent «en plein jour»! Que valent quelques vitrines brisées par des laissés-pour-compte face aux sauvetages des banques et aux bonus! Le but de David Cameron, assène Klein, est de «discipliner le pauvre», voire le faire «disparaître, et en silence s’il vous plaît».

Applebaum livre à son tour une explication: en cause, la dépendance à l’Etat social et l’éducation scolaire déficiente. «A cause d’une école publique faible, un cinquième des jeunes Britanniques sont techniquement illettrés. L’économie tourne au ralenti, condamnant l’accès à l’emploi.» A relever aussi, l’énorme disparité des richesses, la grande concentration de milliardaires à Londres, la culture de l’avidité dispensée par les tabloïds, la perte des valeurs traditionnelles… Mais attention, conclut la journaliste, à ne pas tirer de conclusions hâtives. L’événement est-il si inédit? On a pillé pendant le grand incendie de Londres en 1666, et même pendant le Blitz. L’éruption de Tottenham n’a peut-être d’innovant que les messages par BlackBerry.

Tout cela n’est pas vraiment de nature à consoler l’Angleterre déchirée. «Nous sommes une tribu perdue, se désole Will Hutton, éditorialiste à l’hebdomadaire de centre gauche The Observer (14 août), qui a perdu le sens d’une destinée commune.» Il estime que «l’injustice et l’inégalité ont corrodé depuis longtemps les liens sociaux et culturels en Angleterre». Et propose de relire urgemment L’Orange mécanique d’Anthony Burgess et Sa Majesté des mouches de William Golding, deux livres qui ont prouvé à quel point les «normes sociales sont minces»! Au fond, la civilisation n’est qu’une fine couche recouvrant un volcan. Pour panser la plaie, poursuit Hutter, il s’agit de réformer totalement le pays, socialement et économiquement, il faut un «bon» capitalisme: viser la croissance sans lâcher les plus faibles.

Son collègue Henry Porter est plus désabusé: «Nous porterons la grande honte de ces émeutes pendant très longtemps.» Qu’importe à ses yeux de penser qu’elles ont été causées par le laxisme ou par la pauvreté: le fait est qu’un «échantillon représentatif de nos concitoyens» y ont participé. Quelque chose de l’Englishness est parti en fumée: «Nous avons laissé notre société devenir cynique et méprisante envers les vieilles valeurs.»

Dans cet océan d’explications sur les émeutes flotte cette éternelle question philosophique, qui reste sans réponse et qui turlupine les passants de Brixton jusque tard dans la nuit: faut-il avant tout juger les actes d’individus ou les errances de politique sociale d’un Etat? Qui est coupable, l’homme ou la société?

Par Emmanuel Gehrig/ le Temps AOUT11


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