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Et si l’or montait jusqu’au ciel?

Et si l’or montait jusqu’au ciel?

Les craintes d’une surévaluation de l’or sont probablement infondées selon le responsable des investissements Marcus Grubb pour le World Gold Council. Il existe plusieurs motifs qui permettent de l’affirmer aujourd’hui. Dont la composition de la demande et la performance du cours spot de l’once d’or pour la période de 2001/11, en comparaison avec celle de 1971/81. Un portefeuille contenant de l’or est plus robuste et moins volatil.

   La bijouterie et la joaillerie représentent encore 50% de la demande Ce qui est sensiblement au-dessus des ETF (une part de 8%). Plusieurs facteurs, dont la composition de la demande, démontrent que l’or ne se trouve pas actuellement dans une bulle spéculative, malgré l’attrait et la popularité dont jouit le métal jaune, explique à L’Agefi Marcus Grubb, managing director, en charge de la recherche en investissement chez World Gold Council.

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L’or apparaît aujourd’hui comme un havre ultime de sécurité au sein de la communauté financière. Tout cela n’est-il pas exagéré?

L’évolution du cours de l’or n’a pas été linéairement vers le haut cette année. Trois corrections se sont effectivement produites. La première d’entre elles en janvier/février dernier, lorsque les gros investisseurs ont cru à un retour à la normale de l’économie mondiale, en anticipant une forte reprise aux Etats-Unis, et se sont ainsi montrés de nouveau positifs envers les actions. Or, depuis lors, à l’image du temps en Grande-Bretagne avec les quatre saisons dans une journée, les phases de pessimisme alternent avec celles d’optimisme, en fonction des événements géopolitiques et économiques majeurs, au Japon avec le tsunami, en Egypte, en Lybie, dans la zone euro avec la crise de la dette souveraine, aux Etats-Unis avec la dégradation du rating de la dette publique, etc. Bref, quatre saisons ont eu lieu depuis le début de 2011 en termes d’investissement, en s’éloignant de l’or au profit des actions, puis en retournant vers l’or, en allant vers les obligations en raison des craintes de déflation, etc. Tout cela nourrit une forte volatilité ainsi que beaucoup de pertes dont ont souffert les investisseurs cette année et a favorisé l’or dans son rôle de hedging ou de protection des actifs.

La hausse n’a-t-elle pas accéléré dangereusement, de manière exponentielle récemment, signe d’une bulle spéculative?

Depuis 1971, avec l’abandon des accords de Bretton Woods, l’évolution du prix de l’or est simple : des marchés haussiers, qui durent dix ans, soit de 1971 à 1981, et des marchés baissiers d’une durée de vingt ans, soit de 1981 à 2001. Depuis 2001, le marché est haussier avec un rendement positif chaque année. Si l’on compare les deux phases de hausse en prenant le cours spot, on observe une ampleur sensiblement plus faible pour la phase 2001-2011 que celle de 1971-81, où le prix de l’or était passé de 35 à plus de 600 dollars l’once en moyenne. La hausse actuelle n’apparaît pas comme une bulle, à base comparable. Il existe à présent une différence considérable par rapport à 1971-81, l’émergence d’une nouvelle demande structurelle induite par les pays émergents, spécialement la Chine et l’Inde. Par ailleurs, les banques centrales sont redevenues acheteuses d’or lors des dernières années dans le marché haussier, après avoir vendu durant la phase baissière. On constate finalement que l’or, qui est de loin le métal le plus utilisé par l’industrie du luxe, se révèle moins volatil que les autres métaux précieux tels que l’argent, le palladium et le platine. De manière générale, la duré d’un super-cycle, s’agissant des matières premières, est de 15-21 ans.

Quelle est la part purement financière aujourd’hui dans la demande d’or?

50% de la demande proviennent encore de la bijouterie, joaillerie, et 12% de l’industrie, sous l’impulsion plus particulièrement de la Chine et de l’Inde; ce qui signifie que la demande d’investissement, avec une accumulation des richesses en Asie, s’élève à 38%. La demande sous forme d’ETF, avec l’or physique comme sous-jacent, n’atteint que 8%. La hausse de la demande industrielle, de l’industrie du luxe et de l’épargne dans les pays émergents stimule la demande d’or. En somme, l’évolution du prix de l’or reflète un grand changement de la demande, même si celle-ci reste dépendante de l’évolution de l’économie mondiale. Si l’or est devenu un instrument financier à travers les ETF, la part de ceux-ci à la demande est encore modeste. La demande spéculative est très petite. Le prix de l’or ne peut pas dévier fortement de l’offre et de la demande d’or. Si les prix des futures dévient sensiblement de ceux du marché physique, un ajustement se produit rapidement, à la hausse comme à la baisse.

Qu’en est-il de l’offre?   

Elle est beaucoup plus diversifiée que celle des autres métaux précieux. Il existe cependant des contraintes après une longue période de sous-investissements dans les ressources minières et un manque de nouvelles découvertes majeures. Les longs délais d’exécution qui caractérisent les mines d’or signifient que la production d’or est relativement inélastique, sans tenir compte des accroissements de la demande. C’est pourquoi la hausse du prix de l’or depuis 2001 n’a pas engendré une augmentation considérable des niveaux de production d’or.

L’or ne produit pas de revenus et sa valeur intrinsèque est difficile à estimer. N’est-il dès lors pas spéculatif d’acquérir un tel actif?

L’or ne peut, en effet, pas être analysé sur la base d’une progression des bénéfices, des cash-flows ou des dividendes comme pour une entreprise, mais en considération de la dynamique de l’offre et de la demande. Il en va de même pour les autres matières premières. Dans le cas de l’or, l’augmentation fondamentale de la demande s’avère de longue durée, bien que des phases intermédiaires de correction puissent survenir. 

Est-ce le principal argument pour acheter de l’or?

L’or constitue aussi un moyen d’optimiser le profil risque/rendement d’un portefeuille d’investissements, en diminuant la volatilité de celui-ci et en en accentuant le potentiel de rendement. Les facteurs de risque qui peuvent affecter le prix de l’or sont de nature différente de ceux qui touchent d’autres actifs comme les actions et les obligations par exemple. Statistiquement, les portefeuilles qui comprennent de l’or se montrent généralement plus robustes et moins volatils que ceux qui n’en ont pas.

Les sociétés de mines d’or constituent-elles une bonne alternative à l’or physique?

Elles ont sous-performé ces dernières années l’or et peuvent ainsi représenter une bonne opportunité d’investissement. A la condition d’effectuer une analyse et un choix appropriés de la société.

FUND EXPERTS FORUM

Marcus Grubb a été le conférencier principal du Fund Experts Forum, qui a eu lieu le 15 septembre dernier à Zurich dans le cadre d’une série d’événements lancée par cinq sociétés étrangères de gestion d’actifs (BlackRock, DWS, Fidelity, J.P. Morgan Asset Management et Schroders).

ENTRETIEN Philippe Rey sep11


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