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Trading à Haute Fréquence : La finance bientôt à la vitesse de la lumière

Trading à Haute Fréquence : La finance bientôt à la vitesse de la lumière

Le trading à «haute fréquence» devient dominant. Près de Zurich, une nouvelle corbeille voit le jour, celle des serveurs

Infographie. Puissance de calcul

Deux cents mètres. Quelque part près de Zurich, la bourse suisse garantit une «longueur normée» de fibre optique pour se connecter à ses ordinateurs. Deux cents mètres, pas un de plus ni de moins, pour assurer à des opérateurs financiers d’un nouveau type des transactions à la vitesse de la lumière, enfin de celle qui passe dans cette fibre optique. Dans le jargon de Daniel Risold, responsable business engineering de la bourse suisse (SIX), ce nouveau service de «colocation» permettra de tirer tout le potentiel de ses serveurs. Actuellement, leur temps de réponse, entre la réception d’un ordre, son exécution et le renvoi au client de la confirmation, prend 800 microsecondes, soit 800 millionièmes de seconde. «Au printemps 2012, nous devrions passer sous les 100 microsecondes», sourit l’ingénieur de formation.

«Il y a dix ans, le temps de réaction de notre plateforme était de quelques secondes. Du temps de la corbeille, on comptait au moins en minutes», se souvient Daniel Risold. A Zurich, au siège de la bourse, une installation des artistes suisses Peter Fischli & David Weiss permet au visiteur de se souvenir de cette époque, avant le milieu des années 1990. Lorsque les courtiers, mocassins Bally aux pieds, cigarette à la main, criaient pour passer des ordres enregistrés ensuite d’un «Clac!» sur une timbreuse Reiner.

En 1996, la dernière corbeille a fermé. Depuis, tous les ordres sont passés électroniquement, de par le monde.

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Ces dernières années, la finance a franchi une nouvelle étape, celle de la haute fréquence. Les actions sont achetées et revendues en moins d’une seconde. Or, «avec la microseconde, la question de la géographie est redevenue importante pour passer un ordre le plus rapidement possible, observe Daniel Risold. Entre Zurich et Londres, il y a [désormais] un temps de transmission qui n’avait pas d’importance en 1996.» Paradoxalement, la technologie conduit à ce qu’«une sorte de corbeille se recrée autour du serveur de la bourse.»

Ce trading haute fréquence représente plus de la moitié des transactions aux Etats-Unis, selon la plupart des statistiques. En Europe, il pèse «entre 35 et 40% du volume total. En Suisse, nous sommes plutôt en dessous de cette moyenne», poursuit l’ingénieur, en ajoutant que SIX compte rattraper son retard.

Les teneurs de marché et les ­arbitrageurs sont «deux exemples typiques» de professionnels qui utilisent ces microsecondes. Les premiers assurent la liquidité d’un titre, les seconds «exploitent les différences temporaires de prix, même minimes». Le tout se fait à l’aide de l’«algotrading», des programmes informatiques qui parviennent à digérer «l’explosion du flux de données».

«Le trading haute fréquence agrège une quantité d’information impossible à absorber par le cerveau humain, explique Rajna Gibson, professeur de finance à l’Université de Genève. Il rend le marché plus efficace à court terme.» Les serveurs vont plus vite «mais ne remplacent pas la logique et la stratégie de l’homme derrière l’algorithme», précise Daniel Risold.

«Grâce aux machines, l’homme devient plus efficace, mais devient-il plus intelligent? s’interroge Marc Chesney, professeur de finance à l’Université de Zurich. L’intelligence ne consiste pas à aller toujours plus vite, mais à savoir où l’on doit aller.»

Le high frequency trading fait d’ailleurs polémique. Beaucoup d’universitaires concluent à son effet bénéfique: permettre aux investisseurs de plus facilement acheter ou vendre un titre. Cependant, «il génère aussi des mouvements erratiques pour les cours boursiers et cela déstabilise l’économie réelle», critique Marc Chesney. L’enquête sur le krach éclair du 6 mai 2010, qui a vu Wall Street perdre plusieurs centaines de points en quelques minutes avant de les récupérer quelques dizaines de minutes plus tard, n’a toujours pas permis de statuer sur la responsabilité de ce type d’investisseurs. En revanche, «d’après les études académiques que j’ai pu lire, même pendant [cette] journée, les traders haute fréquence ont réalisé un gain quand les autres intermédiaires financiers n’y sont pas parvenus», note Rajna Gibson.

«L’économie réelle ne fonctionne pas à la milliseconde. Elle ne requiert donc pas une telle vitesse pour les transactions financières», peste Marc Chesney. A quoi rime donc cette vitesse? «C’est la grande question, presque philosophique, répond sa collègue de Genève. A court terme, le trading haute fréquence procure un gain. A long terme, en revanche, on ne connaît pas son impact sur l’économie réelle.»

Pour Daniel Risold, il s’agit seulement «d’avoir le plus de liquidité sur le marché [et] d’offrir la gamme de services la plus diversifiée». SIX ne communique toutefois ni les montants investis, ni les gains retirés de cette activité. Quant au risque de déstabilisation redouté par Marc Chesney, SIX fait confiance à ses «fonctions d’interruption automatique du marché si le prix bouge trop. Nos logiciels nous ont jusqu’ici permis d’éviter un flash crash tel qu’il s’est produit aux Etats-Unis, qui ne disposaient pas de ce genre de dispositif.»

Du côté des régulateurs, l’inquiétude grandit cependant. Début novembre, le numéro trois de la Banque nationale, Jean-Pierre Danthine, décrivait le trading haute fréquence «comme une épée à double tranchant: d’un côté il permet d’accroître l’efficience et de réduire les coûts; de l’autre, il intensifie la gravité d’un crash éventuel».

La bourse au rythme des PC

 «The Economist» fait un parallèle entre la puissance des ordinateurs et le nombre de transactions boursières

En quinze ans, la puissance des ordinateurs a été multipliée par 600. Aujourd’hui, quelque 2,6 milliards de transistors peuvent être placés sur un seul circuit imprimé, écrivait le mois dernier The Economist. Dans un graphique , le site web du magazine anglais démontrait, malgré un ajustement des échelles, la croissance parallèle de la capacité de traitement des ordinateurs et du volume des transactions boursières. Il y a cinquante ans, un peu plus de 17 milliards d’actions étaient échangées à Wall Street en une année. Un montant dépassé en quatre séances en septembre dernier.

Par Frédéric Lelièvre /le temps dec11


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2 réponses »

  1. il y a trois ans la course à la vitesse a fait passer les algos du soft au hard ware (directement gravés dans les puces) maintenant le problème vient du réseau qui plafonne la vitesse et c’est le point de trouvailles géniales aujourd’hui.
    Le resultat de ces accélérations c’est que la plus rapide va plus vite que le marché au point que ce la pose une question de légalité : en effet quand les transactions ont eu lieu largement (une à cinq millisecondes) avant la constatation officielle des cours en les faisant évoluer qui faut il croire en cas de litige?

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