Art de la guerre monétaire et économique

A PROPOS Par Bruno Bertez/ Déversez les obligations toxiques américaines sur l’Europe, supplie Draghi (Wolf Richter)/ Le temps des vampires : le capitalisme financier contre l’économie réelle/Fed : pourquoi la politique de Janet Yellen va échouer/ Les salaires des gérants d’actifs s’envolent!

A PROPOS Par Bruno Bertez

La mise en ligne du Blog de Bernanke est opportune. Elle permet de relancer le débat sur la politique monétaire qui est suivie dans le monde global, alors que la résignation s’emparait de ses détracteurs. C’est une sorte de piqure de rappel qui stimule l’intelligence, la mémoire en attendant, peut-être de stimuler ou ressusciter le bon sens.

Une politique monétaire n’a de technique que l’apparence, elle est en dernière analyse toujours économique et sociale. Elle favorise certains emplois des ressources, en décourage d’autres; elle gratifie certaines couches de la population et en pénalise d’autres.

La monnaie est un grand mystère, il y a longtemps que nous sommes sortis des évidences et nous soutenons que c’est à la faveur de l’opacité de la chose monétaire que les classes dominantes maintiennent leur pouvoir, leur suprématie. La monnaie plus encore que les rapports d’exploitation dans le cadre du travail  est le « croc à phynance » qui permet d’extraire la plus-value. La monnaie, c’est ce qui draine les richesses au profit de la classe des faux capitalistes que sont les kleptocrates et leurs alliés technocrates.

La monnaie est un voile sur le système social et politique, derrière ce voile se trame et se reproduit votre servitude. La monnaie est une sorte de dérivée abstraite de l’impôt. La monnaie, c’est l’impôt devenu invisible. L’impôt, vous le voyez, vous le sentez, la monnaie non, elle vous tond, vous appauvrit, elle prélève sur votre travail ou votre industrie, mais silencieusement, à couvert.

Vos vrais ennemis, ce ne sont pas les gouvernements, fussent-ils de gauche, non vos vrais ennemis, ce sont les « indépendants-non-élus- Banquiers Centraux ». Ce sont eux qui ont remplacé les vrais « gnomes » d’avant. En bonne logique de guerre sociale, vous devriez toujours soutenir vos gouvernements face à la classe des banquiers, surtout pas les affaiblir, car en affaiblissant vos gouvernements, vous jouez le jeu des banquiers. Si le peuple Français avait soutenu ses gouvernements, si il avait forcé ses gouvernements à résister aux banquiers, nous n’en  serions pas là.

L’alliance qui permettrait de remonter la pente, serait une alliance du peuple avec ses représentants, contre les banquiers et les technocrates. Bien sûr, cela ne se fait pas, car les banquiers et leurs complices kleptos  « tiennent les journaux, les médias » et ce sont eux qui forment l’opinion, la manipule contre les gouvernements, tous les gouvernements de droite ou de gauche afin que la priorité dans la gestion des affaires soit toujours celle qui convient à ces classes dominantes.

Bien sûr, nous grossissons le trait, nous jouons notre petit « Charlie Hebdo », mais il faut bien exagérer pour se faire comprendre n’est-ce pas ?

La politique monétaire actuelle de taux zéro et de maintien d’une surabondance de liquidités a les effets suivants :

  • -elle accroit les inégalités car l’argent est donné gratuitement à ceux qui peuvent s’endetter et qui sont déjà ultra-riches.
  • -elle ruine les épargnants, les retraités en attendant de ruiner toutes les institutions de prévoyance.
  • -elle pille l’économie productive qui crée les emplois.
  • -elle renforce l’emprise du système financier et bancaire sur l’économie réelle et le secteur politique.
  • -elle est déflationniste car elle renforce la contrainte du profit dans l’économie réelle.
  • -elle radicalise le corps social, fissure les consensus et produit l’extrémisme.
  • -elle monte les gens les uns contre les autres, confère ce qui se passe en Europe.
  • -elle force à la guerre globale, toutes les guerres sont des guerres de banquiers.

A vous de réflechir et de déterminer si cela vous convient.

Nous développons régulièrement chacun des points ci dessus afin de les justifier, mais il vous est possible de les vérifier par vous même. Ce sont des constats d’évidence. plus le capital financier est colossal, plus sa puissance augmente. Plus le capital financier prospère et plus il lui faut de profit pour maintenir sa valeur inflatée, fictive, d’ou ce que Mélénchon qui pour une fois a compris quelque chose, « les licenciements boursiers ». Plus le capital financier se gonfle et plus sa logique prend le pas sur le vrai capital productif. Le capital productif crée des emplois, le capital financier en détruit. Plus les retraités et épargnants sont spoliés, plus ils sont aigris et plus ils votent aux extrêmes etc, etc.

Déversez les obligations toxiques américaines sur l’Europe, supplie Draghi Par Wolf Richter

Ce n’est que le début d’une tendance nouvelle qui pourrait bientôt devenir la dernière mode. Le président de la BCE, Mario Draghi, dans sa sagesse infinie, l’aura bien cherché : il a porté le taux d’intérêt des dépôts de la BCE à -0,2% et a fait la promesse d’acheter 60 milliards de dollars d’actifs par mois, qui incluent la dette des gouvernements de la zone euro, d’autres formes de dette et même, comme l’avait prédit de manière poignante le politicien allemand Frank Schäffler en juillet 2012, de « vieux vélos ». 

La BCE rachètera cette dette à ses banques favorites, pour en porter le prix si haut que leurs rendements passeront bientôt à -0,2%, le même taux que celui des dépôts. Ces banques tireront un grand bénéfice de cet accord. Et n’oublions pas les rendements de la dette des gouvernements de la zone euro ont plongé. Les rendements des obligations allemandes sont désormais de 0,15%, leur niveau le plus bas depuis dix ans, et devraient bientôt atteindre -0,2%. 

L’objectif : forcer les investisseurs à payer pour le privilège de financer les gouvernements de la zone euro, de la même manière que les déposants se retrouvent forcés de payer pour le privilège de prêter leur argent à des banques en péril. 

Les compagnies d’assurance, mais aussi d’autres institutions financières, détiennent des obligations haut de gamme pour générer des sources de revenus prévisibles dans le futur, avec lesquelles rembourser les promesses faites aux propriétaires de leurs assurances vie et rentes – une grande partie du système privé de retraite. Mais à mesure que les intérêts passent dans le rouge, les revenus futurs s’amenuisent. Le système des retraites tout entier est en péril. 

En Europe, la chasse aux rendements a sonné. Tout le monde ferme les yeux, se bouche le nez et plonge dans un océan de risques, portant au passage les rendements à la baisse. Les obligations des entreprises haut de gamme font l’expérience de rendements à zéro pourcent voire négatifs. Le 10 mars, alors que la BCE lançait son programme de QE, les rendements moyens des obligations des sociétés d’investissements étaient passés à 0,85%, bien qu’ils aient depuis grimpé pour atteindre 0,92%. Des rendements bien trop faibles pour que les promesses faites puissent être tenues. 

Alors ils recherchent le salut dans les obligations. Ces créatures à risque se portent bien lorsque de la nouvelle monnaie est disponible en des quantités illimitées pour rembourser la plus ancienne. Mais c’est une lame à double-tranchant. En cas de revirement, les actionnaires perdent une grande partie de leur investissement et peuvent finir avec très peu d’argent en cas de restructuration, comme par exemple sous la protection du Chapitre 11 du Code sur la banqueroute. 

C’est ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis sur tous les secteurs. On n’appelle pas ces actifs « toxiques » sans raison. Par le passé, les investisseurs ont pris des risques parce qu’ils pouvaient en tirer des rendements importants. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, ce n’est plus le cas depuis que les programmes de QE et la répression des taux d’intérêt à l’échelle globale ont ruiné l’évaluation du risque. 

C’est pourquoi les rendements des obligations toxiques libellées en euro ont plongé, et que les rendements moyens ont atteint 3,56% le 27 février, bien qu’ils se soient depuis jeudi dernier repositionnés autour de 3,92%. Aux Etats-Unis, les rendements des obligations équivalentes libellées en dollars étaient de 6,30% selon BofA Merrill Lynch. 

Il n’est pas nécessaire d’être un génie pour savoir ce qui arrivera ensuite. 

Ceux qui émettent cette dette toxique aux Etats-Unis peuvent voir la différence. Ils savent où est offerte la monnaie peu chère. Ils savent où trouver des investisseurs désespérés poussés au bord de la folie par les politiques des banques centrales. 

Le distributeur de produits pharmaceutiques, VWR Corp, basé à Radnor, PA, est devenu public en octobre et est parvenu à obtenir 536 millions de dollars. Voilà qui s’intègre dans la stratégie de sortie des propriétaires de sa firme d’investissement dirigés par Madison Dearborn Partners. Aujourd’hui, la société a besoin de plus d’argent. C’est pourquoi selon Bloomberg, elle a vendu jeudi dernier 503,8 millions de dollars d’obligations toxiques à l’Europe. 

IMS Health, basée à Danbury, dans le Connecticut, offre ses analyses et ses services à Big Pharma et d’autres membres du système de santé américain. Elle a été rendue publique en avril 2014 et levé 1,3 milliard de dollars, pour frayer un chemin de sortie aux propriétaires de sa firme d’investissement, dirigée par TPG. Elle a pu lever 275 millions d’euros de monnaie peu chère en Europe. 

Infor, une société de logiciels qui compte 70.000 clients dans 194 pays, appartient à la firme d’investissements Golden Gate Capital Partners. Elle a vendu 350 millions d’euros d’obligations toxiques. 

D’autres sociétés américaines en ont fait de même. Depuis le début de l’année, elles ont vendu un total de 3,28 milliards d’euros d’obligations toxiques à l’Europe, un record pour cette période de l’année depuis la naissance de l’euro. 

Mais ce n’est que le début. Et une autre conséquence inattendue du QE de la BCE est que le transfert des obligations toxiques et du risque depuis les Etats-Unis jusqu’à la zone euro – depuis les fonds d’obligations américains, les portefeuilles retraite et les sociétés d’assurance jusqu’à des Européens qui n’en savent rien et qui sacrifient une partie de leurs revenus à des assurances vie pour ajouter à leurs retraites futures. 

C’est une bénédiction pour les Etats-Unis. C’est un peu comme si Draghi disait aux Etats-Unis d’envoyer leurs déchets toxiques à l’Europe, soigneusement emballés dans des discours de corporations et étiquetés « terreau première qualité », pour être vendus à un prix exorbitant. 

A mesure que le QE de la BCE progressera, les rendements des obligations toxiques continueront peut-être de chuter, et les acheteurs pourraient devenir de plus en plus désespérés, jusqu’à ce que même nos sociétés énergétiques, qui sont très proches du défaut et de la banqueroute, puissent lever de la monnaie peu chère auprès des Européens qui font de leur mieux pour accumuler une épargne retraite. Voilà qui forcerait ces sociétés énergétiques en péril à rembourser leurs investisseurs américains. Ainsi, elles peuvent continuer de fracturer et de produire toujours plus de pétrole et de gaz, qu’elles vendent bien en-dessous de leur coût de production. C’est une combine qui fonctionnera tant qu’il y aura de l’argent facile disponible pour boucher les trous. 

Aux Etats-Unis, le boom de la fracturation a commencé avec le gaz naturel. Il détruit aujourd’hui ses investisseurs.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-deversez-les-obligations-toxiques-americaines-sur-l-europe-supplie-draghi.aspx?article=6582253816H11690&redirect=false&contributor=Wolf+Richter.&mk=2

Le temps des vampires : le capitalisme financier contre l’économie réelle

L’économie mondiale est entrée depuis 2008 dans un modèle non conventionnel qui a rendu caduques les analyses traditionnelles, notamment en ce qui concerne les politiques monétaires.

Les programmes de rachat d’obligations souveraines de la part de la banque centrale américaine à partir de 2008, connus sous le nom de Qantitative Easing, et destinés à fournir de la liquidité à un système bancaire paralysé par les créances pourries et le risque de faillite, ont gonflé le bilan de la FED de 800 à 4500 milliards de dollars. En 2008 puis en 2010, la FED a ainsi lancé deux programmes de rachats successifs de bons du trésor pour un montant total de 2300 milliards d’euros. En 2013, Ben Bernanke a décidé le lancement d’un nouveau programme de rachat de titres adossés à des crédits hypothécaires (subprimes), destiné à épurer le système bancaire des créances pourries, pour un montant de 40 milliards de dollars par mois. A ces différents programmes, il faut ajouter également le dispositifs « twist » de rachat d’obligations du trésor à court terme au profit d’obligations à long terme, d’un montant de 400 milliards de dollars, dans le but de faire baisser les taux longs et de relancer le secteur immobilier après le crash de 2008.

En complément de ces différentes mesures d’injections de liquidités et d’apurement des créances pourries du système bancaire, la FED a également mené une politique de baisse des taux destinée à relancer l’activité économique en encourageant le crédit. Entre janvier et décembre 2008, le taux directeur de la FED est ainsi passé de 3,50% à 0,25%, qui reste le taux actuellement en vigueur.

Quel bilan peut-on tirer de la politique de la FED ?

La mise en place du QE en 2008 et sa prolongation en 2010 puis 2013 a été qualifié de politique « non conventionnelle », elle fut assimilée par la plupart des analystes financiers à une politique de création monétaire inédite. Dans le corpus économique néo-classique, représenté notamment par l’école monétariste, la création monétaire à cette échelle devait ainsi théoriquement déclencher un processus inflationniste, voir hyperinflationniste. Les analyses prédisant une hyperinflation similaire à celle que connu l’Allemagne dans les années 30 se sont ainsi multipliées, comme le montre par exemple cet article de Forbes. Cependant, dés 2013, il est devenu évident que l’inflation de la masse monétaire américaine ne se propageait pas dans l’économie réelle, et que les peurs de certaines catégories d’investisseurs, étaient sinon infondées, du moins largement irrationnelles ou basées sur des analyses simplistes, voir sur leur propre intérêt clientéliste dans le cas des « goldbrokers ». 

L’inflation est ainsi restée stable, à 1,6% en 2010, 3% en 2011, 2,1% en 2012 et 1,5% en 2013 alors que dans le même temps la masse monétaire triplait pour passer sur la même période approximativement de 1000 à plus de 3000 milliards de dollars. Cette augmentation de plus de 200% de la masse monétaire ne s’est donc pas traduite par la moindre inflation, contredisant la théorie monétaire. Il n’y a qu’une seule explication à ce phénomène : la création monétaire n’a pas atteint l’économie réelle mais est restée cantonnée dans le secteur financier.

Le salaire minimum fédéral a ainsi diminué sur la même période.Les salaires réels sur la période 2009-2013 ont plongé de plus de 4% en moyenne aux états-unis pour 95% des salariés. Les classes moyennes et populaires américaines ont continué à s’appauvrir, comme le montre les statistiques du programme fédéral d’aide alimentaire. 20% des enfants bénéficiaient du programme des bons alimentaires en 2014contre 12% en 2007, soit un enfant sur cinq. Au total, 46 millions d’américains ont recours au programme d’aide alimentaire aujourd’hui, alors qu’ils étaient moins de 30 millions en 2008.

L’appauvrissement des ménages américains est également visible dans la baisse du taux d’épargne qui signifie que ces derniers ont pioché dans leurs économies afin de maintenir leur niveau de vie ou faire face à leurs dépenses de santé. Ce dernier est passé de 6,1% en 2009 à 5,2 en 2014.

Les statistiques concernant la baisse du taux de chômage sont également en trompe l’oeil et ne reflètent pas la réalité du marché de l’emploi. Depuis un plus haut historique de 9,9 % en 2010, le taux de chômage officiel est tombé à 5,6 % en 2014, ce qui a conduit la plupart des analystes à conclure à une reprise de l’économie américaine. Dans le même temps, le taux d’emploi, c’est à dire le nombre de personnes participant au marché du travail, a chuté pour passer d’un peu plus de 9 % avant la crise à un peu plus de 5 % en 2014, ce qui signifie que les bonnes statistiques du chômage s’expliquent en réalité par le fait que des millions d’américains sont purement et simplement sorti du marché du travail et ont renoncé à chercher un emploi.

Dans le même temps, le marché de l’immobilier, boosté par le programme de rachats d’actifs pourris de la FED en 2013 et la politique de taux zéros, s‘est redressé de 10 % sur l’année 2013 avant de ralentir. L’immobilier de luxe a lui, battu un record de ventes pour l’année 2014.

Pour savoir dans quel secteur se sont investies les liquidités de la FED, il faut également regarder l’évolution des marchés actions sur la période des différents QE.

L’indice boursier Standard and Poors est passé de 800 points en mai 2009 a plus de 2000 points en février 2015, soit une augmentation supérieure à 150% en 6 ans.

L’action de la FED a donc permis essentiellement de fournir le système bancaire en liquidités qui ont été massivement investies sur les marchés financiers. Dans le même temps, la politique de taux zéro destinée à faire baisser les taux longs des obligations souveraines a poussé les investisseurs en quête de rendements à réorienter leurs capitaux vers ces mêmes marchés financiers. Les marchés actions sont donc tirés par une gigantesque intervention de la banque centrale américaine depuis 5 ans, et se retrouvent de fait totalement déconnectés de l’économie réelle. La sphère financière alimentée par la FED évolue aujourd’hui de manière complètement indépendante de la sphère économique, elle impose de plus ses exigences de rendements à cette dernière. On a ainsi vu se développer des politiques entrepreneuriales que l’on peut qualifier là encore de « non-conventionnelles » et qui ont notamment consisté en des rachats d’actions massifs dans le but de faire monter les cours. Selon le journal Les Echos, les entreprises américaines ont ainsi racheté pour 4000 milliards de dollars de leurs propres titres depuis 2005. Rien que pour l’année 2014 elles ont effectué pour 485 milliards de dollars de rachats d’actions. Cette politique se fait évidemment au détriment de l’investissement productif et des salaires et a entraîné une paupérisation massive des salariés. Elle a pour objectif principal de servir de meilleurs rendements à des actionnaires qui sont devenus de plus en plus gourmands et ont pris l’habitude de voir leur capital s’envoler d’année en année.

L’imposition d’un modèle de prédation américano-germanique en Europe

En Europe, les exigences de rendement du capital financier ont également eu des conséquences dramatiques et bien réelles sur l’économie. La zone euro a mis en place des politiques d’austérité généralisées, motivées par le respect du pacte budgétaire européen, mais également par une vision macro-économique inspirée de la « politique de l’offre » néo-classique qui fait de la rentabilité du capital le préliminaire à une reprise de l’investissement et de la croissance. La théorie voudrait que la trop faible rémunération du capital pénalise l’attractivité des entreprises et leurs capacités d’investissement. Ors, on voit bien avec l’exemple états-unien que la hausse de la profitabilité s’effectue précisément au détriment de l’investissement productif, notamment par le biais des rachats de titres. Le principal levier activé dans l’eurozone afin de gonfler les marges et la profitabilité a été l’austérité salariale et la baisse du coût du travail, qui a débouché sur un appauvrissement massif de la population. L’Allemagne, qui a été le pays précurseur de ces politiques au début des années 2000, en est un bon exemple. Les réformes « Hartz » mises en place par le gouvernement de Gerard Schröder ont consisté en une flexibilisation, c’est à dire une précarisation, du marché du travail, ainsi qu’à une baisse des prestations sociales, notamment des allocations chômage. Les licenciements ont été facilités, le travail à temps partiel encouragé, et les « mini-jobs » exonérés de charges sociales. Conséquence, si le chômage a baissé pour passer de 5,3 millions de demandeurs d’emplois en 2005 à 3 millions en 2013, c’est au prix d’une paupérisation massive. Le nombre de travailleurs pauvres (gagnant moins des 2/3 du salaire médian) a explosé et ils représentent aujourd’hui 22 % des salariés.15,5 % de la population allemande vivait sous le seuil de pauvreté en 2013.

Cependant l’austérité salariale et l’appauvrissement de la population ont permis une croissance spectaculaire de la profitabilité des entreprises allemandes. Leur taux de marge est ainsi passé de 39 % en 2003 à presque 45 % en 2009. L’austérité budgétaire et la déflation salariale réalisent donc l’objectif d’une réallocation de la plus-value en faveur du capital.

Sous couvert de la lutte contre le chômage et dans un contexte de dégradation des comptes publics, la crise économique constitue ainsi une opportunité particulièrement favorable à la mise en place de politiques d’austérité salariale et de destruction des systèmes de sécurité sociale, avec comme objectif opérationnel une augmentation de la profitabilité des entreprises au service du capital financier. L’ordo-libéralisme imposé par l’Allemagne à l’ensemble de l’UE tend à généraliser ces politiques aux autres pays de l’eurozone engagés par le pacte de stabilité budgétaire.

La Grèce, contrainte d’appliquer la potion austéritaire allemande en échange des liquidités d’urgence du Fonds Européen de Stabilité Financière, a par exemple connu une chute du salaire minimum de 35 %, mais aussi une baisse des pensions de 10 % conjuguée à un report de l’âge légal de départ à la retraite. L’économie nationale a été en toute logique laminée, et le PIB s’est effondré de 23% entre 2008 et 2013.

Ce modèle engage les pays de l’eurozone les uns après les autres dans des mécanismes de déflation salariale dans le but de renforcer les marges des entreprises et leur attractivité, au profit du secteur financier et des investisseurs. Comme nous l’avons vu précédemment, les politiques de l’offre ne peuvent cependant pas relancer l’activité économique et la croissance dans un contexte récessif et la contraction de la demande interne amplifie les déséquilibres budgétaires. La zone euro est ainsi entrée en déflation à la fin de l’année 2014. Les prix à la consommation ont reculé de 0,2 % en décembre, 0,6 % en janvier 2015, 0,3 % en février et 0,1 % en mars.

Dans ce contexte, la BCE a décidé en janvier dernier de prendre le relais de la FED en mettant en placeun programme de rachats d’obligations souveraines de 60 milliards d’euros par mois. Officiellement, cette décision est motivée par la nécessité de lutter contre la déflation qui s’installe dans l’eurozone. Concrètement, comme l’a montré l’exemple de la FED, ce programme n’aura aucun effet sur les prix à la consommation dans le contexte d’austérité budgétaire et de déflation salariale qui sévit en Europe. L’objectif opérationnel de ce programme consiste donc en réalité à injecter des liquidités supplémentaires dans le système bancaire de l’eurozone afin de doper les rendements financiers. En effet, alors que le Standard and Poors gagnait plus de 150 % en 6 ans grâce aux QE américains, le CAC 40 ne progressait « que » de 40 % en passant de 3000 points en janvier 2009 à 4200 points en décembre 2014.

Le premier effet du QE européen, a ainsi été de placer les indices boursiers sur orbite. Depuis l’annonce de la mise en place du programme de rachat d’actifs souverains par la BCE en janvier, le CAC 40 est passé de 4200 à 5000 points fin mars, soit 19 % de hausse en à peine trois mois…

Guillaume Borel – 31 mars 2015 – Les Moutons Enragés

Fed : pourquoi la politique de Janet Yellen va échouer

27 mar 2015 | Jim Rickards | Chronique Agora

▪ Le dollar américain est la réserve monétaire mondiale dominante. Tous les marchés, que ce soient les marchés actions, obligations, de matières premières ou de changes, sont sous l’influence de la valeur du dollar. 

Lorsque la Réserve fédérale manipule les taux d’intérêt, elle manipule — et donc fausse — tous les marchés dans le monde 

En effet, la valeur du dollar, son « prix », est déterminée par les taux d’intérêt. Lorsque la Réserve fédérale manipule les taux d’intérêt, elle manipule — et donc fausse — tous les marchés dans le monde. 

La Fed peut avoir un rôle légitime en tant que prêteur d’urgence en dernier recours et en tant que police pour utiliser la liquidité et maintenir la stabilité des prix. Mais la fonction de prêteur de dernier recours s’est transformée en un service de renflouage polyvalent et la fonction de liquidité en une manipulation massive des taux d’intérêt. 

Le péché originel concernant les pouvoirs de la Fed a été le Humphrey-Hawkins Full Employment Act de 1978 signé par le président Carter. Cette loi a créé le « double mandat » qui a permis à la Fed de s’occuper de l’emploi comme de la stabilité des prix. Le double mandat permet à la Fed de gérer le marché américain de l’emploi et, par extension, l’économie dans son ensemble, au lieu de se limiter aux simples opérations de liquidité. 

Janet Yellen, la présidente de la Fed, est un ardent défenseur du double mandat et a mis en avant les objectifs d’emploi dans l’élaboration de la politique de la Fed. Au travers du double mandat et en utilisant le rôle exceptionnel du dollar en tant que levier, elle est de facto le planificateur central du monde. 

Comme tous les planificateurs centraux, elle échouera. La plus grande faiblesse de Yellen est qu’elle n’utilise pas de règles concrètes. Elle utilise des modèles économiques ésotériques qui ne correspondent à aucune réalité. Cette méthode apparaît clairement dans deux discours prononcés par Yellen. En juin 2012, elle décrit son modèle de « contrôle optimal » et en avril 2013 son modèle de « politique de communication ». 

Selon la théorie du contrôle optimal, les règles monétaires classiques — comme la règle de Taylor ou une norme pour le prix des matières premières — devraient être abandonnées dans les conditions actuelles pour favoriser une politique qui maintiendra les taux plus bas plus longtemps. Yellen est partisan d’utiliser une politique de communication pour faire connaître aux individus et aux marchés les intentions de la Fed sous contrôle optimal. 

▪ Promesses et mensonges

L’idée est qu’avec le temps, les individus « comprendront le message » et commenceront à prendre des décisions d’emprunt, d’investissement et de dépenses basées sur la promesse de taux faibles. Ceci entraînera alors une hausse de la demande globale, moins de chômage et une plus forte croissance économique. Alors, la Fed pourra commencer à retirer cette politique de soutien afin d’empêcher l’inflation. 

Les failles dans les modèles de Yellen sont nombreuses 

Les failles dans les modèles de Yellen sont nombreuses. En voici quelques unes : 

1) Selon son propre modèle, Yellen affirme qu’elle maintiendra les taux « plus bas, plus longtemps », afin d’améliorer la situation économique plus rapidement. Mais si la situation économique s’améliore plus tôt grâce à sa politique, elle élèvera également les taux plus tôt. Par conséquent, toute la méthode repose sur un mensonge. D’une façon ou d’une autre, les gens sont censés entrer dans le jeu de la promesse de taux bas faite par Yellen même s’ils comprennent intuitivement que si la situation s’améliore, la promesse sera annulée. Ceci est source de confusion. 

2) Les gens ne sont pas des automates qui obéissent sans réfléchir à ce que leur dit Yellen. Face aux contradictions inhérentes de son modèle, les gens préfèrent stocker du cash, se tenir à l’écart et ne pas se laisser duper par la promesse trompeuse de la théorie du contrôle optimal. Le manque d’investissement et de consommation qui en résulte est ce qui fait réellement du mal à l’économie. Les économistes appellent cela le « régime d’incertitude ». Ce fut l’une des principales causes, sinon l’origine, de la crise économique de 1929-1941.

3) Afin de gagner de l’argent avec la politique des taux nuls de la Fed, les banques s’engagent dans des transactions cachées hors bilan, entre autres des swaps d’actifs, ce qui augmente fortement le risque systémique. Dans un swap d’actifs, une banque avec un collatéral de faible qualité échangera l’actif contre un collatéral de bonne qualité avec un investisseur institutionnel dans une transaction qui à un certain stade donnera lieu à une contrepassation. Puis la banque prendra le collatéral de bonne qualité et l’utilisera comme marge dans un autre swap avec une autre banque. Une transaction entre deux parties devient alors un accord entre trois parties avec un risque accru et un risque de crédit pour tous. 

La politique de Yellen de taux d’intérêt zéro constitue un vol massif des épargnants 

4) La politique de Yellen de taux d’intérêt zéro constitue un vol massif des épargnants. Appliquer un taux d’intérêt normalisé d’environ 2% à la totalité de l’épargne dans le système bancaire américain par rapport au taux réel qui est à zéro, traduit un transfert de richesse de 400 milliards de dollars par an des épargnants vers les banques. Cela a duré pendant cinq ans, par conséquent, les subventions cumulées au système bancaire aux frais de l’Américain moyen se montent donc à présent à plus de 2 000 milliards de dollars. Cela affecte l’investissement, pénalise les épargnants et oblige les retraités à contracter des investissements risqués inappropriés comme le marché boursier. Yellen soutient cette subvention des banques et ce vol des épargnants. 

5) Aujourd’hui, la Fed est insolvable. En achetant des bons du Trésor long terme hautement volatils au lieu de bons du Trésor court terme sûrs, la Fed a dilapidé son capital sur une base de valeur du marché. Naturellement, la Fed comptabilise ces bons sur son bilan en tant que « coûts » et ne valorise pas par rapport au marché. Mais si elle le faisait, elle ferait faillite. Ce fait sera plus difficile à cacher lorsqu’on autorisera les taux d’intérêt à augmenter. 

L’insolvabilité de la Fed deviendra un problème politique majeur dans les années à venir et devra peut-être nécessiter un renflouage financier de la Fed de la part des contribuables. Yellen est une fervente partisane des politiques qui ont entraîné cette insolvabilité de la Fed. 

6) Les acteurs du marché et les décideurs se basent sur les prix du marché pour prendre des décisions de politique économique. Que se passe-t-il lorsque les signaux de prix sur lesquels se basent les décideurs sont eux-mêmes déformés par une importante manipulation politique ? D’abord, on déforme les signaux de prix par la manipulation de marché et ensuite on se base sur les « prix » pour guider la politique à venir. C’est l’aveugle guidant l’aveugle. 

Dès que vous changez la psychologie, il est extrêmement difficile de la faire revenir en arrière 

La Fed tente d’influer via sa politique de communication et ses taux bas sur la psychologie du consommateur pour l’inciter à dépenser. Ceci est extrêmement difficile à faire sur le court terme. Mais dès que vous changez la psychologie, il est extrêmement difficile de la faire revenir en arrière. 

Si la Fed réussit à susciter des attentes inflationnistes, ces attentes pourraient bien rapidement devenir incontrôlables, comme cela a été le cas dans les années 1970. Cela signifie qu’au lieu que l’inflation se stabilise à 3%, elle pourrait rapidement passer à 7% ou plus. La Fed pense qu’elle peut baisser le thermostat si cela arrive mais elle découvrira que la psychologie n’est pas facile à inverser et l’inflation échappera à tout contrôle. 

La solution est que le Congrès américain annule le double mandat de la Fed et la cantonne à son objectif initial de prêteur en dernier recours et de fournisseur de liquidité à court terme. La planification centralisée a été un échec pour Staline et Mao Zedong ; ce sera également le cas pour Janet Yellen.

http://la-chronique-agora.com/fed-janet-yellen-3/

Les salaires des gérants d’actifs s’envolent

PAR EMMANUEL GARESSUS ZURICH

Les salaires des gérants d’actifs s’envolent Les rémunérations des gérants vont-elles bientôt dépasser celles des banquiers d’investissement? Le FMI s’inquiète des risques. En Suisse, à part quelques exceptions, le ton est différent

Le public adore décrier les banquiers d’investissement et leurs bonus stratosphériques. Mais un autre domaine de la finance va encore plus loin, plus haut, plus vite. La gestion d’actifs court en effet de record en record. Steve Cohen, de SAC Capital, a gagné 1,3 milliard de dollars l’an dernier, selonForbes. Et ce n’est pas une star isolée. George Soros a obtenu 1,2 milliard.

A mille lieues des gourous de New York et de la City à Londres, la Suisse offre d’autres conditions. Les «junior managers» chargés d’un fonds de placement après avoir été analystes financiers se contentent de 120 000 à 150 000 francs et les salaires des gérants expérimentés avoisinent les 200 000 francs, selon divers professionnels suisses. Les meilleurs du secteur, ceux qui battent les indices et attirent les capitaux dans leur produit, peuvent gagner environ 400 000 francs. «Les rémunérations suisses restent bien en dessous de celles de Londres», fait valoir un consultant qui tient à rester anonyme. Les structures sont en effet très différentes.

Des exceptions sont possibles. La Suisse peut attirer des stars très bien payées. Le nouveau patron de GAM, Alexander Friedman, n’a-t-il pas un «package» de 15 millions de francs? Le montant en aura surpris plus d’un. Il s’explique par la reprise par GAM des rémunérations à long terme promises à cet ex-directeur des investissements d’UBS et qu’il aurait perçues s’il était resté en fonction. Un coût d’opportunité de 6 millions en quelque sorte. Et une opération légale. Sans le rachat de ces primes, sa rémunération y compris le système d’incitation à long terme atteint 8,9 millions de francs. Des gains à peine moins élevés que ceux de Paul Bulcke, patron de Nestlé.

En Suisse, la situation se distingue fortement de celle de Londres, où les salaires prennent l’ascenseur, pour plusieurs raisons. La consolidation, à l’image du rachat de Swisscanto, traduit avant tout un besoin d’économies et de rationalisation. La gestion, lorsqu’elle est active, s’éloigne peu des indices. Et les hedge funds n’y sont pas très nombreux. A Genève ou Zurich, la convergence avec la banque d’investissement n’est pas à l’ordre du jour.

Mais au plan global, New Financial constate que la baisse des revenus des banquiers d’investissement permet aux meilleurs gérants de fonds de se rapprocher d’eux. Le consultant prévoit même un changement de leadership dans les trois ans. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La rémunération des banquiers d’investissement a reculé de 27% depuis la crise, selon l’étude de New Financial portant sur 12 banques d’investissement et 18 gérants d’actifs, y compris les principaux acteurs suisses.

En 2014, la moyenne s’élève à 288 000 dollars dans la banque d’investissement et 263 000 dans la gestion de fonds.

La gestion d’actifs profite d’une solide croissance du volume d’affaires et d’une moindre volatilité du résultat que dans d’autres métiers de la finance. Sa progression est structurelle et devrait donc se poursuivre. «Le choix pris par Vontobel de reprendre un gérant d’actifs et non pas un gérant de fortune aux actifs douteux va dans ce sens. C’est la bonne nouvelle de la semaine», nous lance un banquier vendredi.

Croissance structurelle

Depuis 2006, les salaires sont en hausse d’un quart dans l’asset management, selon New Financial. La logique économique est respectée. La productivité s’est accrue dans ce segment. Depuis la crise, le salaire par employé (+60%) a augmenté nettement moins que le chiffre d’affaires et le bénéfice. Les actifs sous gestion ont crû deux fois plus vite que les rémunérations.

La montée en puissance des gérants d’actifs inquiète pourtant le FMI. Dans un rapport («Asset Bubbles»), Brad Jones, économiste au sein de l’organisation, demande l’intervention des régulateurs afin que les géants des fonds de placement soient déclarés «trop grands pour faire faillite». L’expansion de la gestion d’actifs se serait traduite par une plus grande instabilité des marchés, note le Financial Times. Le FMI suggère notamment une modification du mode de rémunération et l’absence de lien avec le volume d’actifs gérés.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/84a6f6e2-d643-11e4-9f2b-2a6998eb792a/Les_salaires_des_g%C3%A9rants_dactifs_senvolent

Top 10 des acteurs suisses et mondiaux de la gestion d’actifs

PAR SÉBASTIEN DUBAS

Quels sont les acteurs les plus importants d’un secteur – en l’occurrence celui de l’asset management – souvent présenté comme l’avenir pour la place financière suisse? Le Temps a dressé le portrait de dix d’entre eux, cinq internationaux, et cinq suisses

Avec la mort annoncée du secret bancaire, la gestion d’actifs – «asset management» en anglais – est souvent présentée comme la solution d’avenir pour la place financière suisse. Le Temps a donc voulu dresser la liste des plus importants acteurs – suisses et mondiaux – d’un marché estimé à quelque 76 000 milliards de dollars à la fin 2013 par le cabinet de conseil Towers Watson. Un record.

Premier constat: les entreprises américaines trustent 7 places dans le top 10 mondial. L’allemand Allianz Group fait figure d’exception avec sa cinquième place tandis que deux acteurs français – AXA Group et BNP Paribas – occupaient, à la fin 2013, les 8e et 10e positions. Il faut remonter à la 13e place pour trouver UBS, premier acteur suisse du secteur.

■ BlackRock

BlackRock est sans conteste le plus grand gérant d’actifs au monde avec 4650 milliards de dollarssous gestion et 12 000 employés répartis dans une trentaine de pays. En Suisse, le géant américain est surtout connu pour avoir recruté Philipp Hildebrand un an après que celui-ci a été contraint de démissionner de la présidence de la BNS. BlackRock, dont le siège est à New York, gère exclusivement l’argent de ses clients, ce n’est ni une banque d’investissement, ni de gestion de fortune, ni de crédit commercial. Ses clients – dont 61% sont Américains – vont du simple particulier au fonds de pension en passant par les fonds souverains. Outre la gestion d’actifs, BlackRock prodigue aussi ses conseils. Sa spécialité? Evaluer les actifs décotés ou toxiques. Elle a ainsi conseillé la Fed et le Trésor américain dans plusieurs dossiers sensibles (Bear Stearns, AIG, Fannie Mae et Freddie Mac) mais aussi la Grèce, Chypre et l’Irlande dans le cadre de la crise de la dette dans la zone euro.

■ The Vanguard Group

The Vanguard Group est le deuxième plus grand gérant d’actifs au monde avec, fin 2014,3000 milliards de dollars sous gestion. La société basée à Malvern, en Pennsylvanie, compte près de 14 000 employés dans 15 bureaux à travers le monde, dont un à Zurich. Sa marque de fabrique? Réduire les coûts au maximum. Et proposer des produits aussi simples que possible, comme les ETF (gestion indicielle passive) dont Vanguard est le deuxième plus grand gérant au monde, après BlackRock. Ces deux caractéristiques découlent en partie du fait que Vanguard est une société de gestion d’actifs détenue sous forme mutualiste. En d’autres termes, que les actionnaires de ses fonds et ETF domiciliés aux États-Unis en sont les propriétaires. Et qu’ils ont donc tout intérêt à payer le moins de frais possible. Cette structure – «unique» – signifie également «que nous opérons indépendamment des pressions en faveur du bénéfice à court terme que subit une société cotée», souligne Vanguard sur son site internet.

■ State Street Global Advisors

Nous retrouvons encore une société américaine à la troisième place du classement. State Street Global Advisors (SSGA), le pôle de gestion d’actifs de State Street Corporation, l’une des plus vieilles institutions financières américaine basée à Boston, gérait 2400 milliards de dollars à la fin septembre 2014. Pour quelque 2200 employés répartis sur 17 bureaux dans le monde entier. La société se présente comme l’une des pionnières des placements indiciels (ETF, pour Exchange Traded Funds). Elle s’est fait toutefois ravir la deuxième place sur ce marché en janvier de cette année par Vanguard avec 21,7% des parts du marché contre 21,8% pour sa concurrente. BlackRock reste loin devant avec 38,1%, selon ETF. com. SSGA propose également à ses clients – compagnies d’assurances, banques centrales, Family offices, banques et autres fonds de pension – de gérer activement leur argent en le plaçant dans toutes sortes de classes d’actifs traditionnels ou alternatifs.

■ Fidelity Investment

Basée à Boston elle aussi, la société d’investissement Fidelity Investment est l’un des leaders mondiaux de l’asset management avec plus de 2024 milliards de dollars d’actifs sous gestion à la fin septembre 2014. Fondée il y a plus de 40 ans, elle assure se distinguer de ses concurrents par l’importance qu’elle accorde à la recherche fondamentale. Soit une approche dite «bottom-up» de la sélection des valeurs.

«Nos professionnels de la gestion analysent eux-mêmes les sociétés dans lesquelles ils veulent investir. Ils se rendent en personne dans les locaux des entreprises, vérifient tous les paramètres susceptibles d’avoir une incidence sur leur activité, des aspects opérationnels aux décisions du Conseil d’administration», souligne Fidelity sur son site internet. Une telle stratégie implique que les portefeuilles sont constitués action par action. Le groupe assure par ailleurs qu’il bénéficie de l’une des plus importantes équipes de recherche au monde, avec près de 300 gérants et analystes. La société américaine distribue aujourd’hui ses produits et services et dans 25 pays en Europe, Asie et Moyen Orient.

■ Allianz Asset Management

Allianz Group est le seul groupe européen à figurer dans le top 5 mondial des gérants d’actifs avec1800 milliards d’euros sous gestion à la fin 2014 pour quelque 5000 employés. L’assureur allemand s’est surtout fait un nom dans le monde de l’asset management avec le rachat, en 2000, de 70% de Pimco pour 3,3 milliards de dollars. Ironie du sort, c’est le géant américain de la gestion obligataire qui a pesé sur les activités de gestion d’actifs du groupe allemand l’année dernière (-17%). Pimco, qui a enregistré, coup sur coup, les départs de son directeur Mohamed El-Erian et de son fondateur Bill Gross, a en effet essuyé une décollecte de 236 milliards d’euros sur les actifs sous gestion en provenance d’investisseurs tiers en 2014. Ces derniers ont en revanche investi 10 milliards d’euros en net chez Allianz Global Investors, l’autre unité opérant sous la direction d’Allianz Asset Management.

■ UBS Global Asset Management

Si UBS est sans aucun doute le premier gérant d’actifs suisse, avec 664 milliards de francs investis à la fin 2014, elle reste toutefois loin des mastodontes du secteur. Elle ne figurait ainsi qu’au 13e rang du classement établi par Towers Watson à la fin 2013. N’en demeure pas moins que sa division UBS Global Asset Management compte 3800 employés répartis dans 24 pays. Elle offre à ses clients la possibilité d’investir dans «la plupart des grandes catégories d’actifs traditionnels et alternatifs». Selon les statistiques fournies par Lipper/Thomson Reuters à Finews, ses fonds ont attiré plus de 21 milliards de francs d’actifs nets entre novembre 2013 et novembre 2014. «Nous sommes l’un des premiers établissements de fonds de placement en Europe et le numéro un de la gestion de fonds de placement en Suisse, se félicite la banque sur son site internet. Nous sommes l’un des principaux gestionnaires de fonds de hedge funds et gestionnaires de fonds immobiliers dans le monde.»

■ Credit Suisse

Avec 377 milliards de francs sous gestion au 30 septembre 2014, et 2100 collaborateurs répartis dans 18 pays, Credit Suisse est la deuxième société suisse dans le secteur de la gestion d’actifs. La banque reste toutefois un petit acteur à l’échelle mondiale puisqu’elle pointait au 42e rang d’un classement mondial effectué par Towers Watson à la fin 2013. Credit Suisse s’est d’ailleurs partiellement désinvestie du secteur ces dernières années, notamment lorsqu’elle a vendu ses activités ETF – soit 16 milliards de francs sous gestion à l’époque – à BlackRock en janvier 2013. Si les observateurs s’attendent à ce que le nouveau patron de la banque Tidjane Thiam recentre l’établissement davantage encore sur ses activités de gestion de fortune, notamment en Asie, ils s’attendent néanmoins à ce que celui-ci ne délaisse pas totalement la gestion d’actifs. Notamment parce que celui-ci est aujourd’hui le patron de l’assureur britannique Prudential, un autre acteur en vue du secteur.

■ La Banque cantonale de Zurich

En mettant la main sur Swisscanto en décembre 2014, la Banque cantonale de Zurich (ZKB) a non seulement racheté le spécialiste des fonds de placement créé par les banques cantonales mais également pris la place de troisième gérant d’actifs d’origine suisse. Derrière UBS et Credit Suisse mais devant Pictet et Lombard Odier. A la fin septembre 2014, Swisscanto gérait environ 53 milliards de francs et la ZKB 52 milliards (pour la division gestion d’actifs). Soit un total de quelque105 milliards de francs. «La taille est importante dans la gestion d’actifs, car les pressions du marché sont très fortes, expliquait alors Martin Scholl, directeur général de la banque cantonale. L’activité doit s’industrialiser davantage et permettre des économies d’échelle. La nouvelle entité allie désormais la gestion active de Swisscanto à une gamme de produits passifs de la ZKB. Quant aux fonds distribués jusqu’ici sous la marque ZKB, ils porteront le label Swisscanto à l’avenir.

■ Pictet Asset Management

Les banques privées ont compris depuis longtemps que la seule gestion de fortune ne suffisait plus. Pictet Asset Management, qui revendique 125 milliards d’euros (131 milliards de francs) d’actifs sous gestion à la fin 2014, contre 150 milliards de francs pour les activités de gestion de fortune de la banque, propose ainsi à ses clients – acteurs institutionnels et fonds de placement principalement – une gamme de produits d’investissement faisant appel à une gestion active ou quantitative. «Notre éventail comprend des fonds en actions, en obligations et en instruments du marché monétaire, ainsi que des stratégies alternatives», souligne l’établissement genevois sur son site internet. Quelque 720 collaborateurs travaillent aujourd’hui pour sa division «asset management» – contre 3600 à l’échelon du groupe – sur quelque 17 places financières à travers le monde.

■ Lombard Odier Investment Managers

Lombard Odier Investment Managers (LOIM) est l’unité dédiée à la gestion d’actifs du groupe Lombard Odier. «Au service exclusif d’investisseurs institutionnels.» Elle fournit ainsi des solutions de placement à des caisses de pension, des compagnies d’assurances, des banques centrales, des fonds souverains, et propose des fonds de placement à des distributeurs tiers ainsi qu’à d’autres banques privées. Au 31 décembre 2014, les actifs provenant de la clientèle «Asset Management», investis auprès de LOIM, s’élevaient à quelque 49 milliards de francs. La clientèle privée de la banque représentait, quant à elle, 116 milliards de francs à la fin de l’année dernière. Par ailleurs, l’unité d’asset management de l’établissement genevois emploie aujourd’hui plus de 300 collaborateurs, répartis entre 13 filiales à travers le monde. Dont 106 experts de l’investissement. Le groupe Lombard Odier comptait, de son côté, 2100 employés à la fin 2014 répartis dans 26 bureaux. C’est un associé-gérant de la banque, Hubert Keller, qui est responsable de l’unité de gestion d’actifs.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b9244254-d69c-11e4-95aa-b84293f29f2d/Top_10_des_acteurs_suisses_et_mondiaux_de_la_gestion_dactifs

7 réponses »

    • %%%% vous devriez toujours soutenir vos gouvernements face à la classe des banquiers %%%%
      Au secours !!! Protéger ces prédateurs qui « bouffent » notre gamelle ? Aléa jacta est ! Tout est fini depuis 2007, réveillez vous, nous sommes entrés dans notre ultime période, la survie, la porte du cockpit est encore ouverte, atterrissez !

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  1. La Grèce est hyper-endettée.

    La Grèce est complètement écrasée sous des montagnes de dettes.

    Avril 2015 :

    Le 9 avril, la Grèce devra rembourser 458 millions d’euros au FMI.

    Le 14 avril, la Grèce devra rembourser 1,4 milliard d’euros, et le 17 avril, elle devra rembourser 1 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Problème : en avril 2015, la Grèce est en faillite.

    Solution ( ? ? ? ) du problème :

    Mercredi 8 avril, la Grèce a … emprunté 1,14 milliard d’euros sur les marchés. Durée : 6 mois. Taux : 2,97 %.

    http://www.romandie.com/news/Bonds-Grece-114-mrd-EUR-leves-en-bons-du-Tresor-taux-inchange/582379.rom

    Et en mai 2015 ?

    Le 8 mai, la Grèce devra rembourser 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Le 12 mai, la Grèce devra rembourser 763 millions d’euros au FMI.

    Le 15 mai, elle devra rembourser 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Problème : en mai, la Grèce sera en faillite.

    Solution du problème :

    En mai, l’Allemagne paiera à la Grèce les 279 milliards d’euros qu’elle lui doit depuis la Seconde Guerre Mondiale.

    Et comme ça, la crise de la dette grecque sera finie.

    Et comme ça, tout le monde sera content.

    Et tout est bien qui finit bien.

    Non, je déconne.

    http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/berlin-rejette-les-demandes-de-reparation-de-la-grece-313608

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  2. C’est terminé : il n’y a plus de politique européenne commune.

    La Grèce vient de détruire la politique européenne commune.

    Mercredi 8 avril 2015 :

    Le Grec Alexis Tsipras veut la fin des sanctions contre la Russie.

    Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a appelé mercredi à Moscou l’UE à « abandonner le cercle vicieux des sanctions » contre la Russie. Il a estimé que la mise en oeuvre des accords de paix de Minsk reste « la clé » pour résoudre la crise ukrainienne.

    http://www.romandie.com/news/Le-Grec-Alexis-Tsipras-veut-la-fin-des-sanctions-contre-la-Russie/582456.rom

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  3. Une fois de plus, BA, vous ne comprenez pas la dynamique sous-jacente à l’oeuvre.

    Tsipiras a été convoqué à Washington. Le FMI lui assuré que tout irait bien. Lagarde a sans doute activer des financements « par la bande ». Bilan : la Grèce a « remboursé » le FMI.

    Ensuite le voyage en Russie. De la simple com’, Poutine étant bien entendu willing sur ce coup là. De la com’ pour les Grecs… qu’il faut bien « domestiquer ». On continue d’entretenir le mythe de la « dissension ».

    Bon et là, vous nous refaite les même coup… pour mai ! Ca n’a aucun sens. Pourquoi vous refusez de comprendre le jeu depuis 2008 ?

    En mai, la Grèce « remboursera » comme prévu ses échéances (le comment n’a ici aucune espèce d’importance).

    L’UE, le FMI, tout le monde a intérêt -un intérêt objectif- à ce que le système tourne.

    Un défaut serait catastrophique pour le système. Donc il n’y aura pas de défaut. Et la Grèce ne sortira pas de l’Euro.

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  4. Bollore – Vivendi

    Vous avez remarqué que Bolloré ne cesse d’annoncer qu’il a accru sa participation dans Vivendi alors que les volumes traités sur les marchés ne le permettent pas: Ceci confirme notre hypothèse selon laquelle il avait déjà , dans des parkings, accumulé beaucoup plus de titres qu’il ne l’avait révélé.
    C’est un détournement de l’esprit des textes sur les publications de participations.
    En attendant un premier succès a été obtenu pour les minoritaires et le cout pour faire main basse sur la tirelire Vivendi augmente un peu .

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