Au V.I.T.R.I.O.L.

Avant / Après : Préface et postface à AU V.I.T.R.I.O.L.

Préface et postface à Au vitriol

Préface

Écrite après coup, sans repentir

Ce livre n’a pas été écrit pour durer.
Il a été écrit pour tenir.

Tenir face à une époque qui exigeait des récits réparateurs, des positions lisibles, des indignations conformes et des esthétiques pacifiées. Tenir face à la tentation de transformer le réel en commentaire, la violence du monde en posture, le tragique en discours moral.

Au vitriol est né de ce refus.

Refus de la consolation.
Refus de la neutralisation.
Refus de l’illusion selon laquelle il suffirait de bien raconter le monde pour le rendre habitable.

En 2021, ce refus était difficilement audible. Le monde fonctionnait encore sous anesthésie narrative. La morale tenait lieu de politique. Le progrès servait de refuge conceptuel. La culture agissait comme un écran, non comme un révélateur.

Le livre est arrivé trop tôt — ou plutôt, il est arrivé avant que le réel ne s’impose pleinement.


Ce texte n’est pas un manifeste.
Il n’a jamais cherché à convaincre, ni à fédérer, ni à proposer une issue. Il n’offre ni programme, ni solution, ni récit alternatif. Il se contente d’une chose plus rare : regarder sans aménager.

Deux écritures y coexistent, non par compromis, mais par tension.
Deux manières d’affronter un même réel devenu irréductible.

L’une travaille la fracture intérieure, accepte le tragique, refuse de refermer ce qui ne se referme pas.
L’autre attaque frontalement les mythologies culturelles, démonte les simulacres, assume la collision.

Aucune synthèse.
Aucune pacification.
Aucune promesse.

C’est cette absence de résolution qui a rendu le livre difficile à recevoir. Et c’est elle qui le rend aujourd’hui lisible.


Le monde n’a pas confirmé ce livre.
Il l’a rejoint.

Ce qui apparaissait alors excessif s’est banalisé dans les faits. Ce qui semblait outrancier est devenu descriptif. Ce qui passait pour une colère mal maîtrisée s’est révélé être une lucidité précoce, exprimée dans un registre que l’époque ne savait pas encore accueillir.

Relire Au vitriol aujourd’hui ne revient pas à y chercher des réponses.
Il s’agit d’y retrouver une température : celle d’un moment où le langage commençait déjà à céder sous la pression du réel.


Cette préface n’a pas pour fonction de réhabiliter le livre.
Il n’a pas besoin d’être réhabilité.

Elle ne cherche pas non plus à en atténuer les aspérités.
Elles sont constitutives de ce qu’il est.

Elle se contente d’un constat simple :
certains textes ne vieillissent pas parce qu’ils auraient eu raison, mais parce qu’ils ont refusé de mentir quand mentir était encore la norme.


Le travail mené aujourd’hui sur Le Blog à Lupus s’inscrit dans un autre registre : plus analytique, plus distancié, plus méthodique. Il ne prolonge pas Au vitriol ; il en est la mise en perspective.

Le vitriol n’était pas une posture.
Il était la forme que prenait une lucidité sans filtre, à un moment donné.

Le temps a passé.
Le réel s’est imposé.
Le texte demeure.

Non comme un avertissement.
Mais comme une annonce.

Postface

Après lecture

Ce livre ne demande pas d’accord.
Il n’en a jamais eu besoin.

Il ne cherche ni l’adhésion, ni la justification, ni la réhabilitation. Il ne propose pas de sortie de secours, pas de récit de remplacement, pas de promesse différée. Il s’arrête là où beaucoup préfèrent continuer à parler.

Ce qui a été écrit l’a été sans garantie.

Sans garantie d’être compris.
Sans garantie d’être entendu.
Sans garantie d’être reçu.

Le temps a passé.
Le monde a changé de régime.
Le réel a repris sa place.

Le texte, lui, n’a pas bougé.

Il ne s’agit pas de dire qu’il avait raison.
Il s’agit de constater qu’il n’a pas menti.

Relire Au vitriol aujourd’hui n’est ni un exercice de mémoire ni un geste de fidélité. C’est une confrontation. Avec une époque qui n’est plus la même, et avec un regard qui, lui, n’a pas cherché à s’adapter.

Ce livre ne demande pas à être sauvé.
Il est là.

Comme une annonce.
Comme un point de friction.
Comme un texte écrit avant, et relu après.

Auteurs : Christine Datnowsky & Jef Lupieri

Date de publication : 28 novembre 2021 leblogalupus.com+2amazon.fr+2leblogalupus.com+2

Éditeur : Indépendant (auto‑édition)

Format : Broché, ~504 pages amazon.fr


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2 réponses »

  1. Un livre écrit avant que les récits ne cèdent.
    Relu après que le réel se soit imposé.

    Ce texte rassemble une préface et une postface écrites aujourd’hui, sans correction ni repentir, pour encadrer Au vitriol tel qu’il peut désormais être lu.

    Il ne s’agit pas de défendre un livre, ni d’en expliquer le contenu, mais d’en assumer la place : celle d’un texte écrit trop tôt, et relu dans un monde qui a changé de régime.

    👉 Avant / Après — Préface et postface à Au vitriol

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