VENEZUELA, ACCORDS D’ABRAHAM ET L’ORDRE ÉNERGÉTIQUE AMÉRICAIN**
L’Europe peut moraliser, l’Otan peut gesticuler, les ONG peuvent protester —
mais la géopolitique réelle se joue aujourd’hui sur une mer calme entre deux Amériques.
Car pendant que Washington consolide sa stratégie impériale hémisphérique, un petit pays anglophone de l’Atlantique Sud se transforme en pivot énergétique mondial : le Guyana.
Ce qui se passe au Guyana est l’un des événements géopolitiques les plus significatifs du premier quart du XXIᵉ siècle.
Et il donne une clé puissante pour comprendre la récente opération au Venezuela et la nouvelle configuration énergétique globale.

I. Guyana : du pays ignoré à l’axe énergétique global
Étendu sur un territoire légèrement plus grand que l’État d’Idaho, le Guyana est aujourd’hui un géant pétrolier émergent.
Grâce aux découvertes offshore du bloc Stabroek — estimées à plus de 11 milliards de barils de pétrole — la production a explosé, avec des projections de 1,3 million de barils par jour d’ici quelques années.
Ce qui était autrefois une économie marginale devient un acteur clé :
- potentiel de croissance record,
- attractivité pour ExxonMobil, Chevron, CNOOC, TotalEnergies et autres majors,
- levier géostratégique inégalé sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud.
Ce renversement énergétique place Guyana au cœur de la stratégie américaine, pas seulement comme fournisseur de brut, mais comme pivot de la sécurité énergétique du continent occidental.
II. L’accord stratégique Washington–Georgetown : plus qu’une sécurité, une alliance énergétique
La récente série de rencontres entre hauts responsables américains et le président guyanien Irfaan Ali illustre une profonde reconfiguration régionale.
Un cadre de coopération élargi — militaire, énergétique et diplomatique — est en cours d’établissement, dans le cadre de ce que certains appellent le Trump Corollary à la doctrine Monroe.
Ce cadre dépasse la simple défense territoriale. Il s’agit d’une stratégie visant à :
- Intégrer Guyana dans la défense énergétique américaine, en garantissant la stabilité des approvisionnements pétroliers ;
- Isoler Caracas politiquement et économiquement, en court-circuitant les ambitions territoriales vénézuéliennes sur le Guyana (dispute autour de l’Essequibo) ;
- Faire du littoral caribéen une zone d’influence consolidée, à l’abri des manœuvres extérieures ;
- Soutenir les exportations de pétrole américain vers l’Europe et l’hémisphère occidental, contrecarrant la montée des fournisseurs alternatifs.
Dans cette vision, Guyana n’est plus un voisin énergétique du Venezuela : il est devenu un pilier concret de l’ordre énergétique occidental réaffirmé.
III. Venezuela : diversion ou prélude ?
La prise de contrôle du Venezuela par les forces américaines a, à première vue, été justifiée par des motifs moraux et sécuritaires.
Mais l’opération n’a jamais été seulement morale : elle a été un acte stratégique énergétique clair.
Le renseignement de l’administration américaine a visé à verrouiller l’accès à des réserves que Washington tente de réincorporer au système pétrolier occidental après des décennies d’exil géopolitique.
Or le Venezuela n’est pas seul dans cette équation.
Face à Caracas, le Guyana représente une alternative viable, stable et compatible avec les intérêts occidentaux — notamment américains — sur une échelle pratique plutôt qu’idéologique.
IV. Guyana et les Accords d’Abraham : un modèle exportable ?
L’autre dimension de cette logique est la recomposition énergétique globale.
Si, au Moyen-Orient, les Accords d’Abraham ont été vendus comme un mécanisme de stabilité régionale, ils visaient en réalité une réorganisation énergétique globale :
- lever les blocages géopolitiques inter-étatiques,
- sécuriser des routes et des partenariats énergétiques,
- réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des systèmes dominés par des puissances non occidentales.
Dans ce contexte, la stabilisation du Guyana et son intégration dans la sphère énergétique américaine s’analysent comme l’extension naturelle de cette stratégie.
Un pipeline sous-marin au Moyen-Orient, un corridor logistique en Méditerranée orientale : ces projets ne sont pas séparés du mouvement qui rend Guyana central dans l’énergie occidentale.
Ils sont la même tactique déclinée : sécuriser les ressources, les circuits et les alliances avant qu’une puissance antérieure ne le fasse.
V. Une stratégie impériale cohérente : énergie, hégémonie, influence
La logique n’est plus linéaire, elle est structurée :
- remobiliser une zone historiquement considérée comme “arrière-cour” ;
- garantir l’accès à des hydrocarbures abondants et à faible coût de production ;
- consolider un réseau de partenaires énergétiques compatibles ;
- utiliser l’armature diplomatique pour neutraliser toute tentative de rupture stratégique de l’ordre établi.
Le Guyana ne fait pas qu’exporter du pétrole.
Il valide la refondation d’une ligne hégémonique américaine basée sur l’énergie.
Et cette ligne s’étend avec les mêmes objectifs qui ont présidé aux Accords d’Abraham :
- stabilité régionale,
- corridors énergétiques sécurisés,
- hégémonie stratégique des États-Unis et de leurs alliés.
VI. Conclusion : Vers un nouvel ordre énergétique occidental
Le monde ne se divise plus entre démocratie et autocratie, riche et pauvre, Nord et Sud.
Il se divise entre ceux qui contrôlent l’énergie et ceux qui la subissent.
Le Guyana est le nouvel Eldorado, non seulement par son pétrole, mais parce qu’il incarne la fusion d’un projet énergétique avec une stratégie hégémonique cohérente orientée vers :
- la consolidation géopolitique,
- la sécurisation des approvisionnements,
- la réduction de la dépendance européenne à des blocs hostiles,
- la création d’un espace énergétique occidental intégré.
En filigrane, ce paradigme se retrouve dans les Accords d’Abraham — où l’énergie devient le levier permanent de l’ordre, non seulement économique, mais politique et stratégique.
Le pétrole du Guyana n’est pas une ressource,
c’est une pièce maîtresse de la nouvelle architecture impériale.
VII. Vénézuela vs Guyana — Quand l’ordre énergétique impose son arbitrage**
Au cœur de l’analyse géopolitique, un fait essentiel mérite d’être explicité : le Venezuela détient les plus grandes réserves pétrolières prouvées au monde, estimées à environ 303 milliards de barils, près de 17 % du total mondial.
Cela dit, l’éléphant dans la pièce n’a rien d’idéaliste. Malgré ce trésor, l’industrie pétrolière vénézuélienne est aujourd’hui en grande difficulté technique et infrastructurelle : elle produit moins d’un million de barils par jour — une fraction de ce qu’elle pouvait atteindre — sous l’effet de l’effondrement de la production, des sanctions et du manque d’investissements.
Dans ce contexte, le Guyana apparaît comme le véritable joyau énergétique :
- Plus facile à exploiter (coûts de production très bas et offshore profond accessible),
- Déjà en production soutenue (près de 600 000 à 900 000 barils par jour en croissance rapide).
Les réserves offshore du Guyana sont estimées à plus de 11 milliards de barils, produites et exploitées par un consortium dominé par des majors occidentales — ExxonMobil, Chevron, CNOOC — avec des perspectives d’expansion significative.
Les majors pétrolières américaines disposent aujourd’hui d’actifs plus compétitifs et moins risqués au Guyana qu’au Venezuela, où les coûts et les défis politiques pèsent lourdement.
Ainsi, l’hypothèse stratégique que l’on peut raisonnablement avancer est celle d’un deal implicite entre Washington, les majors et Georgetown :
- Washington s’assure d’une mainmise durable sur le Guyana pétrolier stable, déjà productif et canal direct vers l’hémisphère occidental ;
- En échange, il ouvre la perspective d’un plan de remise en état contrôlée du pétrole vénézuélien, intégrant des capitaux et des technologies américains pour remettre progressivement l’appareil productif en service sous supervision occidentale.
Ce type d’accord explique en coulisses la diminution de l’intérêt immédiat pour la production vénézuélienne brute — déjà techniquement complexe et coûteuse — au profit d’un investissement prioritaire dans des gisements offshore mieux structurés comme ceux du Guyana.
Avec cette perspective, la capture symbolique et stratégique du Venezuela devient moins une revanche immédiate sur Caracas qu’un mécanisme de verrouillage autour de l’énergie guyanaise — la ressource plus accessible, stable, et politiquement maniable — tout en consolidant la position américaine dans la région face aux concurrents globalistes et aux alliés à contenu énergétique alternativiste.
Résultat géopolitique
Ce double mouvement — neutraliser l’appareil pétrolier vénézuélien tout en sécurisant celui du Guyana — ne se limite pas à des calculs économiques. Il s’agit de restructurer l’architecture énergétique de l’hémisphère occidental de manière durable, en installant une capacité de production pétrolière compétitive et sous influence, au moment même où le modèle pétrodollar est mis à l’épreuve.
INFOGRAPHIE — SYNTHÈSE GÉOPOLITIQUE
GUYANA – VENEZUELA – MOYEN-ORIENT
La nouvelle architecture énergétique de l’Empire
1. Le pivot
- 🇬🇾 Guyana : +11 milliards de barils offshore
- Croissance pétrolière la plus rapide du monde
- Alliés clés : majors occidentales, protection US
2. Le verrou
- 🇻🇪 Venezuela : neutralisation stratégique
- Objectif réel : sécuriser la façade caribéenne
- Empêcher toute jonction énergétique hors USD
3. La doctrine
- 🇺🇸 Monroe 2.0 : hémisphère occidental sanctuarisé
- Sécurité = énergie + routes maritimes + alliances
4. Le miroir moyen-oriental
- Accords d’Abraham = pipelines, corridors, stabilité imposée
- Logique identique : pacifier pour sécuriser le gaz/pétrole
5. Le message
L’énergie n’est plus un marché.
C’est une arme géopolitique.

NEW ORDER : TRUTH
Pourquoi ce titre fonctionne parfaitement avec l’article :
- Rythme mécanique, presque industriel : il épouse la logique des flux énergétiques, des pipelines, des routes maritimes et des blocs impériaux.
- Paroles minimalistes et désenchantées : Truth ne proclame rien, il constate — exactement comme cette lecture géopolitique, débarrassée des fictions morales.
- Froideur post-idéologique : ni lyrisme révolutionnaire, ni pathos humanitaire — seulement la réalité nue des rapports de force.
- Esthétique début des années 80 : l’instant précis où le monde bascule du politique vers le systémique, du discours vers l’infrastructure.
EPITAPHE
La vérité ne crie pas. Elle avance en silence, au rythme sec des machines et des empires.

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Catégories :Etats-Unis, Europe, Géopolitique Friction, GUYANA, Pétrole













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🛢️ GUYANA, VENEZUELA, ACCORDS D’ABRAHAM : LE NOUVEL ORDRE ÉNERGÉTIQUE IMPÉRIAL
Pendant que les commentateurs parlent morale, démocratie et droit international, l’Histoire réelle avance par pipelines, détroits et barils.
La prise de contrôle du Venezuela n’est pas un épisode isolé.
Elle s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large :
➡️ verrouiller l’hémisphère occidental,
➡️ sécuriser l’approvisionnement énergétique,
➡️ contenir la Chine, les BRICS et toute tentative de dédollarisation.
Le Guyana, petit pays longtemps ignoré, devient le cœur discret de ce basculement.
Comme au Moyen-Orient avec les Accords d’Abraham, Washington ne cherche pas la paix : il cherche la stabilité énergétique.
Quand le pétrole parle, les discours se taisent.
👉 Article complet sur Le Blog à Lupus.
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