Petit traité de démence expressive à l’usage des élites éclairées
Il fallait bien que cela arrive.
À force de confondre politique et thérapie de groupe, l’Occident a fini par produire une gauche hystérique qui ne pense plus, ressent ; et une intelligentsia qui n’analyse plus le pouvoir, le psychanalyse à distance, comme on commenterait un voisin bruyant depuis un balcon haussmannien.
Le dernier chef-d’œuvre en date ?
Un article très sérieux, très grave, très “continentale”, se demandant si Donald Trump est fou. Fou, au sens clinique, bien entendu. Narcissique. Délirant. Mégalomane. Bref, un patient.
À ce stade, ce n’est plus de la politique :
c’est du Freud de salle d’attente, version abonnement subventionné.

I. Quand la gauche ne comprend plus le réel, elle le médicalise
La gauche contemporaine ne débat plus.
Elle diagnostique.
L’adversaire n’a pas tort, il est malade.
Il n’a pas d’arguments, il a des troubles.
Il ne gagne pas des élections, il fait des rechutes.
Trump n’est pas un dirigeant élu à plusieurs reprises par des dizaines de millions d’Américains.
C’est un “narcissique pathologique”.
L’électeur n’est pas en désaccord.
Il est “désinformé”, “toxique”, “radicalisé”.
C’est pratique, la psychiatrisation du politique :
elle évite de répondre au fond,
elle permet de mépriser en toute bonne conscience,
et surtout elle transforme l’échec idéologique en supériorité morale.
II. La nouvelle égérie de gauche : émotion, cris et vertu ostentatoire
Parallèlement, un autre phénomène explose :
la montée d’une gauche hyper-féminisée, hyper-émotive, hyper-moralisante, qui a remplacé le projet politique par la performance affective permanente.
Tout est vécu sur le mode de l’urgence psychique :
- frontières = traumatisme,
- désaccord = agression,
- réalité = violence symbolique.
On ne gouverne plus, on réagit.
On ne construit plus, on s’indigne.
On ne convainc plus, on hurle sa vertu.
Cette gauche ne cherche pas à transformer le réel.
Elle cherche à s’y dissoudre émotionnellement.
Ce n’est plus une idéologie.
C’est une névrose collective avec hashtags.
III. Trump “fou” ou Trump miroir grossissant ?
Alors revenons à Trump.
Est-il narcissique ? Évidemment.
Comme tous les dirigeants historiques dotés d’un instinct de pouvoir.
Est-il théâtral ? Bien sûr.
Nous vivons dans un monde où le spectacle est devenu la grammaire du politique.
Mais le qualifier de “fou” n’explique rien.
Cela rassure ceux qui ont perdu, voilà tout.
Trump n’est pas une anomalie clinique.
Il est le miroir grossissant d’un système :
- médiatique,
- attentionnel,
- conflictuel,
- saturé d’émotion.
Ce n’est pas lui qui a transformé la politique en cirque.
Il a simplement compris comment le cirque fonctionnait.
IV. Le véritable délire n’est pas chez Trump, mais chez ses commentateurs
Le vrai délire est ailleurs.
Il est chez ceux qui croient qu’un président des États-Unis gouverne contre son appareil d’État,
chez ceux qui imaginent qu’un “fou” pourrait durablement contrôler :
- l’armée,
- les marchés,
- les alliances,
- les institutions.
Ce fantasme du tyran dément permet une chose essentielle :
ne jamais regarder la faillite intellectuelle de ceux qui le dénoncent.
Si Trump est fou, alors :
- nous n’avons pas perdu,
- nous avons été victimes,
- nous avions raison moralement.
C’est la psychiatrie comme antidépresseur idéologique.
V. Philippe Muray l’avait vu venir : l’Empire du Bien contre le réel
Ce que nous vivons est exactement ce que Muray annonçait :
la Fête permanente, l’Empire du Bien, la moraline devenue pouvoir.
Une gauche qui ne supporte plus le réel
et qui, incapable de le transformer, cherche à le disqualifier psychiquement.
Quand la politique devient une thérapie collective,
le premier interdit devient la lucidité.
Conclusion lupienne : le rire comme ultime arme
La gauche hystérique ne gagnera pas.
Mais elle continuera à crier, diagnostiquer, excommunier.
Les intellectuels de salon continueront à publier des articles graves expliquant que le réel est fou,
pendant que le réel, lui, continuera sans eux.
Trump passera.
La gauche actuelle aussi.
Ce qui restera, c’est cette leçon brutale :
Quand une idéologie cesse de comprendre le monde,
elle commence à le médicaliser.
Et quand elle ne sait plus gouverner,
elle se console en se croyant saine parmi des fous.
Rire de tout cela n’est pas du cynisme.
C’est encore une forme de santé mentale.
Et par les temps qui courent,
ce n’est déjà pas si mal.

Post-scriptum incendiaire — Quand le dissident devient un patient
La question n’est plus provocatrice.
Elle est logique.
À partir du moment où le désaccord est requalifié en symptôme, où l’opinion contraire devient un trouble, où l’adversaire n’a plus tort mais est “déséquilibré”, la pente est connue. Elle est ancienne. Elle est documentée. Elle est tragique.
Les régimes du XXᵉ siècle n’ont pas commencé par la prison.
Ils ont commencé par le diagnostic.
En Union soviétique, on n’emprisonnait pas d’abord les dissidents.
On les soignait.
Puisqu’ils n’étaient pas d’accord avec le Parti, c’est qu’ils étaient malades.
Et puisqu’ils étaient malades, on les traitait — contre leur gré, évidemment, pour leur bien.
Le totalitarisme le plus abouti ne réprime pas d’emblée.
Il médicalise.
Ce n’est pas la police qui arrive en premier.
C’est l’expert, le psy, le comité éthique, le collège scientifique, l’instance de “prévention”.
Aujourd’hui, le dispositif est encore soft, feutré, occidental :
- on “déplatforme”,
- on “réoriente”,
- on “accompagne”,
- on “déconstruit”.
Mais la logique est identique :
le dissident n’est plus un citoyen, c’est un cas.
Et quand le pouvoir commence à penser en termes de “cas”,
la question n’est plus si l’hôpital arrive,
mais sous quelle forme, avec quels mots, et à quel rythme.
La différence avec les vieux régimes ?
Ils étaient brutaux et se savaient tels.
Le nôtre est plus dangereux, parce qu’il se croit bienveillant.
L’enfermement commence toujours par un diagnostic.
Les barreaux viennent après.
Ce n’est pas une prophétie.
C’est une leçon d’Histoire.
Et comme toujours,
ceux qui rient aujourd’hui de la question
seront ceux qui, demain, expliqueront
qu’ils “n’avaient pas vu venir”.

Chute murayienne
Ils ne veulent plus te faire taire.
Ils veulent te guérir.
Ils n’interdisent plus.
Ils expliquent.
Ils ne censurent plus.
Ils protègent.
Le dissident d’hier était un ennemi.
Celui d’aujourd’hui est un inadapté.
Et celui de demain sera un patient à accompagner.
Tout est plus propre ainsi.
Plus doux.
Plus souriant.
L’Histoire n’avance plus bottée, elle avance chaussons thérapeutiques aux pieds, armée de diagnostics bienveillants et de fiches de suivi.
Et quand plus personne ne résiste,
on pourra enfin proclamer la victoire suprême de l’Empire du Bien :
un monde pacifié,
sans conflits,
sans oppositions,
sans liberté —
mais parfaitement soigné.

SIMPLE MINDS : Premonition
Le choix de Premonition de Simple Minds est d’une pertinence presque ironique pour clore.
Premonition n’est pas une chanson de révolte.
C’est une intuition froide, une sensation d’orage avant l’orage, exactement à la hauteur de cette époque où tout se met en place avant même que la contrainte n’apparaisse.
Le morceau accompagne parfaitement :
- la psychiatrisation douce du dissident,
- la moralisation thérapeutique du pouvoir,
- l’avancée feutrée d’un ordre qui ne se présente jamais comme tel.
Chez Simple Minds, il n’y a pas de cris, pas de slogans.
Il y a cette tension sourde, ce pressentiment que quelque chose bascule sans bruit.
C’est la bande-son idéale d’un monde où l’on ne t’enferme pas encore,
mais où l’on commence à te regarder comme un cas.
Une musique de veille, de lucidité inquiète —
parfaite pour accompagner une chute murayienne qui ne conclut pas par un coup de tonnerre,
mais par un silence chargé de sens.

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Quand le désaccord devient un symptôme,
quand l’opinion contraire est requalifiée en trouble,
quand l’adversaire n’a plus tort mais est “déséquilibré”,
la politique a déjà quitté le terrain du débat.
Elle est entrée en psychiatrisation du dissident.
Ce glissement n’a rien d’original.
Il est ancien, documenté, tragiquement banal.
Les régimes du XXᵉ siècle n’ont pas commencé par la prison :
ils ont commencé par le diagnostic.
Aujourd’hui, la méthode est plus douce, plus souriante, plus “inclusive” :
Mais la logique est identique :
le dissident n’est plus un citoyen, c’est un cas.
Quand le pouvoir se met à penser en termes de “cas”,
la question n’est plus si l’enfermement arrive,
mais sous quelle forme, avec quels mots, et à quel rythme.
👉 Article + post-scriptum incendiaire à lire sur Le Blog à Lupus.
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