Art de la guerre monétaire et économique

Humeur de LOUP : La pathologisation du peuple ou quand la dissidence devient une maladie

Il existe aujourd’hui une ruse du pouvoir plus efficace que la censure frontale et plus pernicieuse que la propagande classique. Elle ne consiste plus à interdire la parole dissidente, mais à la médicaliser, à la sociologiser, à la diagnostiquer.
Ce que le peuple vit devient un symptôme.
Ce qu’il pense devient un biais.
Ce qu’il ressent devient une manipulation.

Bienvenue dans l’ère où la contestation n’est plus fausse : elle est « mal informée ».


Du citoyen au patient : la grande inversion

Le tour de passe-passe est désormais rodé.
Quand une partie croissante de la population cesse d’adhérer aux récits dominants — sur l’économie, l’immigration, la sécurité, la guerre, la technologie — on ne se demande plus pourquoi cette rupture a eu lieu. On décrète qu’elle est irrationnelle.

Le peuple n’est plus un acteur politique :
il devient un objet d’étude.

On ne débat plus avec lui.
On l’analyse.
On le dissèque.
On l’explique à sa place.

Et surtout, on le corrige.


L’illusion du surplomb : la morale déguisée en science

Le discours dominant a troqué la morale explicite pour le lexique feutré des sciences sociales. On parle de mécanismes d’adhésion, de biais cognitifs, de dynamiques de groupe, de besoin d’appartenance. Le vocabulaire se veut neutre ; l’intention ne l’est pas.

La thèse implicite est simple, brutale, et jamais discutée :
si les gens pensent mal, c’est qu’ils ont été mal influencés.

Jamais l’hypothèse inverse n’est sérieusement envisagée :
— et si les institutions avaient perdu leur légitimité ?
— et si les faits contredisaient les discours officiels ?
— et si la rupture venait d’en haut, et non d’en bas ?

Non.
La faute ne peut être que celle du public.


Le crime d’appartenance

Le cœur de l’accusation est toujours le même : l’identité.

Dès qu’un groupe humain affirme un nous — culturel, national, populaire — il est suspecté de dérive, de fermeture, de danger. Comme si l’appartenance était en soi une pathologie.

Pourtant, il n’existe :
— aucune société sans frontières symboliques,
— aucune communauté sans distinction,
— aucune politique sans ligne de partage.

Ce que l’idéologie dominante refuse, ce n’est pas le nous en général.
C’est le nous qui lui échappe.

Un nous non certifié.
Un nous non conforme.
Un nous qui ne demande plus l’autorisation morale.


L’immigration comme révélateur, pas comme obsession

On reproche à certains discours de faire de l’immigration une frontière ontologique. Mais si ce sujet est devenu central, c’est qu’il concentre toutes les fractures réelles :

  • pression sur les services publics,
  • concurrence sur le travail,
  • insécurité culturelle et parfois physique,
  • mensonges politiques répétés.

Ce n’est pas un fantasme médiatique.
C’est une expérience quotidienne.

Refuser d’en parler clairement, c’est transformer le réel en tabou.
En parler, ce n’est pas fabriquer de la haine : c’est nommer ce qui est vécu.


Quand le doute devient un trouble cognitif

La phase suivante est plus grave encore. Elle consiste à expliquer que ceux qui doutent souffrent d’une déficience intellectuelle : épistémologie dégradée, vision du monde auto-fermée, désinformation chronique.

Traduction :
si vous ne croyez plus les médias dominants, c’est que votre cerveau fonctionne mal.

C’est la fin de la démocratie au sens strict.
Car une démocratie suppose le droit fondamental de ne pas croire.

Quand le doute devient suspect,
quand la critique devient pathologique,
quand la dissidence devient un symptôme,
alors le débat est mort.

Il ne reste que la rééducation douce.


Le mensonge central : le peuple serait isolé

On affirme que ceux qui s’éloignent des récits officiels seraient enfermés, coupés des sources fiables, pris au piège de bulles. C’est exactement l’inverse.

Jamais dans l’histoire autant de citoyens n’ont eu accès :
— aux données brutes,
— aux sources étrangères,
— aux comparaisons internationales,
— aux archives,
— aux contradictions factuelles.

Ce qui dérange, ce n’est pas l’isolement du public.
C’est son désenclavement.

Il ne se contente plus d’une seule voix.
Il compare.
Il recoupe.
Il constate les écarts entre promesses et résultats.

Et cela, pour le pouvoir symbolique, est insupportable.


La vraie peur des élites : perdre le monopole du sens

Ce que l’on appelle aujourd’hui radicalisation, populisme ou dérive identitaire n’est souvent rien d’autre qu’un rééquilibrage du rapport au réel.

Pendant des décennies, une minorité a prétendu :
— définir le bien,
— définir le vrai,
— définir le possible,
— définir le dicible.

Ce monopole se fissure.

Alors on dégaine l’arsenal conceptuel : diagnostics, grilles d’analyse, soupçons psychologiques.
Non pour comprendre,
mais pour disqualifier.


Conclusion : le peuple n’est pas malade, il est lucide

Le peuple n’est pas une secte.
Il n’est pas un troupeau manipulé.
Il n’est pas un patient à soigner.

Il est un survivant dans un monde de récits effondrés.

Quand il se regroupe, ce n’est pas par haine,
mais par instinct de conservation.

Quand il doute, ce n’est pas par ignorance,
mais par mémoire.

Quand il refuse certains discours, ce n’est pas parce qu’il est mal informé,
mais parce qu’il a trop vu.

La véritable pathologie n’est pas populaire.
Elle est élitaire.

C’est la maladie de ceux qui ne supportent plus que le réel leur résiste.

Infantiliser le peuple : mode d’emploi pour lui interdire l’accès au réel

La pathologisation ne suffit plus.
Après avoir déclaré le peuple mal informé, il faut désormais le dire immature.

Nous sommes entrés dans une phase supérieure du mépris politique :
celle où l’on traite les citoyens comme des mineurs cognitifs.

Le raisonnement est d’une simplicité redoutable :
— puisque le peuple doute,
— puisqu’il compare,
— puisqu’il refuse certains récits,
alors il serait incapable de discernement.

Et s’il est incapable de discernement, il n’a plus droit à l’information brute.


L’immaturité comme justification de la censure

C’est ici que la boucle se referme.

On n’interdit plus l’accès à certaines informations au nom de la vérité,
mais au nom de la protection.

On explique doctement que :
— certaines images sont trop choquantes,
— certaines données trop complexes,
— certaines analyses trop “déséquilibrantes”,
— certains faits trop “désinformants”.

Le peuple n’est plus un citoyen :
il devient un enfant nerveux à qui l’on retire les objets dangereux.

On ne coupe pas Internet :
on filtre.
On ne ferme pas les livres :
on contextualise.
On ne supprime pas les discours :
on les déclasse.


De la tutelle politique à la tutelle mentale

C’est une révolution silencieuse.

Le suffrage universel demeure,
mais l’accès égal au réel disparaît.

Certains seraient “capables” de lire les chiffres,
d’interpréter les conflits,
de comprendre l’économie,
de supporter la violence du monde.

Les autres — la majorité — devraient être préservés d’eux-mêmes.

Nous retrouvons ici une vieille tentation aristocratique :
le peuple est dangereux non parce qu’il est violent,
mais parce qu’il pense sans autorisation.


Le nouveau clergé : experts, fact-checkers et modérateurs

Dans ce système, un clergé se reconstitue.

Il ne porte plus la soutane,
mais la blouse symbolique de l’expertise.

Ce sont :
— les fact-checkers,
— les modérateurs de plateformes,
— les comités d’éthique,
— les cellules de “lutte contre la désinformation”.

Ils ne débattent pas.
Ils tranchent.

Ils ne réfutent pas.
Ils étiquettent.

Ils ne convainquent pas.
Ils retirent l’accès.


La vérité interdite au nom de la santé mentale

La logique est désormais assumée :
trop de vérité serait toxique.

Trop d’images de guerre traumatiseraient.
Trop de chiffres sur l’immigration radicaliseraient.
Trop d’analyses sur la finance déstabiliseraient.
Trop de récits concurrents fragmenteraient.

Donc on soigne.
En amputant.

Mais une société qui protège ses citoyens du réel
ne fabrique pas des adultes apaisés.
Elle fabrique des sujets dépendants.


Conclusion

Infantiliser le peuple, ce n’est pas le protéger.
C’est le désarmer.

C’est lui interdire l’accès au réel
au nom de son prétendu bien-être.

C’est remplacer la censure par la condescendance,
l’autorité par la tutelle,
la politique par la pédiatrie.

Et comme toujours dans l’Histoire,
ce n’est jamais le peuple qu’on protège ainsi.

C’est le pouvoir
contre la lucidité de ceux qu’il gouverne.

Warm Leatherette – The Normal

Pourquoi cette bande-son :

  • Elle ne moralise pas, elle objectifie.
  • Elle ne crie pas la révolte, elle décrit le régime.
  • Elle épouse parfaitement la logique que tu démontes : le pouvoir ne réprime plus, il administre.

The Normal est exactement au point d’équilibre :

C’est la bande-son d’un monde qui n’a plus besoin de violence,
parce qu’il a remplacé la politique par la procédure.

— Procédure achevée

Ils ne nous feront pas taire.
Ils nous feront consentir.

Ils ne diront plus : vous avez tort.
Ils diront : vous êtes fragiles.

Ils ne diront plus : c’est interdit.
Ils diront : c’est pour votre bien.

Le citoyen n’est plus un adversaire.
Il est un cas.

La dissidence n’est plus une faute.
Elle est un trouble.

La démocratie n’est plus un conflit.
Elle est une interface.

Quand le réel devient anxiogène,
on n’en change pas le contenu,
on en filtre l’accès.

Quand le peuple voit trop clair,
on ne l’écoute pas,
on le met sous tutelle.

Et quand il persiste,
on ne le combat plus :
on le désactive.

Fin de la procédure.
Merci de votre compréhension.

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3 réponses »

  1. LA DISSIDENCE N’EST PLUS FAUSSE.
    ELLE EST DÉSORMAIS “MAL INFORMÉE”.

    Nouvelle ruse du pouvoir :
    quand il ne peut plus censurer, il pathologise.
    Quand il ne convainc plus, il diagnostique.
    Quand le peuple doute, il ne débat pas — il prescrit.

    La contestation devient un symptôme.
    L’appartenance devient un trouble.
    La mémoire devient une radicalisation.

    Ce n’est pas une crise de l’information.
    C’est une crise du monopole du sens.

     Dans cet article, Le Blog à Lupus démonte la mécanique :
    comment infantiliser le peuple pour mieux lui interdire l’accès au réel,
    comment transformer la démocratie en tutelle,
    et comment la dissidence est devenue une maladie administrative. À lire, partager, archiver.
    Parce qu’un peuple qu’on traite comme un patient finit toujours par refuser le traitement.

    À lire, partager, archiver.

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