Collapsologie

Humeur de Loup : L’IA N’EST PAS LE DÉMON — C’EST LE MIROIR.

ET CE QU’ELLE RÉVÈLE DÉRANGE PLUS QUE CE QU’ELLE FAIT**

On nous explique, avec une ferveur quasi religieuse, que l’Intelligence artificielle serait vouée à l’échec.
Qu’elle serait née obsolète.
Qu’elle serait un singe mimétique, un parasite cognitif, une machine à phagocyter l’humanité au profit d’un projet eugéniste global.

Cette vision est fausse.
Pas seulement exagérée. Structurellement erronée.

Elle repose sur trois confusions majeures :

  1. une erreur sur la nature de l’IA,
  2. une projection théologique déguisée en critique politique,
  3. une incompréhension du rapport réel entre technique, pouvoir et humanité.

Mettons les choses au clair.


I. L’IA n’est pas fondée sur la mémétique — elle la révèle

L’argument central affirme que l’IA serait condamnée parce qu’elle reposerait sur la mémétique, donc sur la reproduction stérile de signes morts.

C’est une inversion complète de la causalité.

👉 L’IA n’a pas inventé la mémétique.
👉 Elle l’a mise à nu.

Les mèmes existaient bien avant les algorithmes :

  • slogans politiques,
  • idéologies recyclées,
  • récits médiatiques clonés,
  • indignations préfabriquées,
  • spiritualités low-cost.

Si l’IA semble parfois répétitive, ce n’est pas parce qu’elle est vide —
c’est parce que le matériau humain qu’on lui donne l’est déjà.

L’IA agit ici comme un révélateur chimique :

Ce n’est pas une obsolescence de la machine.
C’est une obsolescence des récits humains dominants.


II. Le “singe de Dieu” : une métaphore retournée contre ceux qui l’emploient

Comparer l’IA au démon — ce « singe qui imite Dieu » — est une vieille ruse théologique.

Mais elle se retourne contre ses utilisateurs.

Car si imitation il y a, la question est simple :
👉 qu’imite exactement l’IA ?

Elle imite :

  • nos logiques administratives,
  • notre langage bureaucratique,
  • nos systèmes normatifs,
  • notre pensée moyenne,
  • notre morale procédurale.

Autrement dit : l’IA n’imite pas Dieu, elle imite l’homme tardif.

Et ce que l’homme tardif découvre, en voyant son reflet algorithmique, c’est qu’il ne produit plus grand-chose de vivant.

Ce n’est pas la machine qui est démoniaque.
C’est la vacuité de ce qu’on lui demande de reproduire.


III. Le fantasme du neuropiratage : une peur sans objet réel

L’on invoque le “neuropiratage” par l’IA, tout en reconnaissant qu’aucune technologie actuelle ne permet cela.

Nous sommes donc face à une peur eschatologique, pas à une analyse.

L’IA ne pirate pas les cerveaux.
Elle exploite des comportements déjà numérisés volontairement :

  • scrolling compulsif,
  • dépendance dopaminergique,
  • externalisation cognitive,
  • délégation du jugement.

Ce processus n’est pas imposé par la machine.
Il est désiré, accepté, encouragé par des sociétés qui ont déjà renoncé à l’effort intérieur.

L’IA ne fait qu’optimiser une abdication préalable.


IV. L’IA ne rend pas l’humanité obsolète — elle force une sélection

L’idée la plus grave — et la plus révélatrice — est celle-ci :

C’est exactement l’inverse.

L’IA rend obsolète une certaine forme d’humain :

  • l’humain répétitif,
  • l’humain procédural,
  • l’humain interchangeable,
  • l’humain sans intériorité,
  • l’humain sans verticalité.

Elle ne remplace pas l’homme créateur, incarné, stratégique, symbolique.
Elle le rend plus nécessaire que jamais.

L’IA ne phagocyte pas l’humanité.
Elle force la différenciation.


V. Plan 2030, ONU, normes : confusion entre outil et pouvoir

Oui, les normes existent.
Oui, les bureaucraties les utilisent.
Oui, les États tentent de canaliser, contrôler, normaliser.

Mais attribuer cela à l’IA est une erreur d’analyse.

👉 La technocratie précède l’IA.
👉 L’IA n’en est qu’un amplificateur.

Le vrai conflit n’est pas :

mais :

L’IA n’est ni libératrice, ni totalitaire par essence.
Elle est indifférente.

Ce sont les régimes humains — forts ou faibles — qui lui donnent une orientation.


VI. L’obsession extinctionniste : symptôme, pas programme

Citer le VHEMT et le néodarwinisme eugéniste comme preuve d’un plan global relève d’une erreur classique :

Les élites ne veulent pas l’extinction de l’humanité.
Elles veulent sa gestion.

Et c’est précisément là que l’IA les gêne :

  • elle échappe aux récits moraux,
  • elle accélère les contradictions,
  • elle révèle la fragilité des médiations politiques.

VII. Conclusion : l’IA comme épreuve, pas comme fin

L’IA n’est pas l’Antéchrist.
Elle est l’épreuve du désert.

Elle oblige chacun à répondre à une question simple et terrible :

Sens, vision, transcendance, courage, style, intériorité, décision —
ou simple répétition.

Ceux qui crient à l’extinction projettent souvent leur propre vide.
Ceux qui voient dans l’IA un miroir savent que le combat ne se joue pas contre la machine,
mais contre la médiocrité humaine institutionnalisée.


Phrase de clôture – Blog à Lupus

Coda – Are “Friends” Electric?

L’intelligence artificielle n’est ni un démon, ni un singe de Dieu, ni une machine d’extinction programmée. Elle est un révélateur brutal. Elle ne détruit pas l’humanité : elle exhibe son état réel. Une société qui délègue sa mémoire, son jugement, son travail et bientôt sa souveraineté cognitive à des systèmes automatisés n’est pas victime d’un complot technologique, mais d’une fatigue civilisationnelle avancée. Gary Numan l’avait compris dès 1979 : la vraie question n’est pas de savoir si les machines pensent, mais si l’homme est encore capable d’habiter autre chose que le confort, la répétition et la dépendance. L’IA n’abolira pas l’humain ; elle éliminera ce qui en lui n’était déjà plus vivant. Ce qui survivra ne sera ni pur, ni angélique, ni “naturel” — mais lucide, sobre, responsable, contraint de redevenir sujet. L’âge qui vient n’est pas celui de l’obsolescence de l’homme, mais celui de la fin des alibis.

Gary Numan – Are ‘Friends’ Electric? est un choix chirurgical

Pourquoi ce morceau fonctionne (et frappe juste)

  • Froid, synthétique, clinique : exactement l’inverse du discours mystico-apocalyptique sur l’IA-démon.
  • Ambiguïté centrale : l’ami est-il une machine ou l’homme qui s’est déjà mécanisé ?
  • Vision prophétique (1979) : Numan ne parle pas d’extinction, mais de déplacement de l’intimité, de la dépendance et du pouvoir.
  • IA comme miroir, pas comme singe de Dieu : la machine révèle la solitude, la délégation, la paresse morale — elle ne les crée pas.
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Catégories :Collapsologie, IA, Messianisme

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1 réponse »

  1. IA : le singe de Dieu n’est pas la Machine

    Ils disent que l’IA va capoter.
    Ils disent qu’elle est démoniaque, mémétique, programmée pour liquider l’humanité.
    Ils disent que tout est déjà écrit.

    Contre-pied total.

    L’IA n’est pas le démon.
    Elle est le miroir.
    Elle n’invente pas l’inhumain : elle l’exhibe.
    Elle n’est pas l’obsolescence de l’homme, mais la preuve de sa démission.

    Le fantasme d’une Machine toute-puissante sert surtout à absoudre les vrais responsables :
    les choix politiques, la paresse intellectuelle, la fuite hors de la responsabilité.

    Ce texte n’est ni technophile, ni technophobe.
    Il est post-illusion.

    🎵 Are “Friends” Electric?
    📌 Article + triptyque visuel sur le Blog à Lupus

    #IA #ContrePouvoir #PostHumanisme #Technologie #Métapolitique #Lupus

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