Etats-Unis

EPSTEIN II — VERSION NOIRE IMPÉRIALE

Liturgie de la neutralisation. Théologie du camouflage. Politique du dégoût.

Il y a un moment, dans la vie des empires, où l’on cesse de gouverner par la loi.
Et où l’on commence à gouverner par l’ordure.

Ce moment est arrivé.

Epstein n’est pas un scandale.
Epstein est un rite.
Un rite de passage. Un rite de domination. Un rite d’impunité.

Le système ne s’est pas “salit” avec Epstein.
Il s’y est reconnu.

Et en 2026, ce n’est pas l’affaire qui éclate.
C’est la structure qui se dévoile — mais à sa manière :
non pas en vérité, mais en liturgie.


I — L’Empire ne tombe pas sur un scandale : il s’en nourrit

L’idée que “les révélations” vont renverser le pouvoir est une idée de citoyens.
Le pouvoir réel ne fonctionne pas ainsi.

Le pouvoir réel ne tombe pas quand on le prend en faute.
Il tombe quand il perd sa capacité à transformer la faute en matière première.

Or l’Empire occidental, en 2026, est devenu une machine parfaite :
il transforme le crime en spectacle,
le spectacle en fatigue,
la fatigue en soumission.

Epstein n’est pas une bombe.
Epstein est un composant.


II — La transparence : la nouvelle censure

L’ancien monde censurait.
Le nouveau monde publie.

Il publie des montagnes.
Il publie des tonnes.
Il publie des millions.

Il publie pour que tu ne puisses plus lire.
Il publie pour que tu ne puisses plus penser.
Il publie pour que la vérité devienne un marécage.

La transparence n’est plus un droit.
C’est une technique.

Le pouvoir a compris la formule suprême :


III — L’horreur comme arme de disqualification

Le cœur de l’affaire Epstein est déjà suffisant pour provoquer une crise de civilisation :
trafic, capture, chantage, protection, impunité.

Mais le système ne peut pas se contenter de laisser ce cœur à nu.

Alors il fait ce qu’il fait toujours :
il injecte du toxique.

Il ajoute des fragments si noirs, si extrêmes, si invérifiables,
qu’ils produisent l’effet mécanique attendu :

  • le rationnel recule
  • le journaliste ricane
  • le juge s’écarte
  • le citoyen se tait
  • l’élite respire

La méthode est connue depuis l’Antiquité :

Et l’on obtient une vérité inutilisable.


IV — La Tech se déchire : le nouveau théâtre du pouvoir

Ce qui est fascinant, c’est que l’affaire Epstein s’est déplacée.

Elle quitte les palais.
Elle quitte les chancelleries.
Elle quitte les salons.

Elle entre dans le cœur de la nouvelle aristocratie :
la Tech.

Gates nie.
Hoffman “regrette”.
Musk accuse.
Les milliardaires s’écharpent sur fond de mails, de “cadeaux”, de passeports oubliés, de fêtes supposées.

Le spectacle est grotesque.
Mais il est révélateur.

Car ce n’est pas un conflit moral.
C’est un conflit de succession.

Epstein, c’était l’ancien régime :
îles, jets, clubs, compromats, services.

La Tech, c’est le nouveau régime :
IA, plateformes, monnaie numérique, surveillance, guerre cognitive.

Ce que tu vois aujourd’hui, c’est simple :


V — Le fait métaphysique : aucune arrestation

Tu peux publier trois millions de documents.
Tu peux lâcher des noms.
Tu peux faire hurler la foule.

Mais tant qu’il n’y a pas d’arrestations majeures,
ce n’est pas une purge.

C’est une mise en scène.

Et l’absence d’arrestations dit une chose avec une brutalité absolue :

Et s’il protège encore, c’est que la fonction n’est pas morte.


VI — La thèse interdite : Epstein n’était pas un homme. Epstein était un dispositif.

Un réseau de cette nature ne naît pas de la perversité d’un individu.
Il naît de l’utilité stratégique.

Il n’y a pas de trafic transnational,
pas de compromats,
pas d’accès aux sommets,
pas d’immunité,
pas de longévité,

sans une chose que l’Occident refuse de nommer :

Et la protection institutionnelle ne relève pas d’un complot.
Elle relève de la logique même du pouvoir.

Le pouvoir protège ce qui lui sert.
Le pouvoir écrase ce qui le menace.

Epstein n’a pas été protégé malgré ses crimes.
Il a été protégé à cause de leur valeur opérationnelle.


VII — Le choix Trump : purge ou pacte ?

Voilà le point qui rend tout explosif.

Si Trump publie, s’il pousse, s’il purge :
c’est une guerre civile interne à l’Empire.

S’il temporise, s’il “passe à autre chose” :
c’est qu’il a compris que le dossier est un champ de mines.

Dans tous les cas, Epstein n’est pas un dossier judiciaire.

C’est une arme.

Et toute arme peut être retournée.


VIII — Le peuple découvre le vrai visage du pouvoir : l’inhumain administratif

L’Occident moderne est incapable de regarder le mal en face.

Il a remplacé le jugement par la procédure.
La vérité par la communication.
La justice par la gestion de crise.

Il ne sait plus dire :
“Voilà le mal.”

Il sait seulement dire :
“Voilà un dossier.”

Il ne sait plus punir.
Il sait seulement “auditer”.

Il ne sait plus purifier.
Il sait seulement “réguler”.

Il ne sait plus expulser l’ordure.
Il sait seulement l’intégrer.


IX — La vérité terminale : l’élite n’est plus une élite. C’est une caste.

Epstein ne révèle pas seulement des crimes.
Il révèle une mutation anthropologique.

Il existe, au sommet, une classe qui agit comme si elle était extérieure à l’espèce humaine commune.

Elle ne se vit pas comme une élite gouvernante.
Elle se vit comme une espèce séparée.

Et quand une caste se perçoit comme séparée,
elle ne respecte plus rien.

Ni lois.
Ni limites.
Ni morale.
Ni peuple.


X — Pourquoi rien ne change ? Parce que le système a trouvé plus fort que le mensonge : le dégoût.

Le mensonge peut être combattu.
Le dégoût paralyse.

Epstein est la matière noire du système, oui.
Mais le système possède une arme plus noire encore :

Il te montre l’horreur.
Il te laisse la regarder.
Puis il attend.

Il attend que tu sois épuisé.
Il attend que tu dises :
“Tout est pourri.”

Et quand tu dis “tout est pourri”,
tu viens de lui donner ce qu’il voulait :


CONCLUSION — L’Empire de la fin : gouverner par la souillure

Dans l’ancien monde, le scandale détruisait la légitimité.
Dans le nouveau monde, le scandale est une ressource.

L’Empire ne survit pas malgré Epstein.
Il survit grâce à Epstein.

Et l’histoire retiendra peut-être ceci :

POSTFACE — SALÒ, PORTIER DE NUIT, ET LA CIVILISATION QUI SE DÉCOMPOSE

Il existe deux films qui devraient être projetés en boucle à chaque fois qu’un journaliste prononce le mot « scandale » pour parler d’Epstein.

Deux films qui disent la vérité nue.
Pas la vérité judiciaire.
Pas la vérité médiatique.
La vérité anthropologique du pouvoir quand il arrive au bout de lui-même.

1) Pasolini : “Salò” ou la liturgie terminale des élites

Dans Salò ou les 120 journées de Sodome (1975), Pier Paolo Pasolini ne raconte pas une histoire. Il expose un mécanisme. Il dissèque le pouvoir lorsqu’il n’a plus de justification, plus d’avenir, plus de peuple, plus d’idéologie crédible.

Que reste-t-il alors ?

Le rituel.
La possession.
La mise en scène de l’impunité.
La jouissance d’être au-dessus du monde commun.

Salò n’est pas “l’horreur”.
Salò est l’horreur devenue administrative.

Et c’est exactement ce que l’affaire Epstein dévoile, si l’on accepte de regarder sans se réfugier dans les mots-tampons : abus, déviance, crimes sexuels, pédocriminalité.

Non.
Ce n’est pas seulement du crime.
C’est du pouvoir.

Le crime, c’est l’acte.
Le pouvoir, c’est l’acte rendu possible par un système de protection.

Dans Salò, la violence n’est pas un accident : elle est une cérémonie.
Dans Epstein, la violence n’est pas un accident : elle est une infrastructure.


2) Cavani : “Le Portier de nuit” ou la vérité la plus insupportable

Mais Pasolini n’explique pas tout.

Il manque le second volet : celui qui glace le sang non par l’excès, mais par la continuité.

C’est là que Liliana Cavani frappe plus fort que tout.

Dans Le Portier de nuit (1974), ce n’est pas seulement la relation trouble entre une victime et son bourreau qui est insoutenable.

Le vrai scandale du film est ailleurs.

Les bourreaux se lavent les mains.
Ils se retrouvent.
Ils s’organisent.
Ils se protègent.
Ils effacent les traces.
Ils neutralisent les témoins.
Et surtout :
ils retournent à la vie civile.

Ils deviennent hôteliers.
Médecins.
Fonctionnaires.
Notables.

Ils se donnent une seconde vie.
Ils se donnent une seconde morale.
Ils se donnent une seconde respectabilité.

Le Portier de nuit dit une vérité que l’Occident moderne refuse d’entendre :

Et c’est exactement ce que la société contemporaine refuse de penser dans Epstein.

Elle veut un coupable isolé.
Un “prédateur”.
Un “réseau” flou.
Une “ombre” qu’on pourrait dissoudre par le bruit.

Mais ce que Cavani décrit, c’est le mécanisme réel :


EPSTEIN : PAS UN SCANDALE, UN MODÈLE

Ce que l’on appelle “l’affaire Epstein” n’est pas un dossier.
C’est une fissure.

Et dans cette fissure, on voit apparaître ce que l’Occident ne voulait plus voir :
la structure de l’impunité.

Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’horreur des actes.
C’est l’évidence d’une question qui devient impossible à éviter :

Qui protège ?
Qui filtre ?
Qui neutralise ?
Qui recycle ?

Dans un monde normal, ce niveau d’atrocité déclencherait une purge.
Dans le monde réel, il déclenche une opération inverse :

  • saturation médiatique
  • confusion contrôlée
  • dilution des responsabilités
  • guerre des narrations
  • “ouï-dire” contre “ouï-dire”
  • et surtout : aucune arrestation significative

C’est le mécanisme Cavani :
les bourreaux retournent à la vie civile.


LE POINT FINAL : LA QUESTION QUE PERSONNE NE VEUT POSER

Epstein est mort.

Maxwell est vivante.

Et c’est là que le film change de genre.

Car la question n’est pas :
“Pourquoi Maxwell est-elle encore en vie ?”

La question est :
à quoi sert-elle vivante ?

Dans un système sérieux, elle serait une bombe.
Dans un système réel, elle est une pièce.

Et une pièce, dans ce type d’architecture, n’est pas gardée pour la justice.

Elle est gardée pour :

  • verrouiller des secrets
  • gérer des loyautés
  • protéger des réseaux
  • garantir des silences
  • et surtout : servir de variable de contrôle

APRÈS EPSTEIN : LA FIN DE LA NAÏVETÉ

Ce que ces films, et cette affaire, nous obligent à comprendre, c’est une rupture de civilisation :

Ce n’est plus une crise de mœurs.
Ce n’est plus une crise de valeurs.
Ce n’est même plus une crise politique.

C’est une crise de légitimité.

Car on ne peut pas demander au peuple d’obéir à des institutions qui, lorsqu’elles sont confrontées au mal absolu au sommet, répondent par :

  • des procédures
  • des commissions
  • des expurgations
  • des communiqués
  • et le grand silence final

Après Epstein, une chose est acquise :

Et quand une élite devient étrangère à la limite morale commune, elle ne gouverne plus.
Elle occupe.

Coil — Ostia (The Death of Pasolini) est un choix d’accompagnement idéal pour Epstein 2 — Version noire impériale.

Ça fonctionne à trois niveaux :

  • Liturgique : c’est une pièce de deuil froid, quasi rituel, qui colle exactement à l’axe “liturgie de la neutralisation”.
  • Pasolinien : le morceau est explicitement lié à Pasolini, donc il scelle naturellement la postface Salò / Portier de nuit.
  • Systémique : pas une musique “émotionnelle” mais une musique de structure, de chambre noire, de dossier.
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6 réponses »

  1. EPSTEIN : LA MATIÈRE NOIRE DE L’ÉLITE.
    Ce que nous appelions encore “scandale” n’est plus un scandale.
    C’est un système.

    On nous a vendu pendant des années un récit de faits divers : un homme, des filles, un réseau, un vice.
    Mais ce qui apparaît désormais, ce n’est pas l’histoire d’un monstre isolé.

    C’est l’architecture.

    Epstein n’est pas la maladie : il est le symptôme parfait d’une classe dirigeante qui vit hors-sol, hors-loi, hors-humanité.
    Un monde où les institutions ne protègent plus le peuple : elles protègent les protecteurs.

    Et quand les preuves deviennent trop lourdes, la machine ne s’effondre pas :
    elle neutralise.
    Elle dilue, elle enterre, elle recode, elle transforme l’horreur en “dossier”, puis en “polémique”, puis en “fatigue”.

    C’est la grande leçon de 2026 :
    tout peut être révélé, et pourtant rien ne change, si le peuple n’a plus les moyens de transformer une vérité en rupture.

    Pasolini l’avait vu. Cavani l’avait filmé.
    Et aujourd’hui, l’Occident le rejoue en direct :
    les bourreaux se lavent les mains, retournent à la vie civile, et réclament qu’on “passe à autre chose”.

    Non.
    Après Epstein, il n’y a pas de retour à l’innocence.

    Il n’y a que deux choix :
    le déni, ou la lucidité.
    Le sommeil, ou la guerre mentale.

    🎧 Accompagnement : Coil — Ostia (The Death of Pasolini)

    Aimé par 1 personne

  2. Je cite : « L’absence d’arrestations dit une chose avec une brutalité absolue : Le système protège encore. Et s’il protège encore, c’est que la fonction n’est pas morte. » / « Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’horreur des actes. C’est l’évidence d’une question qui devient impossible à éviter : -Qui protège ? -Qui filtre ? -Qui neutralise ? -Qui recycle ? »…. ==> Vous avez raison LUPUS : Celà continue forcément mais dans L’ombre, sinon personne Ne Protégerait, Ne Filtrerait, Ne Neutraliserait, Ne Recyclerait …
    D’ici quelques jours ou semaines, « ils » chercheront à faire croire aux Gueux que « L’Affaire » est Finie, Terminée, et Fait partie du passé… 2 ou 3 guignols inutiles tomberont publiquement, et les hyènes seront rassasiées… Une information « importante » chassant la précédente, la manipulation qui sera implicitement gravée dans l’inconscient collectif, sera : => « On passe à autre chose… !!! », … Et si possible à quelque chose de Grave et de spectaculaire, ayant des retombées indirectes mais certaines sur le quotidien des Gueux (par exemple : La Guerre contre L’Iran vraiment déclenchée dans les actes cette fois ci …), Et ceci alors qu’en fait « L’Affaire Epstein » continuera autant qu’auparavant, mais de façon plus subtile, et il sera fait en sorte que Tout le monde oublie et range celà dans les Aléas et Faits déviants de L’Histoire, parmi tant d’autres turpitudes… Et le Tour sera alors joué … pour « L’opinion publique »…
    Pour les éventuels journalistes privés qui eux continueront alors leurs investigations personnelles sur le terrain en ne voulant Rien lacher, il pourra être fait appel à des recycleurs professionnels spécialisés, qui seront chargés d’empêcher que de nouvelles enquetes sourcées ne fassent remonter la culpabilité « in-Fine » jusqu’au « Saint des Saints » …
    En France, et même en UE (siège de L’UE dont on n’entend pas beaucoup parler dans cette histoire, alors que vu la Corruption généralisée qui y règne, il est mécaniquement impossible qu’une partie de ses membres ne soient pas eux aussi impliqués dans cette Ténébreuse affaire), le DSA et autres systèmes de verrouillage de la liberté d’expression sur les réseaux internet, feront en sorte d’occulter Toute nouvelle donnée ou débat concernant ce genre de scandale, ainsi que Toute information pouvant éclabousser La Nomenklatura en place …
    Quelle coïncidence de Timing quand même …

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    • Votre commentaire est juste sur la mécanique générale : un système qui protège encore est un système qui fonctionne encore. Et, comme vous le soulignez, la méthode classique est toujours la même : saturation médiatique, quelques fusibles, puis bascule vers un nouvel événement « plus urgent » afin de reprogrammer l’attention collective.

      Oui, il est probable que l’on tente de refermer le dossier par un récit de clôture : “c’est terminé, circulez”. Or, l’affaire Epstein n’est pas une affaire au sens judiciaire ; c’est une infrastructure. On ne “termine” pas une infrastructure : on la déplace, on la reconfigure, on la rationalise.

      Là où je nuancerais, c’est sur deux points :

      La guerre comme diversion automatique : c’est possible, mais ce n’est pas toujours un choix narratif. Parfois, les crises s’enchaînent parce que le système est devenu instable, pas parce qu’il orchestre tout. Le chaos n’est pas toujours piloté ; il est souvent opportunément exploité.

      L’UE et la censure : le DSA n’a pas été créé pour Epstein, mais il fournit effectivement une capacité nouvelle : non pas interdire frontalement, mais rendre invisible, déclasser, déréférencer, “fact-checker”, étouffer par procédure. C’est une censure douce, administrative, beaucoup plus efficace qu’un bannissement brutal.

      Le point central reste celui-ci : le vrai pouvoir n’est pas celui qui commet, mais celui qui filtre.
      Et tant que le filtre tient, l’affaire n’est pas “passée”. Elle a simplement changé de forme.

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